Faut pas se gêner : un proche de Merkel lorgne sur notre bombe

Il reste à la France quelques bijoux de famille. Ne parlons pas du château de Versailles, que le Président confond avec un lieu de séminaire de luxe pour grands patrons de la planète. Non, je veux parler de ce qui fait que la France a encore son mot à dire sur la scène internationale, loin des billevesées comme la « diplomatie féministe » de Marlène Schiappa ou autres trucs qui tentent de faire oublier que pour peser, il faut faire peur et non pas rigoler. Faire du vent sous la queue dans les écuries n’a jamais fait gagner le Prix de Diane.

Ces bijoux de famille, c’est évidemment le siège permanent de la France au Conseil de sécurité. C’est sa panoplie complète en matière de défense.

La France est en effet, aujourd’hui, le seul pays de l’Union européenne en capacité d’entrer en premier sur un théâtre d’opération. Le seul pays de l’Union européenne qui déploie des forces prépositionnées. Le seul pays de l’Union européenne qui paye un impôt du sang aussi lourd. Enfin, le seul pays à posséder l’. Posséder l’, ce n’est pas seulement stocker dans un coin de hangar quelques bombes au cas où ! C’est un effort, constant, de recherche pour rester compétitif, de veille opérationnelle. Un effort financier. Un engagement humain… À l’heure où j’écris, quelque part au fond des mers, patrouille au moins un de nos quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), chaque SNLE transportant seize missiles stratégiques capables de frapper à 9.000 kilomètres d’où ils sont. Et c’est ainsi depuis 1972. Un demi-siècle !

À cette composante sous-marine, il faut ajouter les forces aériennes stratégiques avec les 48 avions Rafale B qui exécutent, par ailleurs, d’autres missions opérationnelles, notamment en Afrique. 55 ans que l’armée de l’air, sur ordre du président de la République, est en mesure de faire décoller à tout instant du jour ou de la nuit des avions qui iraient délivrer le feu nucléaire quelque part dans le monde, si les intérêts vitaux du pays étaient menacés.

Ces bijoux de famille font des envieux. L’Allemagne, notamment. L’Allemagne qui, à l’époque où Angela Merkel était toute splendeur, donnait des leçons budgétaires à la France : et qu’il faudrait faire comme ci et pas comme ça… On se souvient qu’en 2018, le vice-chancelier Olaf Scholz suggérait gentiment que la France partage son siège au Conseil de sécurité : « Si nous prenons l’Union européenne au sérieux, l’UE devrait également parler d’une seule voix au sein du Conseil de sécurité des Nations unies […] À moyen terme, le siège de la France pourrait être transformé en siège de l’UE. » Bah voyons ! Nous avions réagi ici-même : « Et pourquoi pas leur donner les clés de la force de dissuasion française ! » Chiche !

Un an et demi après, voici qu’un proche d’Angela Merkel, Johann Wadephul, estime que l’Allemagne doit « envisager une coopération avec la France en ce qui concerne les armes nucléaires ». Elle devrait être prête « à participer à la force de dissuasion nucléaire avec ses propres capacités et moyens », poursuit-il. Quelles capacités, quels moyens ? On ne construit pas un outil nucléaire comme ça. Mais tout s’éclaire lorsque Johann Wadephul ajoute : « La France devrait être prête à la placer sous un commandement commun de l’Union européenne ou de l’OTAN. » Carrément ! Ce n’est plus l’aigle mais le coucou allemand. Bien entendu, ces propos sont en quelque sorte la réponse du berger à la bergère après le constat de la mort cérébrale de l’OTAN par Macron à l’automne dernier. « Le Président Emmanuel Macron nous a plus d’une fois appelé à oser plus pour l’Europe. Il pourrait maintenant montrer qu’il est lui aussi prêt à cela. Cela prendra du temps, mais le débat doit commencer maintenant. » Et il se trouvera bien, en France, des euro-béats pour souhaiter que notre pays entre dans la voie d’une telle, non pas collaboration, mais coopération. L’histoire du coucou et du cocu.

« Le cœur de la dissuasion, c’est la crédibilité », déclarait le général Bruno Maigret, commandant les forces aériennes stratégiques, le 12 juin 2019, devant les députés. Or, l’Union européenne n’est pas crédible. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’Union européenne n’est pas une nation et ne le sera jamais.

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