François Bayrou ne prend donc jamais de vacances ? Ça nous en ferait, pourtant…

« On ne confie pas un Boeing à quelqu'un qui n'a jamais piloté, y compris un planeur. » François Bayrou sait de quoi il parle.
Capture d'écran Europe 1
Capture d'écran Europe 1

C’était il y a presque un an, le 25 août 2025, jour de la Saint-Louis. Il y a donc un siècle, une éternité. Un été qui n’était pas spécialement indien. François Bayrou avait royalement décidé de se faire hara-kiri en annonçant une session parlementaire extraordinaire au cours de laquelle il engagerait la responsabilité de son gouvernement. Deux semaines plus tard, le 8 septembre, l’affaire était pliée. Le Béarnais avait tenu 8 mois et 27 jours dans l’enfer de Matignon, plus qu’il n’en fallait pour décrocher la grand-croix de l’ordre national du Mérite. L’équivalent de la boîte de jeux, lot de consolation de ceux qui ne revenaient pas en deuxième semaine, à la grande époque des jeux télévisés. Un an plus tard et cinq mois après sa défaite cuisante aux élections municipales, l’inspirateur historique de l’extrême centre profite des créneaux médiatiques laissés libres - vacances obligent - pour parler et faire parler de lui. À 75 ans, pas question de dételer et encore moins de détaler. Ça a été d’abord un entretien dans Le Figaro, le 9 août, puis, le 12 août, une interview dans la matinale d’Europe 1. Qu’en retenir ?

Le long (trop long ?) et tranquille « fleuve démocratique » de Bayrou

D’abord, sa proposition de primaire allant - soyons fous - des socialistes aux LR afin d’éviter la catastrophe d’un « deuxième tour entre pires ». C’est-à-dire un second tour Le Pen-Mélenchon en 2027. « Entre les deux extrêmes, mortels pour la nation, il y a un "fleuve démocratique" », affirme le président inamovible du MoDem. Curieuse image, à bien y réfléchir, que celle de ce « fleuve démocratique ». Surtout en ces temps de sécheresse. En effet, le RN et son allié UDR représentent, en étiage bas, 35 % des voix. Si l’on ajoute les différents courants souverainistes et patriotes (Reconquête, Debout la France, etc.), on ne doit pas être loin de 40 % d’intentions de vote. De son côté, Mélenchon frôle, à ce jour, les 15 % d’intention de vote. Le « fleuve démocratique » de Bayrou est donc loin de sa crue centennale, avec moins de 45 % des intentions de vote. Pour tout dire, il serait plutôt en voie d’assèchement, comme certains cours d’eau du sud de la France en plein été.

L’héritier en fin de cycle et ligne directe du MRP de la IVe République qu'est François Bayrou (il commença sa vie politique avec le regretté Jean Lecanuet, c'est dire...) est donc en train de nous refourguer le système des apparentements, inventé autrefois pour que centristes, radicaux et socialistes puissent se maintenir au pouvoir face aux menaces gaulliste, d’une part, et communiste, d’autre part. Le recyclage d’une sauce IVe pour sauver une Ve République au bout du bout, il fallait y penser. La vie politique n’est pas un long fleuve tranquille mais un éternel recommencement ! Bon, pour l’instant, cette proposition géniale de large primaire semble faire un flop.

Ensuite, on retiendra de cette interview dans Le Figaro que parmi les nombreux marins d’eau douce voguant et ramant sur ce « fleuve démocratique », le vieux timonier centriste ne voit pas grand monde pour tenir la barre en 2027. Sauf, peut-être, Thierry Breton, et, pour qui sait lire entre les lignes, évidemment, François Bayrou lui-même…

Le prophète de la dette

Là où Bayrou se montre le meilleur, il faut bien le reconnaître, c’est sans doute dans son rôle de prophète de la dette. Et cela, on ne peut le lui enlever. « Jamais la France n’a été dans cet état », affirme-t-il sur Europe 1, ce 12 août. C’est sans doute un peu exagéré, à bien regarder l’Histoire de France, mais on n'est pas loin de la vérité. Et lorsque le Premier ministre émérite affirme que « la crise financière est inéluctable », on ne peut que malheureusement acquiescer. Dix ans de Macron (« Qui t'a fait roi ? ») couronnent quarante ans de déficits budgétaires successifs. Il suffit de lire ou de relire les nombreux éditoriaux et tribunes publiés dans ces colonnes depuis des années. Mais le prophète n’en reste pas moins un homme politique. Et que propose-t-il ? Quittant la métaphore nautique pour l’aéronautique, François Bayrou propose tout simplement de continuer avec les mêmes : « C'est une situation qui n'a jamais existé. Et je crois en effet qu'on ne confie pas un Boeing [NDLA : il aurait dit « un Airbus », ça n'aurait pas été plus mal...] à quelqu'un qui n'a jamais piloté, y compris un planeur. » Cela dit, la France fut bien gouvernée par un « pilote de pédalo » que François Bayrou avait contribué à faire élire en 2012. François Bayrou sait décidément de quoi il parle.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

127 commentaires

  1. Accordons-lui un dernier tour de piste, en tête, sur une musique de Julius Fucik. A sa suite viennent les éléphants, une cavalière, une bande clowns acrobates, les tigres et les lions resteront dans des cages. Monsieur loyal qui lui aussi fait son dernier tour – du moins on l’espère – tient le bras d’une trapéziste, les jongleurs, les funambules et les contorsionnistes viennent en foule.
    Petit à petit la musique s’éloigne, les projecteurs s’éteignent, il est temps de plier les tréteaux.
    Nous n’avons plus envie de rire.

  2. Ce membre de « l’élite » qui nous assène avec insistance qu’il y a 200 à 400 milliards d’étoiles dans le système solaire devrait boire frais et se reposer à l’ombre au lieu de nous infliger sa présence.

  3. On ne confit pas les finances d’un pays à un marchand de voiture sans permis avec lunettes de maître nageur si peu sauveteur, et encore moins pendant dix ans…Et pourtant Bayrou et Macron l’ont fait, ensemble comme deux frères indigents et fiers!
    Au lieu de chercher des boucs émissaires au RN qui je le rappelle n’a jamais été au pouvoir, il suffit pour eux de se taire et de partir à condition d’être assez digne pour le faire…

    • Ils ne doivent pas « partir » ! …
      ILS doivent être condamnés ! … C’est une sacré différence ! …
      STOPPER et SUPRIMER tous leurs avantages qu’ils ont accumulés durant leurs période au « Pouvoir » ! …
      « Spoliation », « Abus de biens sociaux », « Enrichissement abusif », « trahison » et « collusion avec les ennemis », « mise en danger de mort avec préméditation du peuple français » … Les motifs ne manquent pas ! …
      Il faut « juste » avoir des gens à la tête de la FRANCE qui veulent lui redonner sa souveraineté et qui veulent respecter une vraie démocratie ! …

  4. Il ne manquait plus que Bayrou..
    La question devrait être…
    « Lorsqu’on pilote de Boeing a précipité plusieurs fois son avion dans la montagne, lui fait on confiance pour un nouveau vol ? « 

  5. « Depuis quarante ans, une élite veut liquider la France. » Depuis 2017, cette élite est au pouvoir. » (Olivier Marleix – homme politique – 1971/2025). S’est suicidé par pendaison, les pieds touchant le sol…

  6. J’ai personnellement beaucoup de respect pour M. Bayrou mais malheureusement ce qu’il préconise revient à continuer la destruction de notre pays car les « élites » au pouvoir on tellement d’intérêts entrecroisés qu’il est impossible de réformer sans une petite révolution (changement en profondeur de la classe dirigeante).

  7. Cette petite phrase de monsieur Bayrou est une véritable insulte aux pilotes de ligne . Heureusement qu’ils ont d’autres qualités que celles de ce brontosaure de la politique. Le courage, l’honnêteté intellectuelle, la rigueur, l’esprit de décision et surtout l’humilité d’assurer ses responsabilités, voilà ce qu’on demande, entre autres, à un pilote de ligne. Quel rapport avec ce cloporte qui a traversé un demi siècle tapis dans les ors de la république payé par les contribuables a nuire à notre pays pour satisfaire ses ambitions.

  8. Le bayrou qui croyait étre maire de Pau à vie,les Palois l’ont viré avec un coup de pied aux fesses,et comme il n’est pas heureux il veut continué à survivre le pauvre homme et qu’il arrète d’insulter les partis de droite(RN,UDR,Reconquète,)

  9. La peur d’être oubliés et l’ennui sont des petits problèmes d’élite en fin de course et à tout âge.
    De Bayrou à Breton en passant par Raffarin et Royal, Hollande ou même Attal et Philippe ou Castex, seule la prétention guide leurs pas!
    Ils n’ont pas le niveau mais ils ont le pouvoir le plus important, le pouvoir médiatique, tant que les journalistes partisans et majoritaires leur déroulent le tapis rouge de la « pédansphère » de télémacron: mensonges et propagande européiste au programme.
    J’appelle cela l’extrême honte.

  10. l’eau tiède du centrisme……..du « en même temps » depuis des décennies….et maintenant…..le résultat……

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