Economie - Editoriaux - 8 juin 2019

Fusion Fiat-Renault : les raisons de l’échec

La fusion Fiat-Renault semble mal partie : alors que les deux parties semblaient proches de conclure un accord, l’intervention du ministre de l’Économie Bruno Le Maire, qui souhaitait sonder Nissan, semble avoir tout fait capoter et Fiat a retiré immédiatement son offre.

L’alliance entre Nissan et Renault était l’œuvre d’un seul homme – Carlos Ghosn : il était PDG des deux entreprises. Sa chute et son inculpation par la Justice japonaise ont brusquement séparé les deux firmes. Nissan rêve, en fait, d’indépendance. Alors qu’en 1999, lorsque l’alliance avait été conclue, Nissan était mal en point et proche de la faillite. Ghosn l’a redressée au point que le maillon faible du tandem est désormais Renault. Nissan reproche, de ce fait, à son partenaire de « vampiriser » ses bénéfices. Ghosn était un obstacle à la séparation. Et puis, il est tombé : laissons à la Justice le soin de déterminer s’il est coupable ou pas.

Seul obstacle qui, désormais, empêche Nissan d’oublier complètement la firme au losange : les 44,3 % d’actions de Nissan que Renault possède, Nissan n’ayant que 15 % de Renault. 44,3 % ne forment pas une majorité, mais la direction de l’entreprise japonaise ne peut faire l’impasse sur un tel bloc et doit en tenir compte.

Si la fusion Renault-Fiat avait eu lieu, les constructeurs automobiles français et italien auraient échangé des titres pour sceller leur alliance, ce qui aurait permis à Nissan de se retirer sur la pointe des pieds, en prétextant des changements de majorité dans les pactes d’actionnaires. Bruno Le Maire a voulu éviter ce clash, il a exigé de consulter les Japonais pour obtenir leur accord que, bien sûr, ils seront réticents à donner, ou alors à leurs conditions. Rien ne dit que, pour finir, Renault ne sera pas contraint au divorce, quels que soient les efforts que la firme fera pour l’éviter, et donc que la fusion Fiat-Renault n’apparaîtra pas comme une occasion manquée. Sans doute n’est-elle que partie remise, quand les choses se seront décantées, mais est-elle souhaitable ?

Car la fusion Renault-Fiat, si elle se fait, risquerait d’être suivie par des fermetures d’usines en France. Renault, qui appartient en partie à l’État français, est obligé, de ce fait, de maintenir une activité industrielle dans l’Hexagone. Si Paris ne disposait pas de représentants au conseil d’administration de la firme au losange, celle-ci aurait cherché à s’implanter là où les salaires seraient moindres et où les conditions faites par les autorités locales seraient les plus intéressantes. Si Fiat entre au capital de Renault, le poids de l’État sera dilué, Renault deviendra une entreprise internationale. Peut-être est-ce cela que Bruno Le Maire a voulu éviter après le fiasco du rachat d’Alstom par General Electric.

À lire aussi

Anti-sommet du G7 : la réunion des outres à vent ?

Mais que dire des contre-sommets organisés par des « associations » ? …