J’y étais dès l’acte I, j’ai vu le mouvement changer de nature : il a été confisqué par l’extrême gauche

Le 17 novembre, acte I des gilets jaunes, j’étais sur un rond-point, à Rodez. Je n’y étais pas seulement comme manifestant, mais aussi comme organisateur d’une des rares manifestations déclarées ce jour-là. J’y rencontrais d’autres Français, la plupart pas ou peu politisés dont c’était, pour beaucoup, la première manifestation.

Cette première journée a vu l’union des classes moyennes et populaires, pour dénoncer un ras-le-bol. Ras-le-bol fiscal. Si l’augmentation de la taxe carbone sur les carburants, en particulier le gazole, a été le détonateur, elle venait après l’augmentation, voire la création, de trop nombreuses taxes et impositions. Ras-le-bol de salaires insuffisants pour vivre correctement, surtout quand, pour les familles monoparentales, mais aussi pour ces classes moyennes, on demande toujours plus sans jamais rien donner. Ras-le-bol de l’abandon, par l’État, des zones rurales qui voient disparaître les bureaux de poste, les trains, les médecins, les commerces de proximité.

Ce mouvement a surpris tout le monde par son caractère spontané, massif et non partisan. Si on trouvait, parmi les manifestants, des militants ou sympathisants de partis politiques ou de syndicats, aucune tentative de récupération ni d’affrontement idéologique. Les seuls drapeaux qui flottaient étaient français. C’était un soulèvement du pays réel.

Après les trois premiers actes, les classes moyennes se sont éloignées du mouvement. L’anti-élitisme forcené des plus radicaux, la stérilité d’actions répétitives et l’éclectisme des revendications ont découragé ceux qui auraient pu structurer le mouvement et lui donner de la crédibilité. Surtout, cela a permis la confiscation du mouvement par l’extrême gauche.

Les violences qui ont émaillé les manifestations sont dues à cette prise en main par les antifas, anarchistes et autres Black Blocs dans les grandes villes, quand les gilets jaunes ont abandonné les ronds-points. On a vu apparaître des drapeaux rouges, des graffitis anarchistes, des commerces ont été pillés, des équipements publics détruits. Si je fais bien la différence entre ces casseurs d’extrême gauche et les gilets jaunes, cette dérive m’a éloigné du mouvement. Je ne suis pas le seul, le soutien populaire a chuté, comme la mobilisation.

L’agression d’Alain Finkielkraut marque une étape supplémentaire dans le changement de nature du mouvement. Elle marque l’influence de plus en plus grande du gauchisme pro-palestinien (qui n’a rien à voir avec les revendications des gilets jaunes) et l’irruption d’un antisionisme obsessionnel qui gangrène l’extrême gauche et cache mal un antisémitisme nauséabond.

On dira que c’est un acte isolé, venant de quelques extrémistes qui ne représentent pas la majorité des manifestants. Mais qu’ont fait ces manifestants ? Si quelques-uns se sont excusés du bout des lèvres auprès de l’agressé, qui a dit son fait aux insulteurs ? Qui a fait le ménage dans les rangs pour en expulser ces racailles ? Surtout, qu’ont dit les meneurs, si à l’aise habituellement sur les réseaux sociaux ou les plateaux de télévision ? Depuis ce week-end, on n’entend pas les Drouet, les Rodrigues, les Fly Rider, les Ludosky, etc. Pourtant, en cette matière, il n’est pas de neutralité possible ; se taire, c’est déjà justifier.

Alors, même si les raisons de la colère sont toujours présentes et que les réponses du gouvernement ne sont pas à la hauteur, je ne peux que dire adieu aux gilets jaunes.

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