Suite aux scènes de violences et d’émeutes qui ont eu lieu sur les Champs-Élysées pour le 3e samedi consécutif, un syndicat de réclame l’intervention de l’armée afin de gérer la prochaine de à Paris. Le général Vincent Desportes est interrogé au micro de Boulevard Voltaire sur l’opportunité d’une telle mesure.


Le patron du syndicat de police Force ouvrière a demandé à ce que l’armée aide les forces de police à juguler les manifestations des Gilets jaunes.
Êtes-vous favorable à cette demande et pensez-vous qu’elle soit justifiée ?

Il faut comprendre que, faire appel à l’armée pour réaliser du maintien de l’ordre, est une décision politique et non pas une décision technique. Je m’explique. La française a très intelligemment organisé ces forces de maintien de l’ordre en trois catégories. La première, c’est le gendarme ou le policier au coin de la rue. La deuxième, c’est les gendarmes mobiles et les compagnies républicaines de sécurité. La troisième, les armées, Terre, Air, Mer.
La grande différence entre la deuxième catégorie, celle qui se trouvait autour de l’Arc de Triomphe et la troisième catégorie, celle qui est encore dans sa caserne c’est qu’on change totalement de nature de crise. Jusqu’à la deuxième catégorie, on utilise un armement non létal. À partir du moment où avec la troisième catégorie, on passe à du maintien de l’ordre exécuté avec du matériel létal, et qui ne peut que l’être.
C’est donc une décision politique d’admettre que le sang coule pour le rétablissement de l’ordre. On voit bien que cette décision change totalement la nature. D’autant plus qu’une fois que l’armée a agi, l’État a utilisé son dernier moyen, ultima ratio dit-on à juste titre.
Derrière l’armée, il n’y a plus rien. Cela ne doit pas répondre à un besoin d’efficacité technique, mais cela correspond à une crise profonde. C’est une décision d’ordre politique qui admet que le sang des Français coule.

Le fait d’envoyer l’armée, cela implique-t-il forcément de tirer dans la foule ?

L’armée n’est ni équipée ni entraînée pour faire du maintien de l’ordre. Elle est totalement incapable de le faire comme le font aujourd’hui nos CRS et nos gendarmes mobiles. Quand l’armée fait du maintien de l’ordre, elle le fait avec ses arguments à elle qui sont des armes à feu faites pour tuer et blesser, alors que la doctrine du maintien de l’ordre en est justement d’éviter les blessures et la mort. Si vous envoyez un soldat en lui disant de ne pas utiliser son arme, il sera pris au piège. C’est exactement ce que nous avons fait en Bosnie Herzégovine en 1995, nos soldats étaient pris au piège, car ils ne pouvaient pas utiliser leurs armes. Il faut bien comprendre qu’un char doit pouvoir tirer. S’il ne peut pas tirer, il est un morceau de ferraille avec des marches pieds sur lequel les manifestants grimperont facilement et mettront le feu.
Imaginez des chars français en train de brûler entourant l’Arc de Triomphe. Ce n’est pas possible. Si vous utilisez les armées, vous les utilisez avec leurs capacités létales. Je dois rappeler que lorsque l’ utilise ses armes, elle ne le fait pas contre des Français, mais contre des adversaires de la France qui veulent tuer des Français. Nous n’en sommes pas là. Nous sommes dans un débat entre Français. Si l’armée en venait à tirer contre des Français, alors la crise serait d’une autre nature. Encore une fois, cela n’est pas une décision technique, c’est une décision politique d’une gravité extrême.

4 décembre 2018

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