Est-ce pour vendre du papier ? Est-ce pour remobiliser des électeurs déçus ou dégoûtés ? Est-ce parce qu’ils le redoutent ? Est-ce parce qu’ils y croient ? Est-ce qu’ils jouent à se faire pour mieux affoler l’opinion ? En cette rentrée 2013, alors que nous abordons la dernière ligne tordue avant les municipales de mars 2014, tout se passe en tout cas comme si les grands médias et la classe politique s’étaient donné le mot pour annoncer l’Apocalypse selon saint Jean-Luc Mélenchon et autres évangélistes admis à la gauche du Seigneur.

« La déferlante Marine Le Pen… Le Front national à la conquête du pouvoir… L’irrésistible ascension de l’extrême-droite… » On se croirait revenus aux plus beaux jours de 2002, quand la petite bête immonde était devenue le grand méchant loup et que les 17 % des suffrages obtenus par Jean-Marie Le Pen étaient censés l’emporter au second tour sur les 83 % rassemblés par ses adversaires.

Il est vrai que tous les confirment la montée du Rassemblement bleu Marine, favorisé par l’échec successif des deux grands partis de gouvernement qui alternent au pouvoir depuis plus de trente ans, la crise économique, sociale, morale et identitaire que traverse la France, et l’habile politique de dédiabolisation menée par la fille de Jean-Marie Le Pen. Vrai encore que le Front national va conquérir des mairies, emporter des bastions tenus par des notables qui se croyaient inexpugnables, faire élire au minimum quelques centaines de conseillers municipaux. Pourtant, et même s’il multiplie son score par seize depuis les municipales de 2008, avec les 16 % que lui attribuent les sondages, il lui reste un bon bout de chemin à parcourir avant d’accéder à l’Élysée et à Matignon.

Il n’en demeure pas moins que le Front a le vent en poupe, que derrière les municipales se profilent les européennes, que celles-ci pourraient bien faire de ce mouvement le premier parti de France et surtout que les installés ne savent ni ne voient comment faire pour enrayer la spirale négative où ils s’engloutissent. Bref, comment faire pour inverser la courbe de leur impopularité ? Là est toute la question. Aussi n’est-il pas étonnant qu’ils apparaissent littéralement tétanisés par la perspective du premier scrutin qui redonnera la parole aux Français moins de deux ans après la courte victoire de François Hollande.

À gauche, où les communistes et les écologistes auraient les uns et les autres les meilleures raisons de rompre avec un Parti socialiste ami de la finance, indifférent au sort des plus défavorisés, et résolument productiviste, le PC est trop soucieux de préserver tout ou partie des 759 mairies, des 2397 postes d’adjoints et des quelques sept mille écharpes de conseillers municipaux qui alimentent ses caisses et lui permettent de rester présent sur le terrain pour prendre le risque d’une rupture. Et ne parlons même pas des Verts qui ne doivent leurs élus municipaux, leurs parlementaires et leurs ministres qu’à la munificence du PS. Munificence intéressée car le parti hégémonique de la gauche a lui-même besoin de l’appoint de ces partenaires humiliés à qui ses bienfaits fermeront la bouche, le temps d’une campagne.
Au centre, l’UDI de M. Borloo, parti sans chef, et le MODEM de M. Bayrou, chef sans parti, se sont rendus à l’évidence : ils ont besoin de se réunir pour avoir l’air d’exister, obtenir les places et garder les villes que l’UMP leur concèdera. Quant à l’UMP, déchirée entre tenants du Front républicain, partisans du « ni-ni » et promoteurs prudents d’un rapprochement avec le Front national, elle ne peut plus se payer le luxe d’imposer sa loi et n’espère plus, comme les socialistes, que limiter les dégâts que lui vaudront ses divisions, son manque de leader et son inexistence idéologique.
Ainsi verrons-nous dans les mois qui viennent deux coalitions pareillement hétéroclites et incohérentes aller ensemble à la bataille sous le signe menteur d’une unité de façade.

Quant au gouvernement, dansant d’un pied sur l’autre, alternant dans une valse qui donne le vertige, les taxes et les décotes, les prélèvements et les assouplissements, les amputations et les revalorisations des salaires et des pensions, il a sagement décidé de différer les sujets qui fâchent jusqu’après ces élections qui lui font peur. Qu’il s’agisse de la taxation du diesel, remise aux calendes vertes, de la réforme pénale chère à Madame Taubira et ardemment soutenue par le rassemblement des belles âmes et des voyous, de la réforme des collectivités territoriales, du non-cumul des mandats ou de la procréation médicalement assistée, aucune de ces “réformes” ne verra le jour d’ici le printemps 2014. L’actualité est priée de prendre un congé sans solde de six mois. Au moins y a-t-il là une chance que, ne faisant rien, M. Hollande, de tout l’automne et de tout l’hiver, ne fasse pas de bêtises.

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14 septembre 2013

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