Il y a un modèle anglais, même si nos institutions sont différentes, et Charles-Henri Gallois, qui vient de lancer Génération Frexit, l’a compris. Le référendum britannique de 2016 fut, en quelque sorte, la condition nécessaire mais pas suffisante du Brexit, processus de sortie de l’Union européenne qui est encore en cours. Néanmoins, l’obtention d’un référendum pour décider de rester ou de quitter l’Union européenne est l’unique objet de Génération Frexit. Ce sera d’autant plus une œuvre de longue main – encore que l’Angleterre a maintenant montré l’exemple – qu’il faut remonter à 1993, ce jour où Nigel Farage quittait le Parti conservateur pour fonder le UKIP, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni. Cette formation constituait un single-issue party, à savoir un parti focalisé sur un seul enjeu : l’organisation d’un vote aboutissant au Brexit. Une idée fixe que Nigel Farage a, finalement, vu triompher vingt ans plus tard, lorsque le Premier ministre conservateur, David Cameron, acculé par la pression des brexiters dont Boris Johnson, s’est vu forcé de promettre le référendum.

« Nigel a été l’homme du Brexit sans jamais remporter les élections générales », constate Charles-Henri Gallois. Cela étant, après la victoire du référendum, il y a eu la bataille parlementaire ponctuée par les élections européennes où les conservateurs furent laminés au profit du Brexit Party, nouveau single-issue party construit par Farage. Le UKIP, qui existe toujours, s’était trop diversifié et était désormais associé à l’extrême droite.

Chacun sait qui a gagné mais personne ne sait comment, questionne The Uncivil War, le film anti-brexit de James Graham. La thèse du film qui veut que ce soit grâce à la récolte des données personnelles sur les réseaux sociaux, est contredite par la scène où l’on voit Dominic Cumming, aujourd’hui conseiller principal de Boris Johnson, revenir dans une salle de réunion vide et réfléchir devant un de ces tableaux muraux qui servent aux brainstormings. Il écrit take control, puis se ravise take back control, véritable slogan magique. Voilà un slogan tout à fait traduisible et transposable.

Le souverainisme reste auréolé par sa victoire au référendum sur la Constitution européenne en 2005 (54,68 % de votes pour le « non »). Un courant représenté par Debout la France (DLF), Les Patriotes (LP), République souveraine (RS), Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), auquel s’ajoute maintenant Génération Frexit, fondé par Charles-Henri Gallois, ancien cadre de l’Union populaire républicaine (UPR). Mais Génération Frexit ne présentera aucun candidat aux élections. Son unique but : mettre la question d’un référendum sur le Frexit au cœur du débat politique. « On parle très peu de l’Union européenne lors de l’élection présidentielle. Or, pour nous, cette question définit tout le reste, argumente-t-il. Si on convainc les Français de se mettre d’accord sur un référendum, il y aura un débat et je suis persuadé que nous pourrons le gagner en présentant nos arguments pour “reprendre le contrôle” sur notre pays », déclare-t-il.

Alexandra Phillips, ancienne eurodéputée membre du Brexit Party, l’a mis en garde : « Nous devons faire preuve de solidarité contre les abus, les attaques et les mensonges que vous allez subir, de la part de ceux qui veulent faire croire que défendre le droit de son pays à s’autodéterminer est xénophobe. »

Sous le contrôle de Pascal Perri, de LCI, économiste libéral mais pas spécialement frexiter, Charles-Henri Gallois, cadre financier, diplômé de l’EM Lyon, rappelait que les droits de douane européens de 2,4 % ne feraient pas plus peur au Royaume-Uni qu’ils ne font peur aux Chinois ou que la France seule emprunterait à -0,2 % alors que l’Union européenne emprunte à +1,15 %, ou encore que l’euro, qui était surévalué de 15 %, bénéficiait aux Allemands mais nuisait à l’économie française.

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