Gilets jaunes : l’iniquité ne s’oublie jamais

Dure envers les faibles, faible envers les durs, la Justice française a durement sévi à l’encontre des gilets jaunes interpellés à Paris, samedi 4 décembre dernier. Lundi 6 décembre, le tribunal correctionnel de Paris a jugé en comparution immédiate 73 dossiers. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il a appliqué avec zèle les instructions de la chancellerie.

Selon Le Point, le profil des prévenus n’a rien de remarquable. À part un individu relevant manifestement de la mouvance Black Blocs, portant un sweat-shirt marqué ACAB (All Cops Are Bastards – traduction inutile) et armé, les autres sont de simples manifestants qui ont eu le tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.

Ils ont été déférés au tribunal parce qu’ils portaient sur eux des masques à gaz et des pétards. Le premier objet n’est pas une arme mais un équipement de protection contre les gaz lacrymogènes. Les seconds sont difficilement assimilables à des armes, sauf à considérer que les fêtards du 14 Juillet sortent armés dans nos rues. Rien de méchant, et surtout rien de pénalement répréhensible.

D’autres se voyaient reprocher des tags. On ne connaissait pas la Justice aussi sourcilleuse, quand nos rues sont souillées de telles inscriptions et que cette lèpre urbaine n’est jamais poursuivie, sans doute parce que la police ne passe pas au bon moment… Enfin, le montage d’une barricade a été retenu comme un acte délictueux. En revanche, n’ont été mis en évidence ni casse ni dégradations ni violence sur les forces de l’ordre.

Comment qualifier pénalement de tels faits ? La prévention était « d’avoir participé sciemment à un groupement en vue de la préparation caractérisée par un ou plusieurs faits matériels de violences volontaires contre les personnes ou dégradations de biens ». C’est-à-dire un délit d’intention, sans aucune caractérisation d’un passage à l’acte. Et la répression a été impitoyable. 72 condamnations pour 73 comparutions : du jamais-vu. La plupart à des peines de prison avec sursis assorties d’une interdiction de se rendre à Paris pendant plusieurs mois. Certaines condamnations à de la prison ferme.

Habituellement, la Justice pénale fait preuve d’une étonnante mansuétude à l’égard des manifestants. Elle n’a jamais condamné un chauffeur routier CGT bloquant une route. On ne sache pas qu’elle ait sévi contre les zadistes de Notre-Dame-des-Landes, autrement plus violents et dangereux que ces gilets jaunes. Elle ferme les yeux sur les auteurs de multiples dégradations quotidiennes dans nos villes. Quant aux peines prononcées, elles sont toujours assorties du sursis, y compris lorsque le prévenu a un casier judiciaire, et la prison ferme n’est de rigueur qu’en cas de multirécidive ou de faits spécialement graves.

L’affaire n’est pas anodine. À l’instar du sinistre Tribunal révolutionnaire, le tribunal de Paris a condamné des gens pour ce qu’ils pensaient et non pour ce qu’ils avaient fait. Pas besoin d’acte matériel, pas besoin de preuve. La conviction qu’il s’agit de séditieux suffit. Pendant ce temps, les vrais casseurs sont libres. Ceux qui, venus des banlieues, masqués et casqués, ou arborant les insignes de l’extrême gauche anarchiste, ont défiguré Paris, vandalisé l’Arc de Triomphe, brûlé et cassé, détruit et pillé ; ceux-là échappent à la rigueur judiciaire. Sans doute parce que leurs crimes servent les desseins d’un régime cynique qui, pour déconsidérer une colère légitime, les confond sciemment avec les manifestants pacifiques.

L’iniquité ne s’oublie jamais. Le pouvoir devrait se souvenir, lorsqu’il verse de l’huile sur le feu, que le retour de flamme pourrait être violent. Et nul ne souhaite que la situation dégénère en guerre civile. À moins que le cynisme…

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