Faisant suite à une enquête de Mediapart, les élus d'opposition communistes de la région Île-de-Fance ont demandé à de suspendre la subvention allouée au lycée Stanislas. Cet établissement catholique d'excellence serait en effet coupable de dispenser... un enseignement catholique ! Philosophe de formation et promoteur de l'éducation intégrale, Fançois-Xavier Clément s'interroge sur la possibilité, pour les établissements catholiques, de concilier leurs principes et ceux de la République.

Marc Eynaud. À la suite d’une enquête de Mediapart, des élus d’opposition communistes ont demandé à Valérie Pécresse, la présidente du conseil régional d’Île-de-France, la suspension de la subvention allouée au collège d'excellence parisien Stanislas. Que reproche-t-on à cet établissement ?

François-Xavier Clément. On lui reproche d’être un établissement catholique et d’en assumer toutes les dimensions, à la fois la dimension anthropologique, chrétienne, et la dimension intégrale dans le règlement de l’établissement et dans l’accompagnement des élèves : les garçons comme des garçons, les filles comme des filles. Il y a également la dimension sacramentelle de l’éducation à la foi.

M. E. Y a-t-il d’autres raisons ?

F.-X. C. Stan' fait partie des quelques établissements qui demeurent dans le réseau des établissements catholiques privés sous contrat capables d’assumer la totalité de l’éducation intégrale des enfants. Ils vont jusqu’au bout de ce projet d’éducation ayant pour but d’éveiller les enfants à l’accomplissement de leur vie physiologique, affective, spirituelle et intellectuelle. Cet établissement n’a finalement pas une place tout à fait légitime dans le service de l’État aujourd’hui dans la mesure où, comme il est sous contrat, il se devrait d'être davantage immergé dans les valeurs de la République, comme le sont la très grande majorité des établissements privés sous contrat aujourd’hui.

M. E. Qu’entendez-vous par « valeurs de la République » ?

F.-X. C. L’évolution de la a conduit les catholiques, notamment dans l’enseignement catholique, à être de plus en plus marginalisés. En effet, la grande majorité des établissements ont évolué et se sont conformés pour ne pas augmenter l’écart entre la catholicité et le monde. Aujourd’hui, les valeurs de la République conduisent à assumer l’idéologie libertaire, la doctrine LGBT, une avec une religion horizontale et pas trop verticale, et donc de penser un humanisme bon teint plutôt que d’annoncer l’Évangile et la perspective du salut pour les enfants. Quand un établissement est immergé dans les valeurs de la République, il est devenu totalement compatible avec ce qui est attendu par le ministère de l’Éducation nationale et le rectorat qui leur donnent les moyens de vivre.

M. E. Ces attaques sont-elles monnaie courante ?

F.-X. C. Les affaires qui ont fait le buzz, ces dix ou vingt dernières années, concernant des choix courageux des établissements comme à Gerson ont rendu les chefs d’établissement frileux et les ont encouragés à faire profil bas sur les valeurs et l’engagement militant d’un chrétien aujourd’hui. On est dans mais nous ne sommes pas du monde. C’est une formule de l’Évangile, l'appel du Christ à ses disciples. En tant que catholiques, nous revendiquons que nous sommes dans le monde mais nous ne sommes pas du monde. La difficulté est qu'aujourd’hui, il y a de très nombreuses attaques qui ne font pas toujours du bruit. Celle-ci en fait car il s’agit de Stanislas, mais il y a des attaques plus locales. Par exemple, deux garçons sont venus en jupe à l’école dans un établissement catholique de province. Il y a eu des attaques en justice, dans la presse pour faire reculer les chefs d’établissement qui s’y opposaient.

M. E. Quel est l’avenir des établissement catholiques sous contrat avec l’État ?

F.-X. C. Cela va être de plus en plus difficile. Si l’enseignement catholique veut continuer à toucher les subsides de l’État, au niveau national et au niveau des collectivités territoriales, il n’aura plus le choix et devra rentrer définitivement dans les fourches Caudines des exigences de l’État, notamment idéologiques. La dernière en date est une circulaire de septembre 2021 sur la question du choix de changement de sexe d’un enfant à l’âge du collège. Il est demandé par l’État d’accompagner ces changements de sexe dans tout établissement public ou privé sous contrat. L’enseignement catholique a même donné des orientations sur ce sujet à tous les diocèses pour qu’on puisse accompagner ces changements de sexe sans que, dans certains cas, les parents en soient informés. Ce sera donc de plus en plus difficile de toucher des moyens de l’État et d’assumer pleinement et en même temps la mission d’éducation catholique.

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8 juillet 2022

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