Entretien réalisé par Emmanuelle Duverger

Votre père, Oswaldo Payá, lauréat du prix Sakharov en 2002 et l’un des principaux opposants cubains, a été officiellement victime d’un « accident » de voiture en juillet 2012. Depuis, des doutes ont été émis sur les causes de son

En effet. Ils étaient quatre dans la voiture. Deux sont morts, dont mon père. Mais selon les témoignages des personnes qui voyageaient avec lui, une voiture a essayé de les faire sortir de la route. Elle les a percutés à plusieurs reprises, nous pensons donc qu’il ne s’agit pas d’un accident. Depuis, le conducteur, l’Espagnol Ángel Carromero (membre du Parti populaire espagnol), a confirmé cette thèse en expliquant que leur voiture aurait été percutée par-derrière par un véhicule portant une plaque d’immatriculation du gouvernement cubain.

Il faut faire la lumière sur cette affaire. Nous demandons que soit ouverte une enquête internationale sur la mort de mon père. Tout est flou dans cette . La justice a mentionné un rapport d’autopsie, mais quand nous avons demandé à en prendre connaissance, on n’a jamais voulu nous le communiquer. On nous a dit qu’on nous l’enverrait par courrier ! Évidemment, on n’a jamais rien reçu…

À ce jour, nous avons saisi le rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires de l’ ; nous avons également saisi la justice espagnole puisque mon père avait la double nationalité espagnole et cubaine. Une première décision accréditant la thèse du gouvernement cubain a été rendue. Nous avons fait appel. Le Parlement européen devrait également voter un amendement le 21 novembre prochain pour demander une enquête internationale.

Quelle est la situation générale à Cuba depuis le retrait de Fidel Castro ?

Paradoxalement, les violences à l’égard de l’opposition se sont multipliées. Le nombre d’arrestations arbitraires ne cesse d’augmenter. On en a répertorié 909 pour le seul mois d’octobre ! Le gouvernement veut donner une image d’ouverture, mais dans les faits, ce n’est pas vrai. Et c’est valable dans tous les domaines. On cite toujours l’interdiction de voyager pour les Cubains. Mais au quotidien, c’est surtout l’interdiction de faire du commerce qui est pesante. Il y a deux semaines, ils ont fermé d’office un . Même chose avec un commerce de vêtements. Ils ne veulent pas que l’économie fonctionne, seulement que les gens survivent… Nous sommes confrontés à un changement de façade : en réalité, ils contrôlent tout pour que l’économie reste toujours dans les mains des mêmes, les proches du pouvoir…

Êtes-vous optimiste pour l’avenir ?

Nous devons réagir. Aujourd’hui, nous avons l’occasion de mettre en place une réelle transition démocratique. Il ne faut pas la rater. Mon père était à l’origine du projet Varela, en 2002, une pétition demandant l’organisation d’un référendum pour garantir la liberté d’expression, l’amnistie pour les prisonniers politiques et des libres. Nous avons le nombre nécessaire de signatures pour qu’il soit donné suite à notre demande de référendum [la Constitution autorise un ensemble de citoyens à solliciter un référendum, dès lors que le groupe recueille plus de 10.000 signatures]. C’est maintenant que nous devons mobiliser la communauté internationale pour qu’elle nous soutienne. Depuis 25 ans, le peuple cubain n’a jamais été libre de choisir, il est temps aujourd’hui de lui donner enfin ce droit !

17 novembre 2013

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