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« La a son énigme qui s’appelle la … » (André Malraux).

Déjà connu de nos lecteurs pour plusieurs ouvrages parus chez L’Artilleur et aux Éditions -Guillaume de Roux, Paul-François Paoli nous propose aujourd’hui un court essai pamphlétaire de 149 pages sur les relations complexes entre la France et la Corse, en particulier depuis 1768.

Pamphlétaire, dans la mesure où son opuscule tord le cou à pas mal d’idées fausses véhiculées par les nationalistes sur une hypothétique oppression dont la France se serait rendue coupable à l’égard du peuple corse et qui expliquerait le désamour croissant des insulaires envers le continent.

L’auteur évite soigneusement toute grandiloquence, toute idéologie, et se cantonne aux faits, à l’. L’occasion, pour lui, de revenir en détails sur les liens séculaires qui unissent la France à ce petit peuple aux origines diverses : phéniciennes, grecques, pisanes et génoises.

De Charlemagne, qui vint libérer la Corse des Sarrazins sous la demande du pape, à Bonaparte qui passa du paolisme au jacobinisme avant de devenir l’empereur des Français, en passant par Sampiero Corso qui fit sa carrière militaire dans les armées de François Ier et lutta contre la domination génoise sur l’île, l’auteur nous fait croiser toute une série de personnages hauts en couleur attestant les liens indéfectibles entre la France et la Corse.

C’est avec l’arrivée au pouvoir de Louis- Bonaparte, puis avec l’avènement du Second Empire, nous explique Paul-François Paoli, que les insulaires se sentiront pleinement intégrés à la française au point de prendre part avec enthousiasme à l’épopée coloniale en , au Maroc, en Tunisie, à Madagascar et en Indochine, délaissant pour un siècle la question de l’indépendance. La Troisième République, elle, parachèvera la francisation de la Corse sur le plan administratif, linguistique et culturel, avec les conséquences que l’on sait sur le dépérissement de la langue. Sur ce dernier point, l’auteur ne se borne pas à condamner bêtement la France, il admet volontiers qu’une nation d’essence politique plus que géographique, forte de multiples régions aux identités très marquées, se doit d’unifier l’ensemble a minima. Il évoque son cas personnel, son père qui sous-estimait la culture orale insulaire et portait au pinacle la dont il célébrait la richesse et les subtilités – un sentiment partagé par une majorité de Corses tout au long du siècle précédent qui n’envisageaient pas un seul instant le Riacquistu des années 70. « Affari in francese » (« Les affaires [sérieuses sont] en français »), disaient les adultes.

Pour l’auteur, la rupture commence réellement à partir de 1962 avec la fin de l’Algérie française et le rapatriement des pieds-noirs sur l’île qui conduira, en août 75, à l’escalade disproportionnée des événements d’Aléria. La thèse qui innerve l’essai de Paul-François Paoli, qui fait sa singularité et sa puissance, et dont il suffit de constater la validité en discutant un peu avec les insulaires, est que les Corses se sentent français quand la France est forte et maîtresse de son destin. La progression actuelle du nationalisme corse ne s’explique pas tant par une opposition frontale au jacobinisme que par le rejet d’une France qui est en passe de perdre son identité après avoir perdu sa souveraineté et les principaux leviers du pouvoir. Une France impuissante dont les maux représentent, à terme, une menace pour le peuple corse. En cause, évidemment, l’aspiration d’une partie de nos élites à un universalisme abstrait qui interdit de facto toute assimilation des nouveaux arrivants à son modèle, car l’on ne s’assimile pas à l’universel mais au défini, au particulier. Dès lors, comment s’étonner que les Corses alternent, d’une élection à l’autre, entre Jean-Guy Talamoni et Marine Le Pen ?

La question que l’on se pose en refermant le livre est la suivante : la politique migratoire de la France ne risque-t-elle pas, à terme, de lui faire perdre la Corse définitivement ?

Un essai indispensable.

17 juillet 2021

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