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Editoriaux - Politique - Table - 2 novembre 2015

Lucettegate : l’Élysée n’avait pas pensé à tout

Ce devait être un coup de com’, c’est devenu le Lucettegate.

Sans doute, en haut lieu, a-t-on pensé, avec réalisme, qu’il fallait de toute urgence renouer avec la France périphérique. Et quel meilleur choix pour cela que Lucette – 69 ans, infirmière à la retraite, habitant un T2 à Vandœuvre-lès-Nancy, proche du maire socialiste de la ville -, dont le prénom à lui seul fleure bon la France à blouse de nylon ?

Sans doute, autour de Gaspard Gantzer, a-t-on pensé, avec calcul, qu’il fallait tabler sur ce qui avait fait le premier – et l’ultime – succès du Président, sa rondeur dans toutes les acceptions du terme, ses airs bonhommes, ses blagues de proximité. Et quel meilleur décor pour cela qu’un petit café en toute simplicité sur le coin d’une toile cirée ?

Sans doute, dans l’entourage, a-t-on pensé, avec raison, qu’eu égard à la fonction et à la situation, on ne pouvait pas se lancer sans un peu de préparation, frapper au hasard à la porte du premier HLM – « C’est pour les calendriers ? », « Non, c’est le Monsieur de l’Élysée ! » -, exposant la fine équipe, au mieux à battre en retraite sous les crachats, au pire à être prise en otage par quelque loup-solitaire-déséquilibré-récemment-radicalisé, médusé de l’aubaine. On imagine le coup de fil en Syrie : « Les gars, vous ne devinerez jamais… »

Mais on n’a pas pensé à tout.

On n’a pas pensé que rendre la maison coquette comme un joli petit village Potemkine – ménage, bouquet de fleurs, café, service en porcelaine, chaises offerts par la mairie – et toiletter par avance l’entretien pour s’assurer qu’il n’y aurait, devant les caméras, que des remarques bien proprettes ne suffiraient pas.

On n’a pas pensé à choisir une Lucette… muette. Car la loquace Lucette de Vandœuvre, toute acquise au PS, toute conquise par le président de la République qu’elle est, une fois les festivités terminées, a balancé « du lourd » avec une candeur cruelle.

À BFM TV : « Des gens de l’Élysée sont venus pour me poser des questions […] pour savoir ce que je devais dire et ne pas dire… J’avais une idée de dire qu’il s’occupe beaucoup d’immigrés mais pour ainsi dire pas des clochards qui crèvent dans la rue. Mais ça, il ne fallait pas que je le dise. » Puis à L’Est républicain : « J’aurais aimé lui parler de toute cette misère que l’on voit autour de nous, des clochards sur les trottoirs, j’aurais voulu lui parler de mon inquiétude quand je vois ces milliers de réfugiés qui arrivent. Mais, bon, c’était délicat. »

« Elle a plus de 65 ans, elle est fatiguée, elle a mélangé », a expliqué, maladroitement, Stéphane Hablot, maire de Vandœuvre-lès-Nancy. Et pourquoi pas gâteuse, aussi ? Les jeunes retraités vont adorer.

On n’a pas pensé que même attachée à la gauche, même sous perfusion quotidienne des “Feux de l’amour” et de “Plus belle la vie” – les deux émissions préférées de Lucette -, la France périphérique angoissait tant que l’on ne parviendrait pas à la contrôler tout à fait si on la laissait un tant soit peu s’exprimer.

On n’a pas pensé, surtout, que les faux-semblants déshonorants des communicants avaient fait leur temps. « Un pouvoir digne renoncerait à tout artifice de communication […] on virerait du jour au lendemain l’ensemble des communicants de tous les ministères, on s’en porterait mieux », affirmait Dominique de Villepin en septembre. Cet homme-là, parfois, dit des choses sensées.

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