Crise de foi à LFI : Aurélien Taché publie chez Bolloré
Au fond, la vie est simple : sans le très vilipendé groupe Bolloré et Canal+, comédiens et producteurs n’auraient personne pour financer leurs films, souvent indigents. Et sans le très vilipendé groupe Bolloré et la maison Fayard, difficile de faire entendre une voix singulière, fût-elle celle de La France Insoumise. C’est le raisonnement du député du Val-d’Oise, Aurélien Taché, qui sort prochainement un petit opuscule sur la créolisation de la langue française. Ce dont il se réjouit.
Tempête sous les crânes
Ô rage, ô désespoir, ô jeunesse ennemie, N'ai-je donc tant milité que pour cette infamie ? s’écrie Mathilde Panot, reprise en chœur par ses amis les commissaires du peuple. Comment justifier, en effet, que le jeune Aurélien Taché sorte son opuscule – Le français, une langue africaine, 128 pages – chez Fayard, « maison d’édition rachetée par le milliardaire aux idées réactionnaires et proche de l’extrême droite », comme l’écrit le HuffPost ?
Notons d’ailleurs au passage qu’il existe déjà, sous le même titre (Le français, langue africaine), un ouvrage de Pierre Dumont publié en 1981 chez L’Harmattan. L’auteur y démontrait que « les locuteurs africains de la langue de Voltaire en sont devenus les copropriétaires ». Le français langue africaine, écrivait-il, « révèle les mécanismes d'une réelle appropriation du français par ses locuteurs sénégalais, camerounais, ivoiriens, djiboutiens, béninois, etc.». Le comble serait donc qu’on colle, en plus, à Aurélien Taché une accusation de plagiat. Il semble plutôt que le propos du député du Val-d'Oise soit en quelque sorte une suite au livre de Dumont, puisqu’il entend montrer « comment cette langue africaine qu’est le français peut devenir un acteur majeur de la recomposition de l’ordre international, à condition d’assumer pleinement son caractère pluriel, créolisé et mondial, tout en résistant à l’hégémonie de l’anglais ».
Qu’importe, ses amis y voient une offense impardonnable. Pas sur le fond puisque Taché vante la créolisation du français, mais pour un voisinage sulfureux. Le français, une langue africaine est publié dans la collection Pensée libre que dirige Sonia Mabrouk, l’ex-pilier de CNews passé chez BFMTV. Et pire que tout, il a pour voisins des auteurs nommés Éric Zemmour, Pierre Botton, Didier Raoult ou Gilles-William Goldnadel, autant de gens « qui n'appartiennent pas au même camp, mais partagent le même refus du prêt-à-penser », dit Sonia Mabrouk. Laquelle, grâce à cette collection, « entend défendre l'esprit critique, la liberté de douter et la possibilité de puiser dans l'eau vive des idées novatrices ».
« C’est son choix et ce n’est pas le nôtre »
Oui mais voilà, l’esprit critique, la liberté de douter et le refus du prêt-à-penser, ce n’est pas exactement le crédo des barons mélenchonistes. Interrogée mardi sur FranceInfo, Mathilde Panot, présidente du groupe à l’Assemblée, s’est indignée. Si Aurélien Taché publie chez Fayard, « C’est son choix et ce n’est pas le nôtre ». C’est surtout son droit, mais cela n’entre pas dans les cases de l’apparatchik Panot qui a déclaré : « Je pense qu’à l’avenir aucun député insoumis ne devrait publier dans des maisons d’éditions détenues par Bolloré ». Madame Panot n’a même pas conscience de la contradiction dans laquelle elle s’enfonce lorsqu’elle redit tout son soutien aux éditeurs et artistes engagés contre « la mainmise de Bolloré sur la liberté de création ». C’est là où on voit que la bravitude ne saurait compenser un manque de jugeotte…
La vérité, c’est que le créateur libre penseur Aurélien Taché aimerait bien vendre son bouquin. Et si on se penche sur les chiffres, nul doute qu’il vaut mieux publier chez Fayard. Ce pauvre François Hollande en fait l’amère expérience, lui qui n’a vendu que 1 300 exemplaires de son dernier livre (Unir : Nouveau monde, nouvelle gauche, Ed. Robert Laffont) quand Sarah Knafo vendait 100 fois plus d’exemplaires de son Casse du siècle. François Hollande dénonce autour de la jeune femme « un électorat très mobilisé, celui de l’extrême droite. On voit ce qu’un groupe privé tel que celui de Bolloré peut lui apporter en termes de production, de distribution et de mobilisation », dit-il. Un soutien qu’il n’a pas, pauvre malheureux qui tourne en boucle sur tous les plateaux du service public.
Si cela prouve une chose, c’est seulement que le battage autour d’un François Hollande, sauveur de la République « tapi dans l’ombre jusqu’en décembre », ne trouve aucun écho dans le public. Quant à Aurélien Taché, il dit avoir agi pour la bonne cause : « On a besoin de visibilité. Si on peut utiliser les moyens des médias Bolloré pour diffuser nos idées sur la décolonisation de la langue française, on prend ». Ben tiens. Chez Bolloré on a l’esprit ouvert. Pas comme ses amis Insoumis qui ont confié à Mediapart : « Il est évident que ni le groupe ni le mouvement ne pourront se faire le relais du livre en question.»
From « Zapper Bolloré » to « Zapper Taché », disent-il. Vont-ils alors en interdire la publicité, faire pression sur la RATP, les libraires, les journalistes, comme ils en ont l’habitude ? Affaire à suivre.
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4 commentaires
J’attends de voir dans 3 semaines le nombre d’exemplaires vendus . 100 ?
Une petite idée de ce que sera « la gouvernance » de ce groupuscule s’ils arrivent à squatter le « Pouvoir » ? ! …
Ils disent ce qu’ils feront donc personne ne pourra dire: « on ne savait pas » ! …
QUI va tomber dans la « panneau » ? …
Les « frères islamiques » les vireront dès qu’ils seront en place …
« Ca » s’est toujours passé comme ça partout où l’islamiste s’est implanté ! …
Même bien assis à droite, chez Bolloré les idées différentes peuvent circuler. Homage donc.
Chez LFI prêt à tout pour de l’argent quitte à se renier, ils ne sont pas à ça prêt