Excommunication des « lefebvristes » : et si la messe n’était pas dite ?

Rebondissement dans l'affaire des sacres : la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X conteste dans les règles de l'Église le décret d'excommunication du 2 juillet.
Capture d'écran YT 
Séminaire Saint-Pie X — Écône
Capture d'écran YT Séminaire Saint-Pie X — Écône

On se souvient que le 1er juillet dernier, Mgr Alfonso de Galarreta, assisté de Mgr Bernard Fellay, consacrait quatre évêques pour la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), fondée par Mgr Marcel Lefebvre, et ce, sans mandat pontifical comme l’exige le Code du droit canon. L’affaire ne traîna pas : dès le lendemain, le très controversé cardinal argentin et bergoglien Víctor Manuel Fernández, préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi, organe de la Curie héritier en droite ligne de la Sacrée Congrégation de l’Inquisition romaine et universelle - autrement dit, l’Inquisition -, prenait un décret d'excommunication pour les nouveaux évêques et ceux qui les ont consacrés.

« Acte de nature schismatique » ou schisme ?

Un décret qui affirme que « les consécrations épiscopales sans mandat pontifical et contre la volonté du Souverain Pontife » sont « un acte de nature schismatique », avec pour conséquence immédiate l’excommunication des évêques consécrateurs et des évêques consacrés. On notera – car chaque mot compte, du moins, en principe – l’expression « acte de nature schismatique » et non « acte schismatique ». On notera, aussi, que la presse française, et notamment catholique, mais aussi une partie de l’épiscopat se sont engouffrés dans la brèche, sautant allègrement le pas en évoquant un « schisme ». Comme si, au fond, on n’attendait que ça. Par exemple, l’évêque de Périgueux, Mgr Mousset, dans un long communiqué publié le 9 juillet, n’y va pas par quatre chemins qui ne mènent pas forcément à Rome : « Par l’acte grave qui a été posé, ces six évêques et tous les prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X fondée par Mgr Lefebvre se sont donc exclus de la communion de l’Église catholique, romaine et apostolique. De là vient qu’ils ont été sanctionnés par une peine d’excommunication latae sententiae (« tombant d’elle-même »). C’est aussi le cas des fidèles qui adhèrent formellement à ce schisme. » Tout le monde dans la même charrette et zou ! au bûcher.

Mais ces affirmations restent à être démontrés juridiquement. Car – cela a peut-être échappé à beaucoup : médias, clercs, laïques, catholiques ou pas – l’Église catholique n’est pas une secte mais une société de droit, sans doute la plus ancienne du monde, avec ses règles, son droit, ses tribunaux auxquels, d'ailleurs, notre fameux État de droit n’a rien à envier (le « principe de subsidiarité », depuis longtemps abandonné par l'Union européenne, est inspiré de ce principe thomiste). L’excommunication, sanction extrêmement grave, qui nous ramène, dans l’imaginaire collectif, à des images d’Épinal, n’est pas une décision théologique proclamée du haut d'une chaire (meuble d'église guère utilisé depuis une soixantaine d'années...) par un moine halluciné, mais un acte juridique. Donc, sujet à recours.

Le recours de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X

Et c’est ce qu’il vient de se produire. Ce 11 juillet, rebondissement, dans cette affaire des sacres, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X a déposé un « recours préliminaire » auprès du dicastère pour la Doctrine de la foi, et ce, en s’appuyant sur un certain nombre de canons (règles ayant valeur de loi) du Code de droit canonique. « Recours préliminaire » que l’on peut comparer, dans notre droit administratif français, à un « recours gracieux ». On s’adresse à l’autorité qui a pris la décision en lui demandant de revoir sa décision avant d’aller plus loin, c’est-à-dire à ester en justice. Dans un communiqué, la FSSPX explique que « cette démarche, qui constitue le préalable requis avant l’introduction éventuelle d’un recours hiérarchique, a pour effet de suspendre l'exécution du décret, conformément au canon 1353 du Code de droit canonique ». On ne va pas se lancer dans une querelle de clercs et de robins, mais effectivement, que dit ce canon 1353 ? « L’appel ou le recours contre des sentences judiciaires ou des décrets qui infligent ou déclarent une peine ont un effet suspensif. » Ce qui peut être interprété par la suspension des excommunications.

Toujours dans ce communiqué, la  Fraternité explique qu'elle « entend exercer le droit que l’Église reconnaît à toute personne qui s’estime lésée par un acte administratif de demander sa rectification, dans un esprit de respect envers l’autorité ecclésiastique et de fidèle attachement à la justice, à la vérité et au bien de l’Église ». Ainsi, en déposant ce recours, on peut admettre que la FSSPX reconnaît l’autorité de l’Église. Ce qui, évidemment, vient quelque peu contrarier tous ceux qui n’ont plus que le mot « schisme » dans la bouche.

Le pape bientôt en première ligne ?

On peut imaginer que ce recours préliminaire ne prospérera pas, qu’il sera rejeté par le dicastère (il est rare qu’une administration se dédise !). L’affaire ira alors plus haut, plus loin, toujours dans le respect du Code de droit canon, c’est-à-dire jusqu’au pape, qui a autorité sur les dicastères. Un pape Léon XIV qui, pour l’instant, ne s’est exprimé sur ce sujet que par deux fois. Le 16 juin, au débotté, devant la presse à Castelgandolfo. Il avait alors déclaré : « Ils refusent d’accepter certains éléments fondamentaux de l’Église, à commencer par plusieurs points du concile Vatican II. Et s’ils font ce choix, je le regrette. Mais nous devons avancer. » « Nous devons avancer » : curieuse phrase… La seconde fois, à travers une lettre (d'aucuns diront bien tardive) adressée à la FSSPX, la veille des sacres, dans laquelle il suppliait son supérieur « du fond du cœur » de revenir sur sa décision. Mais ces prises de position n’avaient pas un caractère « juridique ». Si ce « recours préliminaire » venait à être rejeté, le pape américain se retrouverait alors en première ligne.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

55 commentaires

  1. Le plus souhaitable, dans cette affaire, est de faire le maximum pour préserver l’unité de l’Eglise, même si on doit faire quelques concessions. Benoît XVI avait bien progressé dans ce sens. Souhaitons que la raison l’emporte, et non les egos.

  2. Pourtant, tous les chemins mènent à Rome, c’est à dire à Dieu. Peu importe par quelle route on y va, pourvu qu’on y arrive. Ce pape en apparence plus tolérant, plus ouvert, avait une occasion en or de jeter aux orties ce concile Vatican II qui a achevé une Église déjà bien fragilisée. Le Pape ne l’a pas saisie. Il a choisi de fermer la porte au lieu de l’ouvrir, il le regrettera un jour.

  3. Compliqué tout cela. Pour le commun des mortels, c’est comme la querelle sur le sexe des anges ! Plus sérieusement, Vatican II, et ses excès induits, peut ne pas convenir à tout le monde, moi le premier je ne m’y retrouve plus et mon éducation chrétienne me pousse de plus en plus vers le protestantisme et la relation à Dieu sans intermédiaire.

    • En effet il vaut mieux ne pas avoir d’intermédiaire que de mauvais. Le meilleur intermédiaire pour un chrétien c’est Jésus Christ tel que si bien présenté dans la évangiles. Avec lui , on se passe très bien des inventions des intermédiaires : Trinité, infaillibilité du Pape, immaculée conception, messe en latin…

  4. Les propos tenus à ce sujet comme à celui de la loi sur la fin de vie donnent l’impression que l’Eglise est en effet une communauté dans laquelle le dogme est plus important que la foi. Je me souviens d’une époque pas si lointaine où les personnes divorcées n’étaient pas admises à communier. Et la radicalité des opinions hostiles au suicide assisté renforce bien sûr cette impression. Société de droit plus que de foi ? Société propriétaire de la Vérité, assurément.

  5. Cela ressemble au covid. Avec l’OMS (autorité papale de la médecine) qui excommunie des savants comme Raoult, Peronne ou Montagnier. Vouloir imposer les thèses plus que contestables de Vatican II comme de BigPharma est une dictature hérétique.

  6. Excommunications par un pape qui est loin d’être clair dans ses bottes, ça ne signifie rien … c’est du chantage, c’est tout, les lefebvristes feraient mieux de passer outre ces menaces ridicules et de continuer sur leur lancée … se détacher d’un vatican pourri et bien manipulateur.

  7. On a vraiment l’impression, que pour Rome, mieux vaut être musulman que catholique « orthodoxe », parce que ce sont eux les « orthodoxes », pas Rome ! Rome condamne la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, alors qu’il n’y a même pas l’épaisseur d’un papier de cigarette entre les 2 dogmes, et multiplie les témoignages de dialogue interreligieux vis à vis des musulmans qui massacrent les chrétiens d’Orient.

  8. Depuis près de cinquante ans, on ne compte plus les livres, articles, brochures émanant de laïcs, de prêtres, d’évêques et de cardinaux (Ottaviani, Bacci, Sarah, etc.) dénonçant les graves dérives jamais sanctionnées par les plus hautes autorités romaines. Au contraire on assiste à une fuite en avant au nom de la liberté religieuse, chacun étant libre de croire ce qu’il veut. On peut être protestant, musulman, orthodoxe, adepte de Krishna. Pour Rome, aucun problème.
    La liberté religieuse définie par le concile s’oppose au Syllabus de Pie IX. Mgr Lefebvre en avait fait la remarque au cardinal Ratzinger qui lui répondit « Nous ne sommes plus au temps du Syllabus ». La vérité d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui, qui ne sera plus celle de demain.
    Impossible de s’entendre dans ces conditions. Or la foi catholique selon l’Ecriture et la Tradition, est ce qui a été cru partout, toujours et par tous (St Vincent de Lérins). Elle n’évolue pas en fonction de l’époque et des idées dominantes de ce monde.
    Un prêtre peut célébrer une messe pour un couple d’homosexuels, participer à des actions en faveur des militants LGBTQ+ , adorer la déesse-mère Pachamama ou toute autre idole, c’est aujourd’hui le droit de chacun dans l’Eglise.
    Le lobby homosexuel est puissant dans l’Eglise ? Le pape François a répondu « qui suis-je pour juger ! ».
    Rome a accordé au parti communiste chinois le droit de choisir les évêques qui lui plaisent sans égard pour l’Eglise du silence toujours persécutée. Une trahison pour ces martyrs de la foi.
    Surtout pas d’excommunication dans l’Eglise de la miséricorde. Cette sanction est réservée à la fraternité St Pie X qui demande des évêques pour conserver la foi traditionnelle.
    Quelle audace insupportable !

  9. Quand allons-nous mettre fin à l’existence de ces traditionalistes intégristes d’un autre âge ?
    Suivons la voie du Pape Léon, tourné vers le présent et le monde du réel.
    Pour se renouveler et continuer d’exister notre Église catholique doit se réinventer et se réformer.
    Les mesures prises par le Pape François étaient excellentes.
    Au Pape Léon de poursuivre sur ce chemin.

  10. Cette messe en latin prononcée dos aux fidèles, c’est celle pour laquelle j’ai ete enfant de coeur. C’est le même dieu la même foie dans le Christ et tout d’un coup c’est tellement mal qu’on est punis d’excommunication. Je crois que le monde est fou, bientôt on essaiera d’empêcher des gens de manger ensemble. Si certain préfèrent ce type d’office tant qu’il ne remet pas en cause les fondements de la foie, libre a eux. Je croyais faire partie d’une religion de pardon

  11. Le ton de cet article me déplaît. L’Eglise a donné à la « Fraternité » le temps de se retenir. Mais celle-ci, tout en refusant de reconnaître la validité des décisions de l’Eglise romaine, en utilise le droit pour échapper aux conséquences de ses actes. Quel bel exemple de cohérence et de force morale.
    Sur le fond, je pense qu’ils ne croient même pas à tout ce qu’ils professent. Je l’espère pour eux. Le pharisianisme est encore à l’oeuvre aujourd’hui.

    • Ah ! On voit que vous ne connaissez pas le fonctionnement de la Curie romaine compétente dans cette affaire ni le fonctionnement de la Fraternité Saint-Pie X. Renseignez-vous avant de poser de telles affirmations.
      En tout cas, pour vos renseigner, lisez notamment ce que dit « Infovaticana » sur le déroulé de ce contentieux (ah ! il vous faudra lire beaucoup de lignes).

      • Je ne connais rien non plus au fonctionnement de l’Eglise. Cependant, le peu que j’en connais ne me donne vraiment pas envie d’y appartenir. J’en ai d’ailleurs tout autant au service de la Fraternité Saint Machin Chouette.
        Des gens qui arrivent à s’écharper pour savoir si on doit parler en latin ou en Français sont, par essence, des gens très très bas de plafond. C’est d’ailleurs peut-être pour cela que les uns comme les autres rivalisent pour avoir les plus hauts et les plus « beaux » (sic) chapeaux pointus ! Turlututu !!! :)

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