FEMYSO : l’étrange complaisance de Bruxelles envers les réseaux fréristes

Malgré les alertes sur ses liens avec la mouvance frériste, l'organisation bénéficie toujours de soutiens européens.
Crédit F. Bergeaud Blackler
Crédit F. Bergeaud Blackler

Le 21 septembre prochain, le FEMYSO (Forum of European Muslim Youth and Student Organisations), organise à Bruxelles la conférence annuelle de la Journée européenne d'action contre l'islamophobie (EADAI). Sur le visuel de l’initiative « Unite & Act » diffusé par cette organisation, une mention interpelle : « cofinancé par l'Union européenne ».

Pourquoi Bruxelles continue-t-il de financer les activités d'une organisation que les autorités françaises placent dans l'écosystème de la mouvance des Frères musulmans ?

Qui est le FEMYSO ?

Cette fédération rassemble des organisations musulmanes de jeunesse (voir l'article de Georges Michel, publié en 2025) à travers l'Europe. Son nom apparaît dans le rapport sur l'entrisme islamiste publié par le ministère de l'Intérieur en mai 2025. Le document le présente comme une « structure de formation des cadres à haut potentiel de la mouvance » et le situe dans l'écosystème européen de la mouvance des Frères musulmans.

Pour Florence Bergeaud-Blackler, chercheur au CNRS et spécialiste du frérisme, interrogée par BV, les liens historiques du FEMYSO avec la mouvance des Frères musulmans ne font « absolument aucun doute ». Cette présentation permet de mieux comprendre pourquoi les activités récemment mises en avant par le FEMYSO interrogent. « Unite & Act » propose notamment des formations au leadership, à la gouvernance, au plaidoyer, à la communication et à la constitution de réseaux.

Le rapprochement mérite d'être souligné : le rapport français décrit le FEMYSO comme une structure participant à la formation de cadres de la mouvance ; une activité présentée par l'organisation comme cofinancée par l'Union européenne vise, elle aussi, à former et structurer de jeunes responsables à l'échelle européenne.

Dans les tuyaux de Bruxelles

Comment l'argent européen arrive-t-il jusqu'au FEMYSO ? Le dossier révèle la complexité des mécanismes de financement européens. L'organisation a déjà bénéficié de financements directs, par le passé. Mais d'autres programmes empruntent des chemins plus indirects, par l'intermédiaire de consortiums, d'organisations porteuses ou de mécanismes de financement en cascade.

Les différents projets auxquels participe ou a participé le FEMYSO illustrent cette architecture à plusieurs étages. Autant de « tuyaux » qui rendent parfois difficile l'identification précise du bénéficiaire final et du contrôle exercé sur lui. Pour l'eurodéputée RN Virginie Joron, le problème est là : « La Commission ne regarde pas ce qui est derrière le projet, ce qui est hallucinant », explique-t-elle à BV.

Son analyse rejoint une interrogation plus fondamentale formulée par Florence Bergeaud-Blackler : « Je ne dis pas qu'il faut les interdire, je dis qu'on n'est pas obligé quand même de leur donner de l'argent public. »

La démarche de Marion Maréchal

Cette situation a conduit plusieurs élus à interpeller les institutions européennes. Marion Maréchal s'était notamment mobilisée, au cours de l'été, contre la participation du FEMYSO à certaines activités du Parlement européen qui avait annoncé son exclusion. Le dossier semble toutefois plus complexe. Le FEMYSO a contesté cette version et Virginie Joron, qui s'est également penchée sur le sujet, affirme qu'aucune décision formelle d'exclusion générale ne lui a été communiquée. L'organisation demeurerait notamment inscrite au registre de transparence européen.

Cette lenteur contraste, selon l'eurodéputée RN, avec la célérité dont Bruxelles a récemment fait preuve à l'égard du MCC Bruxelles, lié au Mathias Corvinus Collegium hongrois. « Quand ils veulent suspendre une ONG [...], ils n'attendent pas, ils suspendent », observe-t-elle. Pour Virginie Joron, l'inaction européenne dure depuis trop longtemps : « Ça fait des années qu'on se bat contre cette ONG qui est un cheval de Troie des Frères musulmans et il ne se passe rien. »

Aveuglement ou complicité ?

La question dépasse donc désormais celle d'une simple subvention. Elle porte sur la capacité, ou la volonté, des institutions européennes à regarder au-delà des dossiers administratifs des organisations qu'elles financent. Pour Florence Bergeaud-Blackler, l'accumulation des rapports et des alertes rend l'argument de l'ignorance de plus en plus difficile à défendre. « À un moment donné, ça devient de la complicité », estime-t-elle.

Les alertes existent. Les rapports sont là. Les liens du FEMYSO avec l'écosystème frériste sont établis et des élus européens ne cessent d'interpeller Bruxelles. Pourtant, les robinets européens ne sont pas fermés. L'Union européenne peut continuer à financer, directement ou par l'intermédiaire de ses multiples programmes, les activités d'organisations proches de la mouvance des Frères musulmans.

Le problème n'est peut-être donc plus ce que Bruxelles sait. Mais ce qu'elle choisit de ne pas voir.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

37 commentaires

  1. Il semble n’y avoir que quelques badaudes à cette « conférence. Quand je pense que mon association dans le secteur de la mobilité n’a plus reçu de subsides car trop peu de membres, et donc par suite, trop peu d’activité…

  2. La Belgique est devenue un pays musulman La France en prend le chemin à la vitesse grand V… si le prochain président ou la prochaine présidente ne prend pas des décisions radicales, nous serons dans un pays musulman avant 2050… Je ne serai plus là, Dieu merci !

    • Le culte musulman est officiel dans ce pays . On y a vu même le Chef de l’Etat participer à une fête de Ramadan. Il lui arrive aussi de cheminer sur le Chemin de Saint Jasques, ce pays est comme çà. Pas le seul, la plus grande mosquée d’Europe est à ..Moscou.

  3. Cette complaisance de l’UE envers les Frères musulmans fournit un motif supplémentaire de rompre avec l’UE, soit par le FREXIT, soit par la dislocation de cette UE n’est plus que la caricature de ce que les promoteurs de la « construction européenne » nous vendaient. L’UE est une machine à détruire les peuples qui est irréformable! Il serait temps que le RN acte cette drive folle! Jordan Bardella est en première ligne pour voir toutes les folies qui voient le jour! Que lui faut-il de plus pour, à minima, se rapprocher des souverainistes?

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