Comme toujours préoccupé par les soucis quotidiens des Français, le gouvernement vient une fois encore de lancer une action utile, urgente et peu coûteuse à destination des parents. Présenté par Laurence Rossignol, ministre « des » Familles (sic), de l’Enfance et des Droits des femmes, le « Livret des parents » sera envoyé à tous les futurs parents entre le quatrième et le cinquième mois de grossesse à partir de la semaine prochaine. Selon Le Figaro Madame qui annonce la nouvelle entre deux douzaines de publicités pour des produits de maquillage, cet ouvrage “réalisé avec la CNAF et la Caisse de mutualité sociale agricole” a pour objet de “donner des repères éducatifs et pratiques aux parents avant la naissance d’un premier enfant”.

De mon temps, on avait le livre de Laurence Pernoud J’attends un enfant. Désormais – modernité oblige -, on a celui de Laurence Rossignol. Le titre a changé puisque la grossesse n’est plus obligatoire et que l’achat d’un enfant n’est plus considéré comme totalement intolérable. Il faut vivre avec son temps. Le livret en question remplace aussi le livret de paternité, institué par Ségolène Royal en 2001, la notion étant, par la grâce de la loi Taubira, fortement démonétisée.

Mais l’essentiel de ce texte fondamental pour les parents est ailleurs : on y apprend que la fessée n’a aucune vertu éducative. Elle pourrait même provoquer de graves troubles chez l’enfant. Et, à titre d’exemple, les auteurs expliquent doctement que le bébé “ne crie pas pour vous énerver” et que “se fâcher après un bébé qui pleure ne sert à rien”. Merci pour le rappel, et pour cette manière délicate de nous faire la leçon.

À vrai dire, je ne connais pas beaucoup de parents qui donnent des fessées à leurs bébés. Ou alors je les croise aux audiences correctionnelles. Mais les parents normaux, eux, savent que le bébé ne crie pas pour les énerver. Ils savent aussi qu’un enfant de deux ans qui se roule par terre dans un supermarché ne sera jamais traumatisé par une fessée courte, sèche et méritée qui lui rappellera, après tout, que ce n’est pas un comportement normal. De même qu’un enfant de six ans comprend très bien que jeter le chat par la fenêtre – il paraît que ces bêtes retombent toujours sur leurs pattes – mérite aussi quelques rougeurs cuisantes et postérieures, et qu’il n’en mourra pas. La leçon porte généralement ses fruits.

Mais dans notre société orwellienne, l’État s’arroge le pouvoir exorbitant d’élever nos enfants à notre place et de nous apprendre ce que nous devons faire. C’est finalement une conception assez fasciste : l’enfant appartient à l’État, pas à ses parents. Il paraît que ce livret vise à donner des « repères-clefs » aux parents : mais de toute éternité, les parents ont élevé leurs enfants sans le moindre besoin de conseils de l’État. C’est leur première responsabilité, leur rôle essentiel, difficile et combien important. Il est de la responsabilité de la société de protéger les enfants soumis à de vrais actes de maltraitance. Pas d’éduquer les parents à l’éducation.

Surtout quand, en même temps, le même gouvernement prive délibérément certains enfants de père ou de mère. Et si madame Rossignol partait siffler là-haut sur la colline et nous foutait la paix une fois pour toutes ?

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