Comme l’affirmait Jean-Pierre Raffarin, le Lao Tseu du Poitou, avec l’acuité d’analyse qu’on lui connaît : « Notre route est droite, mais la pente est forte. » Alors qu’il est menacé de dix ans de prison, serait bien inspiré de méditer cet adage. Certes, même si revenu d’un long voyage, Fillon n’est pas Ulysse, tandis que sa Penelope aurait eu un peu tendance à broder dans le vide ; ce, aux frais des contribuables.

Mais, tel que gravé dans le marbre hellénique par l’auguste penseur plus haut cité : « La gravité de la crise, c’est la crise de la gravité. » Et là, c’est un peu grave pour François Fillon, son ancien confrère de Matignon.

Édouard Balladur, qui devait être élu dès le premier tour de l’élection présidentielle de 1995, Le Monde dixit. Et Dominique Strauss-Kahn, favori d’entre les favoris, figure emblématique de cette « bonne gouvernance » si chère au « cercle de la raison », qui s’est un peu pris les pieds – et pas seulement les pieds – dans un rideau de sa chambre new-yorkaise du Sofitel. Par pur esprit humaniste, on oubliera le destin national avorté d’un Michel Rocard face à un François Mitterrand. Le premier était soutenu par les médias ; le second par le peuple, fût-il de gauche. Le résultat n’a pas fait un pli.

Avec François Fillon, c’était un peu la même chose, mais en sens inverse. Car c’était lui, le candidat idéal de la droite. Celui qui ne pouvait pas perdre. Le Premier ministre lucide avouant diriger un État en quasi-« faillite ». Qui acceptait du bout de ses doigts gantés de pécari, couleur beurre frais, le soutien de la bien élevée, celle de la Manif pour tous. Et qui, une fois de plus, en homme de droite nouvelle génération, ne voyait la politique qu’au prisme de l’économie.

Bref, François Fillon ne parlait que de fric, et c’est ce fric qui pourrait désormais le faire tomber. Certes, il est une évidence que les faits qui lui sont reprochés ne valent pas la sévère sentence qu’on lui promet. Mais, de manière inconsciente ou non, le principal grief qui lui est fait, aujourd’hui, est celui de la tartufferie. On ne peut pas éternellement jouer sur les deux tableaux. Jacques Médecin, maire de Nice, pote à Jean-Paul Belmondo et aminche à Michel Audiard, était de l’avis de ses anciens administrés, pas vraiment prix de vertu, mais plutôt bon administrateur, même si opérant parfois en eaux troubles.

Et un Médecin comme un Balkany nous évitaient au moins le sermon avec moraline. Alors que François Fillon – délit de faciès oblige -, c’est aussi sa tête de carême, de repas sans pinard et de cognac sans cigare que les tribunaux pourraient lui faire payer.

Bref, ces hommes politiques, de droite comme de gauche ne sachant pas penser en termes autres qu’économiques et peinant à comprendre que droite ou gauche de « droit divin », Balladur ou Dominique Strauss-Kahn, se trouvent parfois un brin dépourvus dès lors qu’il s’agit de retomber sur le plancher des vaches.

C’est ce qui a été rappelé par le parquet à François et , ce mercredi 26 février : « Le détournement de fonds publics était […] sous l’Ancien régime un crime puni de la peine de mort par pendaison. »

Aujourd’hui, on n’en demande pas tant. Mais vive le roi quand même !

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