Editoriaux - Politique - Société - 10 juin 2018

Et maintenant, la grossophobie…

J’ai encore grossi, docteur ? Non, chère madame, c’est la balance qui est grossophobe. Vous ricanez, vous ricanez, mais votre humble serviteur, affublé de son accoutrement de circonstance, rit jaune et monsieur Gauss, lui, se gausse. Carl Friedrich Gauß, astronome, physicien, promu “prince des mathématiciens” de son vivant, accessoirement mâle cis-genre racisé blanc qui a, avant l’âge de cinquante ans, gratifié le monde patriarcal du début du XIXe siècle de sa loi normale sur les calculs, modélisant les phénomènes naturels sous forme d’une cloche : une forte concentration des valeurs autour de la moyenne, la robe de la cloche, les valeurs de moins en moins nombreuses aux extrémités, les déviations standard la panse de la cloche.

Autre son de cloche, mais toujours sur le thème de la panse : le journal “satirique” Libé nous rapporte une large entrevue sur les fondatrices d’un collectif antigrossophobie, Gras politique, féministes phallophobes queer qui “espèrent faire la peau à cet ensemble d’attitudes hostiles et discriminantes à l’égard des personnes en surpoids”, et en particulier la grossophobie médicale, point de départ de la naissance de leur mouvement. Je profite, d’ailleurs, de l’occasion pour vous annoncer la création imminente de mon propre groupuscule, dont je suis pour le moment l’unique activiste (militant, vous l’aurez deviné) contre la toubibophobie.

Après celle des luttes, la convergence des phobies, peur irrationnelle devenue contre-argument d’existence massue – ou de poids, selon – pour moult catégories de minorités, dont la visibilité – comprenez exhibitionnisme impudique, revendicateur et vindicatif – les transforme aux yeux de la majorité, par essence phobique, du statut d’insignifiantes déviations standard à celui, malheureux et volontaire, de déviances étendards. Sept cents millions de petites dictatures nombrilistes en devenir, autant de nombrils en carence de reconnaissance, et moi et moi et moi.

Pourtant, nulle question de phobie. S’il y a bien un coupable, dans cette épidémie, c’est bien la statistique, traduction mathématique de l’ordre naturel et néanmoins stigmatisant des choses. Homo, islamo, trans, xéno, bientôt migranto, euro : autant de phobies que de catégories idéologiques sévissant au sein d’une société déstructurée et pré-conflictuelle constituée d’une majorité d’hétéroclites minorités. L’obésité morbide tue – factuel. Peur de l’islam, des millions de morts depuis son avènement – historique. Procréation impossible pour deux personnes de même sexe – ordre naturel des choses. Immigration et Grand Remplacement – statistique. Et j’en passe ; inutile de faire un inventaire à la Prévert d’autant d’impostures démagogiques.

“La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit”, écrivait George Orwell et, après lui, Pierre Desproges. “Savez-vous seulement quelle différence il y a entre un psychotique et un névrosé ? Un psychotique, c’est quelqu’un qui croit dur comme fer que 2 et 2 font 5, et qui en est pleinement satisfait. Un névrosé, c’est quelqu’un qui sait pertinemment que 2 et 2 font 4, et ça le rend malade.” Mathématique, vous dis-je.

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