Editoriaux - Entretiens - Politique - 27 mai 2019

Erik Tegnér : « On ne peut pas dire qu’entre Macron et Le Pen, on choisirait Macron »

Réaction d’Erik Tegnér, président du collectif Racines d’avenir et membre des LR, après la lourde défaite des Républicains aux élections européennes. Sans langue de bois.

 

Le siège des Républicains s’est réveillé ce matin avec la gueule de bois.

Nous sommes au lendemain d’une défaite historique. Dites-vous que le parti de Nicolas Sarkozy qui en 2017 réalisait 32 % des voix, a aujourd’hui divisé son score par quatre. Nous sommes à 8 %. Nous sommes en processus de solférinisation et d’hamonisation du parti politique avec pour destin celui du parti socialiste et ses 6 %. Ce n’est pas exclusivement la faute de notre candidat François-Xavier Bellamy.
Je condamne surtout cette stratégie que je dénonce depuis des mois au sein de mon parti politique. Cette stratégie est l’alliance des conservateurs et des centristes, alors qu’il faudrait faire aujourd’hui une grande alliance des conservateurs et des populistes en tendant la main au Rassemblement national.

Selon vous, quelles sont les causes profondes de cet échec ?

L’incohérence est le problème de notre parti politique. On a vendu le karcher et on a eu Kouchner. Aujourd’hui, on a eu Bellamy, mais Bellamy avec Evren, Bellamy avec Danjean et Bellamy avec Didier. Ce même Didier est directeur de la campagne de François-Xavier Bellamy du parti des Républicains. Il est l’incarnation de l’erreur de Laurent Wauquiez.
À chaque fois, il choisit de promouvoir des personnalités qui, une heure après la défaite, leur mettent un coup dans le dos. C’est exactement ce qui se passe. Aujourd’hui, il faut repenser nos alliances.
À 8 %, on est en train de devenir un satellite d’En Marche. On va presque concurrencer le Modem. 34 % des électeurs de François Fillon ont voté pour la liste d’Emmanuel Macron.
Plus de 20 % des électeurs de Fillon ont voté pour la liste du Rassemblement national.
Aujourd’hui, notre électorat est complètement fracturé. Tout comme on a des Macron compatibles au sein de notre parti politique, on a des Marion compatibles. C’est une personnalité qui aujourd’hui peut être un pont entre le Rassemblement national et Les Républicains. Il faut être en mesure de dialoguer avec des personnalités comme Fabien Di Filippo, Pierre-Henri Dumont et Lydia Guirous, très courageuse sur les questions de l’islamisme. Ils doivent faire preuve d’audace.
Virgile disait : Audaces fortuna juvat, la fortune sourit aux audacieux. Ils doivent avoir ce courage, sinon cela peut tout à fait finir comme ce que disait Sénèque : Errare humanum est, perseverare diabolicum. Plus précisément, si aujourd’hui on continue dans cette erreur mortifère d’alliance avec le centre, on finira par mourir.


Le président de Sens commun avait à l’époque dans l’Incorrect, déclaré qu’il n’était pas hostile à discuter avec Marion Maréchal.
Votre formation politique est-elle prête à cela ?

Les choses sont en train de changer. Depuis hier soir, j’ai énormément échangé avec des élus, des cadres et des jeunes des Républicains. Ils me disent que j’avais raison. Aujourd’hui, Les Républicains n’atteignent pas 15 ou 10 %, ils sont à 8 %. Ils n’ont pas d’autres choix. La force du Rassemblement national est majeure dans le paysage politique et en même temps, il y a une interdépendance des droites. Il est important que Marine Le Pen comprenne qu’à 23,5 %, elle a un score moins élevé qu’en 2014. Macron avec 22,5 % est assez fort parce que les Gilets jaunes ont radicalisé sa base composée de bourgeois de gauche et de droite. Dans le cas où Les Républicains ne seraient pas capables de s’allier avec le Rassemblemet national, Emmanuel Macron serait à nouveau élu en 2022 avec tout ce qui s’en suit. Gérard Collomb parlait des cinq ans devant nous. Il faut résoudre cette crise identitaire extrêmement grave pour notre pays.


Ce soir, à 18h doit se tenir un bureau politique.
La légitimité de Laurent Wauquiez sera-t-elle remise en cause ?
Doit-il assumer les conséquences de cette défaite ?

Ce n’est plus une question d’homme. C’est une question de ligne, de stratégie et de cohérence. Si on renvoie Laurent Wauquiez pour le remplacer par Gérard Larcher, la question de l’adhésion de certains membres des Républicains qui ne veulent pas se fondre dans le parti d’Emmanuel Macron se posera. On ne peut pas encore avoir dans notre parti politique des gens comme Gérard Larcher, ou Valérie Pécresse qui le tuent en permanence.
Il faut évidemment que Laurent Wauquiez tire des enseignements. Viktor Orban a tout seul gagné 52 % aux élections. Mattéo Salvini a fait plus de 30 %. Il faut qu’il soit capable d’avoir une stratégie semblable et tendre la main au Rassemblement national. Sinon, il perdra et devra laisser sa place.
Je pense notamment à des personnalités comme Bruno Retailleau. Même Bruno Retailleau est sur la stratégie d’alliance des conservateurs et des centristes. C’est cette même stratégie qu’a choisi de prôner François-Xavier Bellamy pendant cette campagne, malgré son talent et son discours de civilisation extrêmement intéressant. Je pense qu’il n’a pas su aller au bout de la logique. On ne peut pas dire qu’entre Macron et Le Pen, on choisirait Macron. On ne peut pas dire qu’entre Orban et Juncker, on choisirait Juncker. C’est pour cela qu’aujourd’hui, le peuple de droite nous a clairement tourné le dos.

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