Dans la « Destruction d’une commune à tous les Français », il faut y rajouter, en cette funeste semaine, l’épisode de l’introduction de la discrimination positive dans les grandes écoles.

Qu’on le veuille ou non, ces grandes écoles françaises où l’on rentre après deux ou trois années de classes préparatoires, c’est-à-dire de travail intensif, sont une spécificité bien française : elles visent, depuis des siècles, à créer une élite industrielle, professorale ou managériale. On pourra, bien sûr, s’insurger contre une certaine forme de reproduction sociale – la majorité de ces étudiants viennent de classes sociales privilégiées, du moins culturellement -, on pourra aussi, bien sûr, regretter que ces écoles prestigieuses forment des esprits selon « un moule », un modèle dominant peu propice à l’éclosion de personnalités originales, novatrices ou à contre-courant. Mais c’est malgré tout le seul moyen pour permettre à tous ceux qui en ont les capacités, quelles que soient leurs origines, d’accéder au meilleur de l’ : l’égalité et l’anonymat des sacro-saints concours permettaient à des étudiants de franchir ces frontières sociales par le seul mérite de leur intelligence et de leur travail. Malgré des faiblesses, donc, ce système fonctionnait, c’était le sacre du mérite pour pallier d’évidentes inégalités.

Il convenait donc au gouvernement en place de le détruire.

Selon une enquête du Figaro, les grandes écoles, Sciences Po, ENS et HEC en tête, souhaitent mettre en place un système de discrimination positive pour recruter leurs étudiants. Cette réflexion a été menée sous l’impulsion (la menace ?) de . C’est, à Sciences Po, la suppression de l’épreuve écrite de culture générale au concours d’entrée au prétexte qu’elle était discriminante pour les classes populaires, surtout celles issues de la . À la pointe de la lutte pour l’inclusion, l’école de la rue Saint-Guillaume semble avoir oublié que, par définition, un concours, une épreuve sont discriminants. Le grand oral subsiste, pourvu qu’on n’y parle pas de culture générale. De là à imaginer une « note de gueule »…

Les idées défendues sont aussi celles d’atteindre un plus grand nombre d’étudiants boursiers sur des critères sociaux, le directeur de l’Ecole normale supérieure ayant même pensé accorder des points bonus supplémentaires selon l’échelon de la bourse de l’impétrant, voire le niveau d’études de ses parents. Pas grand-chose à voir avec les capacités intellectuelles du futur étudiant. Or, l’idée de créer une nouvelle discrimination pour pallier des inégalités ne convainc pas vraiment… les étudiants : 70 % des étudiants boursiers passée par la prépa refusent l’idée de points bonus aux concours. Les sphynx qui nous gouvernent sont-ils à ce point méprisants pour ne pas voir l’humiliation, pour eux, de devoir un diplôme prestigieux à leurs conditions sociales ? Cette absurdité égalitariste, cette discrimination à l’envers, ils n’en veulent tout simplement pas.

Philippe Nemo, normalien, docteur, ancien professeur de politique à l’ESCP et HEC, s’est insurgé, il y a quelques semaines, dans les colonnes du FigaroVox : « La société, la science y perdront quelque chose », dit-il. Directeur de l’École professorale de , il explique que c’est la baisse de niveau général de l’Éducation nationale qui a bloqué l’ascenseur social que pouvait constituer l’école des hussards noirs. En effet, si la proportion d’enfants d’ouvriers et d’employés qui entraient à l’École polytechnique allait croissante sous la IIIe et IVe , l’institution de l’école unique, la substitution de l’école du mérite à celle du droit à avoir son bac a entraîné inexorablement une baisse du niveau scolaire dès 1970… que les classes populaires sont les premières à payer.

Instaurer des quotas d’étudiants boursiers dans les grandes écoles, comme c’est le cas pour depuis 2018, est donc la pire des solutions. La plus méprisante aussi, car « ce n’est pas en faisant injure aux valeurs de raison, de science, d’intelligence et de travail qu’on forme la jeunesse d’un pays ».

 

17 juillet 2021

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