Gaspard Gantzer : l’intelligence faite homme face à la bêtise en gilet jaune…

Vous connaissez peut-être Gaspard Gantzer ? Durant trois ans, cet énarque fut conseiller en communication de François Hollande. C’est lui qui était à la manœuvre lorsque eut lieu le grotesque Lucettegate, en octobre 2015. Libération, qui aime bien mettre les gens dans des cases – le côté pratique du quotidien -, écrivait de lui, en janvier 2017, qu’il était “l’archétype du bobo parisien cool, sûr de lui”. Il se rêva un temps député puisqu’en mai 2017, La République en marche l’investit pour se présenter aux élections législatives en Ille-et-Vilaine, dans une circo où il n’y avait, a priori, que des lauriers à cueillir (Macron venait d’y faire 35 % au premier tour de la présidentielle, 85 au second). Et puis, comme quoi tout ne marche pas toujours comme on veut, même pour les jeunes gens pressés (l’homme n’avait pas encore 38 ans), le duc Jean-Yves de Bretagne, l’inoxydable ministre de la Défense de Hollande, s’y opposa. Retour à Paris sans en être peut-être jamais parti. 1 heure 25 de TGV quand tout va bien.

Depuis quelques mois, il affiche clairement ses ambitions pour la mairie de Paris en 2020. Il est vrai qu’il fut, jadis, un conseiller com’ de Bertrand Delanoë. À l’automne dernier, il a même créé son propre mouvement (Parisiennes, Parisiens) – il fallait y penser -, un mouvement qui pourrait même présenter des listes dans les communes du Grand Paris, apprend-on, le 19 février. Comme quoi ceux qui disent que les bobos parisiens ne franchissent jamais le périph’, sauf pour se rendre à Roissy ou dans leur propriété du Luberon, sont vraiment des mauvaises langues.

En attendant de se retrouver dans le plus grand bureau de la République, ce qui n’est pas gagné, c’est sur un plateau télé, celui de CNews, que ce phénix vient de se distinguer. Débattant avec l’une des « figures historiques » (c’est comme ça qu’on dit, désormais) des gilets jaunes, Hayk Shahinyan, au sujet des violences lors des manifestations, Gaspard Gantzer n’a pas pu s’empêcher de déclarer : “Je suis sûr que si on faisait des tests de QI à l’entrée des manifestations, il n’y aurait pas grand monde !” Et pourquoi pas “Et en plus, ils se reproduisent et ils votent” ? Ce à quoi lui a répondu Shahinyan : “Soyez pas méprisant non plus. Ce genre de déclaration ne calme pas les choses.” Nous n’irons pas sur le débat concernant la pertinence du QI. En tout cas, c’est en entendant ce type de propos, tenus par une personne très diplômée, sans doute bien éduquée et aspirant à exercer des responsabilités politiques, qu’on se dit que Zemmour n’a peut-être pas tout à fait tort lorsqu’il évoque la résurgence de la lutte des classes dans notre pays. Une lutte des classes qui ne peut être qu’attisée lorsque de tels propos sont tenus par un représentant de « l’élite ».

L’intelligence ? Il nous semble qu’elle ne s’évalue pas seulement par le quotient intellectuel et qu’il existe, aussi, une intelligence de situation. Cette intelligence qui commande de dire ou ne pas dire certaines choses à certains moments devant certaines personnes. Par exemple, laisser entendre, sur un plateau télé, que les gilets jaunes sont des “cons” (c’est le mot employé dans cet échange par Gantzer) : est-ce bien très intelligent ?

Et puis, il y a l’intelligence du cœur. Là encore, pas de barème, de courbes, de tests. Même sa définition est difficile à donner. Saint-Exupéry écrivait : “On ne voit qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.” Sans doute que, pour prétendre gouverner, administrer, diriger ses compatriotes, quel que soit le mandat, de la plus humble commune à la présidence de la République, en passant par la mairie de Paris, il faut d’abord les aimer. Et l’on ne peut aimer ceux qu’on méprise. Et faire semblant, simuler ne fait pas forcément grimper au rideau de l’isoloir les Lucette qui ont l’heur de voter.

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