Ce 24 novembre, l’oracle présidentiel tombera sur leurs esprits embrumés par la peur collective et la sidération entretenue et stimulée comme à plaisir. La diction sera parfaite, et les mots soigneusement choisis, mais la France s’enfoncera un peu plus dans l’étrange brouillard d’une activité ralentie, d’une opposition muette, d’une démocratie suspendue qui, « en même temps », prolonge un pouvoir de moins en moins légitime et mitonne une colère populaire d’autant plus rageuse qu’elle aura été enfermée plus longtemps.

Selon un sondage exclusif établi par l’institut IFOP, 85 % des Français s’attendent à une explosion sociale dans les prochains mois dans le pays, soit 13 points de plus que la dernière mesure, en janvier 2020, lorsque les gilets jaunes avaient déjà creusé l’impopularité du pouvoir. Évidemment, ce sentiment domine outrageusement aux extrêmes, avec plus de 90 % des interrogés, mais il reste largement majoritaire dans les partis « de gouvernement », 84 % chez les sympathisants « républicains », 79 % chez les proches du Parti socialiste, et dominant néanmoins chez les « macronistes », avec 62 %. Le manque de recul et d’expérience rend les jeunes moins soucieux, avec 77 % (seulement ?) pour les 18-24 ans. Mais ce qui est plus grave est le fossé de 13 points qui sépare les ouvriers des cadres. 92 % pour les premiers, et 79 % pour les seconds, s’attendent à la déflagration. C’est à la fois le signe de l’effondrement de la confiance dans le gouvernement actuel, qui atteint désormais la base sociologique des marcheurs de 2017, mais aussi celui d’une fracture sociale entre les plus exposés aux conséquences économiques de la crise sanitaire, et ceux qui le sont moins.

Mensonge ou erreur, M. Macron avait parlé de guerre. Non ! La guerre rassemble contre l’ennemi alors que la crise isole les individus dans un « sauve qui peut », un « chacun pour soi » mortifères. Pendant les guerres, on se suicide moins, parce qu’on appartient davantage au groupe qui a besoin de nos efforts. La crise, au contraire, voit augmenter les dépressions et les risques suicidaires parce qu’elle souligne que l’on peut, que l’on doit se passer de ceux qui sont inutiles. Or, la crise actuelle redouble l’éviction : d’abord, elle établit une distance sociale, ce terme révélateur qui indique combien la séparation physique est aussi une rupture communautaire, une suspension des moments qui rechargent le « vivre ensemble » au sein de l’entreprise, de l’association, à l’occasion de la fête, de la cérémonie, de la célébration. Ensuite, elle replie les individus sur eux-mêmes, en isolant davantage encore ceux qui vivent seuls, en privant des équilibres que procurent les échanges ceux qui souffrent d’un milieu étroitement familial, exigu ou étouffant, en condamnant un peu plus à la passivité et à l’assistanat ceux dont l’activité et le métier sont indispensables au sentiment qu’ils ont de leur dignité.

20 % des Français ont des pensées suicidaires, d’après un sondage de l’IFOP et de la fondation Jean-Jaurès. Depuis le reconfinement, le nombre de jeunes patients accueillis aux urgences pédiatriques pour des crises suicidaires a doublé. Il faut voir dans ce phénomène la troisième vague de la crise sanitaire qui aura donc, par trois fois, pris le gouvernement en flagrant délit d’impréparation, d’incompétence et d’incohérence : d’abord face à la maladie elle-même, faute d’une stratégie efficace dotée des moyens nécessaires ; ensuite avec un confinement mortel pour notre économie, et absurde en raison des inégalités imposées d’en haut par une administration déconnectée de la réalité ; enfin vient la démoralisation d’une nation réduite à une foule d’individus soumis à un État coercitif et inefficace dont ils ne retirent plus la moindre fierté.

Le Président ne songe pourtant qu’à sa réélection. Puisque la guerre contre le virus a fait long feu, est-il en train de changer son fusil d’épaule et de s’inventer une vraie guerre ? La démonstration bien peu convaincante face à la Turquie, la défense et promotion du blasphème ont suscité un vent de réprobation dans les pays musulmans les plus fanatisés. La France songerait, maintenant, à restreindre l’immigration en provenance de certains d’entre eux et tente de restituer aux envoyeurs quelques-uns des malvenus qu’ils nous avaient expédiés. La « sécurité globale » est à l’ordre du jour. Aussi, les manifestations de la gauche pétitionnaire contre le pouvoir tendent à jeter les électeurs qui se croient « de droite » dans les bras du macronisme. C’est là le dernier épisode de la mystification dont les Français sont l’objet depuis 2017.

23 novembre 2020

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