Gaz : une situation qui pourrait devenir explosive

La fermeture d'Ormuz fragilise le marché gazier européen, avec des stocks bas et un risque de flambée des prix cet hiver.
Photo de KWON JUNHOsur Unsplash
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Le débat énergétique autour de la fermeture du détroit d’Ormuz s’est, depuis le début du conflit iranien, principalement concentré sur le pétrole et les produits pétroliers. Son impact sur les marchés gaziers a, en revanche, été beaucoup moins évoqué. Et pour cause : le conflit s’est déclenché à la fin de l’hiver, une époque de l’année où la consommation de gaz (notamment liée au chauffage) diminue fortement.

Pourtant quand on regarde les chiffres de près, la situation apparaît bien plus préoccupante que sur les marchés du pétrole et de ses dérivés. Alors que le baril a progressé de 32 % par rapport à son niveau d’avant conflit, le prix du gaz européen dépasse aujourd’hui les 60 euros le mégawattheure, soit près du double de son niveau d’avant conflit.

Et la comparaison ne s’arrête pas aux prix. Malgré la fermeture du détroit d’Ormuz par lequel transitent près de 20 % des flux mondiaux de pétrole, la France n’a pas été confrontée, ces derniers mois, à une pénurie. Du côté du gaz, en revanche, la situation est beaucoup plus inquiétante : le rythme de remplissage de nos stocks laisse d’ores et déjà présager d’éventuelles difficultés d’approvisionnement et, avec elles, le risque d’une nouvelle flambée des prix, à l’approche de l’hiver prochain.

La France avait terminé l’hiver 2025-2026 avec des stocks de gaz remplis à 22 %, le niveau le plus bas depuis 2018. La remontée s’avère désespérément lente : le 14 août, ce niveau atteignait à peine 62 %, contre 75 % voire davantage, les années précédentes. À l’échelle européenne, la situation s’avère encore plus critique : à la mi-août, les stockages n’étaient remplis qu'à 59,4 %, contre 74 % en moyenne, ces dernières années.

Pour comprendre cette situation, remontons au déclenchement de la guerre russo-ukrainienne, en février 2022. À cette époque, les importations russes par gazoduc représentaient plus de 40 % des approvisionnements de l’UE. Pour répondre à l’agression russe, les Européens ont alors décidé de réduire radicalement leur dépendance au gaz russe.

Pour compenser cette baisse, l’UE a activé deux leviers. Premièrement, elle a réduit sa consommation grâce, notamment, à des mesures d’efficacité énergétique. En même temps, elle a massivement diversifié ses approvisionnements en augmentant singulièrement ses importations de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance des États-Unis et du Qatar. Cette réorientation a profondément transformé le marché européen du gaz : de 2021 à 2025, la part du GNL dans la consommation européenne de gaz est ainsi passée de 27 % à 53 %.

Des difficultés d'approvisionnement réelles

Cette fragile équation a été profondément bouleversée par le conflit au Moyen-Orient. En effet, près de 20 % des flux mondiaux de GNL transitent habituellement par le détroit d'Ormuz, tandis que les frappes iraniennes ont détruit plusieurs trains de liquéfaction de QatarEnergy, amputant durablement la capacité d’exportation du second producteur mondial.

À la différence du gaz livré par gazoduc, le GNL peut, comme le pétrole, circuler librement sur les océans de la planète. À l’approche de l’hiver, on devrait donc assister à des tensions (sur l’approvisionnement et les prix) entre les principaux consommateurs européens et asiatiques – Japon, Chine et Corée du Sud –, et ce, même si le détroit d’Ormuz venait à se débloquer rapidement, ce qui paraît peu probable au vu de l’avancée des négociations entre Iraniens et Américains.

Des factures qui vont exploser ?

La France, qui utilise relativement peu de gaz pour sa production d’électricité, est certes moins vulnérable que certains de ses voisins européens, notamment l’Allemagne et surtout l’Italie. N’empêche que les 40 % des logements français (soit plus de 12 millions) toujours chauffés au gaz ainsi que les nombreuses entreprises qui en font leur principale source d’énergie pourraient voir leur facture à nouveau exploser, cet hiver. Une très mauvaise nouvelle, également, pour l’exécutif dont les finances sont exsangues à l’approche de la présidentielle de 2027.

Si le taux de remplissage de 62 % ne correspond pas encore à une situation de pénurie, son évolution devra être suivie de près durant les deux prochains mois. Rappelons que les stockages français avaient atteint 93 % au 1ᵉʳ novembre 2025, contre 95 % en 2024 et près de 100 % en 2022 et 2023.

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Philippe Charlez
Ingénieur des Mines de l'École polytechnique de Mons (Belgique), docteur en physique de l'Institut de physique du globe de Paris, enseignant, expert en questions énergétiques associé au Millénaire.

Vos commentaires

56 commentaires

  1. Ce qui rue le prix du gaz en France sont les taxes à titre d’exemple cette été j’avais 4 € de gaz et 40€ de TAXE!! Cherchez l’erreur !.

  2. Monsieur Charlez, je ne doute pas de votre expertise sur ce sujet mais j’ai quelques doutes sur la capacité de notre gouvernement à anticiper cette nouvelle crise. Je suis d’ailleurs très étonné par l’absence de commentaires sur le problème d’Ormuz. J’ai l’impression qu’on espère en haut lieu que ça va s’arranger tout seul.

    • Dans l’état ou en est la France et d’autres pays de l’UE y compris l’Allemagne comment voulez-vous que ces tristes sires dont l’intelligence est en-dessous de la moyenne fassent encore des commentaires sur Ormuz alors que par leurs actes mafieux envers les Russes ils sont à quelques centième de prendre une bombe sur la tronche. Quand on a de sales gauchos cons et prétentieux à la tête des principaux pays de l’UE et de l’UE en elle même, tous bourrés de DETTES comment voulez-vous encore avoir quelque crédits à travers le monde ?

  3. Et dire qu’on veut toujours mettre l’économie russe à genoux…C’est toujours l’objectif mais… qui s’éloigne chaque jour un peu plus. Pourtant, nos dirigeants et bon nombre de français ne lâchent rien : ils veulent toujours se faire la Russie… et l’Iran tant qu’on y est. Le premier genou à terre, c’est le nôtre et le 2ème va suivre. Quant au détroit d’Ormuz, avant l’attaque conjointe des occidentaux bien aimés, tout le monde pouvait y passer sans encombre, sans péage…Et maintenant, les belliqueux veulent faire remettre le dentifrice dans le tube… Tout cela est le résultat de l’arrogance occidentale. Les élites et les populations occidentales ne voient pas le monde changer, elles croient encore que la prospérité est éternelle et que les pays du sud seront toujours à la traine…Quelle méprise tragique. Qu’a créé l’UE ces 30 dernières années ? Rien à part des capsules pour les bouteilles en plastique…Si la situation n’était si désespérée, cela en serait risible.

  4. Le gaz avec la chimie fourni aussi des engrais..
    A part se fournir chez les russes via les turcs et la Serbie.
    Seul la réouverture du gazoduc northstream allemand est la solution

  5. Quelqu’un a dit « gouverner c’est prévoir » et la bande de branquignoles qui gouvernent n’a jamais rien prevu même pas ce qui est prévisible (tous les étés il y a des feux de forêt plus ou moins grave et on sait que ça va s’aggraver avec les épisodes de canicules récurrents… et bien non on rogne sur l’achat de deux Canadair…. Pire une societe française a Toulouse a mis au point un système pour transporter plus d’eau plus vite et pour moins cher … et bien l’etat n’en a pas acheté un…. Ce sont encore des étrangers moins stupide qui vont vite profiter de cette aubaine boire peut être même racheter la société. Je n’arrive pas à comprendre leur but. Soit ils sont d’une incompétence crasse soit ils travaillent… pour qui ? Mais pas pour la France

    • Effectivement rien pour inciter les agriculteurs a produire du biogaz a partir des déchets de la biomasse .
      Alors que nos voisins allemands l’on fait

    • Un incendie ne prend de l’ampleur que s’il trouve du combustible. Pour empêcher les incendies de se propager, il faut nettoyer les sous-bois à la saison humide (brûlages préventifs), ça peut même servir de bois de chauffage chez ceux qui ont une cheminée. Ils économiseront du gaz.

    • De plus un oleduc et un gazoduc sont en service pour éviter le detroit .
      Il aboutit a Fujera sur la côte orientale des Émirats en mer d’oman

  6. Arrêtez avec l’agression russe ou alors parlez aussi de l’agression US au Venezuela pour piquer le pétrole.
    En attendant, seuls les trés méchants russes peuvent nous sortir de notre piège gazeux.

  7. Quel dommage que nous ne puissions nous chauffer avec des taxes. La France disposerait alors d’une source d’énergie inépuisable et illimitée.

  8. Discours il a 20 ans d’un visionnaire :
    « En cas de guerre avec l’Iran, ce pays bloquera le détroit d’Ormuz, rompant les voies de communication et d’acheminement du pétrole vers l’Europe et l’Asie. A ce moment là, le baril de brut pourrait dépasser les 200 dollars, plongeant l’économie mondiale dans une crise sans précédent. »
    Signé… JM Le Pen

  9. On répare Nordstream2, on recommence à acheter du gaz russe, s’ils veulent bien, et tout ira pour le mieux.

    • DONC il faut « sanctionner » zelensky et ses potes au sein de l’UE ! …
      FREXIT dans un premier temps ! …

  10. Comme pour les masques, pas d’anticipation, les stocks sont presque vides..
    Sans les sanctions inutiles et imbéciles imposées aux russes, on en serait pas là !

  11. Que tous les utilisateurs du Gaz constatent la proportion de taxes sur leur facture de gaz.
    Bientôt ça coutera moins cher de chauffer ses casseroles au tabac, qu’au gaz.

  12. Et dire que l’on aurait pu avoir du gaz défiant toute concurence avec la Russie ! Mais la teutonne bruxelloise veillait ! Pour elle et son « toutou de macron », « kein problem », elle aura bien chaud , les « sandents », « les moins que rien » pourront se les geler ! Un jour, ce sera la fin de l’histoire pour ces ennemis du peuple !

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