« Féminiser » la tour Eiffel : la nouvelle lubie d’Anne Hidalgo

La mairie de Paris s’active pour que des noms de femmes scientifiques soient inscrits sur les murs de la dame de fer.
@Julien Doclot-Unsplash
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La tour Eiffel serait-elle masculiniste ? Il faut croire que oui. Depuis 1889, les noms de 72 ingénieurs et scientifiques s’étant illustrés au XIXe siècle figurent au premier étage du célèbre monument parisien. La liste, établie par Gustave Eiffel lui-même, devait mettre à l’honneur le progrès industriel et la recherche. Problème : si aucun prénom n’est précisé, les patronymes affichés se trouvent appartenir tous à des hommes. « Injustice ! », s’est écriée le maire de Paris qui a chargé, en mars dernier, une commission de quinze experts de mettre fin à cet insupportable suprémacisme de genre. Une quarantaine d’« emplacements », situés au premier étage, devraient ainsi accueillir prochainement de nouveaux noms.

Le 26 mai dernier, cette commission s’est réunie dans l’écrin d’un des salons de la tour. Nos confrères du Figaro, qui ont pu assister aux discussions, font état de nombreuses interrogations auxquelles cette première réunion n’a pas encore été en mesure de répondre. Quel profil pour les femmes mises à l’honneur ? Faut-il choisir uniquement des Françaises ? Les ingénieurs femmes étant fort peu nombreux au XIXe siècle, faudra-t-il se rabattre sur des contemporaines ? « Finalement, je me demande s’il ne faudrait pas ajouter des noms de femmes et d’hommes », a suggéré l’historien Bertrand Lemoine, en désespoir de cause. Une telle mesure aurait, de plus, le mérite de couper court aux accusations de « wokisme » évoquées avec une crainte non dissimulée. « Il y a aujourd’hui une réaction contre la remise en visibilité des femmes, on doit faire attention à la manière dont on présente tout cela », a expliqué Jaqueline Bloch, membre de l’Académie des Sciences.

En tout état de cause, Anne Hidalgo a d’ores et déjà annoncé qu’elle aurait le dernier mot sur le nom des personnalités qui auront l’honneur de figurer sur l’emblématique monument. Les chiens aboient, la caravane néo-féministe passe.

L'inexorable genrage de l’espace public

L’entreprise de « féminisation » de l’espace public n’est pas nouvelle, à Paris. Sous influence américaine, la gauche municipale s’est prise de passion pour la comptabilité raciale et sexuelle, voyant dans chaque inégalité statistique le signe d’une intolérable discrimination.

En 2014, une obscure ONG n’avait rien trouvé de mieux à faire avec ses fonds que de commander une étude sur le sexe des rues françaises. Il en était ressorti que 2 % portaient le nom d’une femme. Horreur ! Le maire de Paris avait alors entrepris de s'attaquer à cette inégalité patente. « Les noms des rues de Paris se renouvellent et se féminisent ! », déclara-t-il, pas peu fier, quelques mois plus tard.

Cet engouement effréné féministe parisien atteignit encore un palier supérieur, en 2019. Non content de rebaptiser certaines avenues, l’édile demanda l’affichage des prénoms afin d’encore mieux célébrer la place des femmes à Paris. La rue Récamier devint ainsi « rue Juliette-Récamier » ; le boulevard Rochechouart, le boulevard « Marguerite-de-Rochechouart » ; l’impasse La Tour-d’Auvergne, l’impasse « Louise-Émilie-de-La-Tour-d’Auvergne », etc.

Reste à voir quel est le bénéfice réel, pour les femmes, de ces magnifiques avancées. Une agression sexuelle est-elle moins traumatisante lorsqu’elle est commise dans une rue portant un prénom féminin ?

L’idéologie contre le réel

Au cœur de ces revendications genrées se niche une idéologie aussi ignorante que victimaire. La volonté de « féminiser » les murs de la tour Eiffel repose sur le postulat selon lequel « les filles se détournent de plus en plus des études scientifiques » parce qu’elles « manquent de modèles » auxquels s’identifier, parce que les ingénieurs femmes auraient été « invisibilisés » et effacés des mémoires par des siècles de domination patriarcale. C’est peu ou prou ce que défend Élisabeth Borne dans son plan « Filles et maths » : déconstruire les « stéréotypes de genre » dès l’enfance afin d’atteindre 50 % de lycéennes dans la spécialité mathématiques en terminale générale, d’ici 2030, contre 42 % aujourd’hui.

Cette recherche de parité parfaite témoigne d’une dénégation grave : celle de la différence des sexes. Quand la gauche finira-t-elle par comprendre qu’une femme n’est pas un homme, et inversement ? Si tous les destins individuels sont possibles, nous n’avons pas forcement les mêmes désirs, les mêmes aspirations, les mêmes centres d’intérêt. La moindre représentation féminine dans certains corps de métier (police, armée, métiers scientifiques, par exemple) indigne nos féministes. En revanche, on les entend beaucoup moins au sujet de la surreprésentation des femmes dans la magistrature ou l'enseignement.

Mais, étrangement, dans ces secteurs, la gauche ne propose pas de mettre en place des quotas afin de lutter contre les « stéréotypes de genre » touchant les hommes. Les inégalités ne méritent manifestement pas toutes d’être dénoncées…

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 03/06/2025 à 10:11.
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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

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