François Ruffin : pourquoi sa BD « antiraciste » est vraiment problématique

Le député d’extrême gauche est mis en cause pour la partie la moins problématique de sa BD.
François Ruffin

C’est une nouvelle illustration de la célèbre phrase de Pierre Victurnien Vergniaud : la Révolution dévore ses enfants. En publiant sa bande dessinée Picardie Splendor, François Ruffin (Les Arènes) ne s’attendait sans doute pas à se prendre une telle volée de bois vert. La surprise est d’autant plus forte que les critiques viennent de son propre camp. Dans l'ouvrage paru le 7 mai, on voit ainsi le député, dans un train, assister à l’altercation entre des policiers blancs et une femme noire agressive, très énervée d’être verbalisée au motif que son titre de transport n’est pas valable. « Quoi ? Dans vos rêves ! J’ai déjà payé », hurle-t-elle, avant de reprendre sa manucure, au nez des agents. Témoin de la scène, un Maghrébin s’en mêle et envenime la situation. C’est alors que surgit François Ruffin, le torse bombé, tel un valeureux Casque bleu s’interposant entre deux armées ennemies. « Je vais vous régler les onze euros. Un peu de calme, messieurs », lance-t-il, magnanime. Sur la dernière image, on le voit triomphant, face au passager maghrébin, la tête inclinée, qui remercie son sauveur d’avoir su trouver les mots pour apaiser les esprits. Ruffin retourne alors à sa place et songe, le regard porté vers l’horizon : « C’est ce qui m’inquiète le plus. Bien sûr, si les Le Pen et Bardella l’emportaient, les décisions du sommet seraient sombres. Mais le pire, je crains, ce sont les forces obscures que ça libèrerait en profondeur, dans le pays. Voilà la France qu’on ne veut pas... »

Un poil mégalo, cette scène serait inspirée très librement de faits réels. Une vidéo circule en effet sur les réseaux sociaux dans laquelle François Ruffin s’adresse aux contrôleurs d’un train. Sauf que dans cet enregistrement, le député apparaît assez éloigné de l’agent neutre qu’il incarne dans la BD. On l’entend perdre son calme et se donner en spectacle devant des usagers gênés…

Mais c’est pour une autre raison que son récit enjolivé a fait scandale. Les réseaux proches de LFI l’accusent de reproduire le schéma paternaliste du « sauveur blanc » volant au secours d’Arabes et de Noirs en difficulté. « Nouvelle photo de profil de femme noire à domestiquer », a réagi la députée Nadège Abomangoli, vice-présidente de l'Assemblée nationale. D’autres figures du mouvement mélenchoniste ont partagé ce point de vue, comme le maire de La Courneuve, Aly Diouara, qui a traité Ruffin de « raciste complexé », ou encore la députée européenne Emma Fourreau, qui a vilipendé une « BD bourrée de racisme, de paternalisme, avec la figure de l’homme blanc sauveur ».

En guise de mea culpa, le candidat à la présidentielle a admis, dans une note de blog, que « l’antiracisme de [s]es artères » venait de la génération « black blanc beur » des années 1990 et pouvait donc paraître un peu daté. « J'en ai conscience, je dialogue avec des chercheurs, des militants, on en parle... », a-t-il encore confessé, pénitent.

Une BD pourtant 100 % LFI-compatible

Ce passage qui a tant fait parler est pourtant le moins problématique de la BD. François Ruffin ambitionnait d’écrire une œuvre à même de rassembler ses « France » dans un même creuset ; c’est raté. Il propose à la place un produit tout à la gloire de la « nouvelle France » louée par LFI. Présentes dans presque chaque page, les femmes voilées en sont les principales héroïnes. Une histoire sert ainsi de fil rouge à la BD : celle de six pieuses musulmanes qui accompagnent un groupe d’enfants lors d’une sortie culturelle en province. Assoiffées, elles se dirigent vers la terrasse d’un café et s’en font méchamment refouler par un serveur blanc. « Parce qu’on est arabes ? », demande alors une petite fille du groupe, l’œil humide. La réponse semble se trouver dans la question.

Le reste du livre est à l’avenant. Une planche montre un groupe de jeunes gens bigarrés se contorsionnant sur une musique hip-hop : « Voilà la France qu’on veut ! », s’émerveille Ruffin, assis dans le public. « C’est la France qu’on a, et de toute façon, ils ne nous l’enlèveront pas », lui répond sa compagne. Plus tard, on fait la rencontre de Ryad, jeune à casquette qui tient les murs de son HLM parce qu’on lui a supprimé sa bourse. Néanmoins courageux, il cherche un travail par intérim et s’est inscrit, en attendant, en fac d’espagnol. Très réaliste. Le lecteur a également droit à de très nombreuses pages dans lesquelles des gens d’origine africaine se lèvent au petit matin pour aller au dur labeur. On les voit prendre un maigre petit déjeuner avant de prendre le bus ou le RER, sans y croiser le moindre visage pâle. À croire que les Européens sont d’affreux fainéants. « Il faut bien nourrir la famille », explique ainsi un de ces travailleurs consciencieux. Page suivante, on trouve enfin deux Blancs. Le premier demande au second quels sont ses projets pour cet été. La réponse est la suivante : « Oh, rien d’extraordinaire, j’ai mon petit voilier à La Baule, comme tout le monde... » S’il fallait trouver du racisme dans cette BD, c’est sans doute ici qu’il faudrait chercher.

L’album se termine dans la joie et la bonne humeur, lors d’une fête de quartier, une « Ruffête », où les enfants de la Nouvelle France jouent au jeu du chamboule-tout et dégomment des boîtes de conserve à l’effigie de Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy ou encore Rachida Dati… Happy end. Merci, M. Ruffin, pour cette œuvre fédératrice et humaniste.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 25/05/2026 à 13:35.

Picture of Jean Kast
Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

52 commentaires

  1. Je ne sais si l’article décrit bien l’oeuvre majeure du descendant « Bonduelle », mais alors ce dernier est bien un digne exemple du mot « sot »…

  2. En préconisant de prendre aux « ultra riches » pour résoudre tous les problèmes je pensais que François Ruffin avait dix ans d’âge mental mais en plus, il est vaniteux et menteur.

  3. Ça a été édité à compte d’auteur, ça va avoir autant de succès que les films de BHL , celui qui s’autofinance avec nos impôts

  4. LFIste un jour LFiste toujours , Ruffin voudrais bien se débarrasser de ses oripeaux poisseux d’islamogauchiste pour nous faire croire qu’il n’est pas comme Jean Luc le grand gourou de l’asile , hélas pour lui les oripeaux sont bien collés sur sa peau .
    Ruffin c’est une escroquerie politique il est bien un échappé de l’asile LFI

  5. Ce n’est sûrement pas la France que je veux.
    Avant, isolé du melenchonisme je le trouvais parfois intéressant. Mais ÇA, c’était avant !

  6. « Un poil mégalo », peut être surtout opportuniste sans quoi il ne ferait pas de politique mais surtout un politicien très traumatisé par le RN et quoi qu’il en fasse honnêtement ou non, il l’aura quant même.
    Là l’erreur de cette décision en payant après coup le billet de cette personne c’est l’encouragé la prochaine fois puisque pas de sanction a la fraude donc prêt a recommencer.

  7. C’est d’une nullité affligeante, comme à l’époque où il faisait des vidéos dans sa cuisine…

  8. En voulant faire interdire Cnews, François Ruffin montre que, malgré ses tentatives pour être « tout bien, tout propre », il est et demeure un fasciste. Tout comme son mentor, un certain B. Mussolini, d’extrême gauche comme lui.

  9. Cet ouvrage devra etre retenu à charge contre lui pour incitation à l’invasion et collaboration avec l’Islam le plus rétrograde …Mais ce n’est pas un petit fils de converti à l’Islam qui le fera .

  10. En fait de « créolisation », c’est en fait une « babelisation » de la société qui prend forme. Tout cela finira comme dans la Bible. Le multiculturalisme heureux est une utopie mortifère.

Commentaires fermés.

Meurtre de Louis manifestation à Narbonne

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Que les familles des victimes parlent est très compliqué pour le gouvernement
Gabrielle Cluzel sur CNews
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois