Du 6 au 17 novembre prochains, le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti, ancien avocat, va être amené à passer un « grand oral ». Pas celui qui vous fait accéder au barreau, mais celui qui peut vous emmener... derrière les barreaux : l’homme devra répondre aux magistrats de la Cour de justice de la République (CJR) qui le soupçonnent de prise illégale d'intérêts. Une grande première pour un ministre en exercice. Humiliation supplémentaire, parmi les douze parlementaires chargés de juger Dupont-Moretti - c'est la composition de la CJR - figure la députée LFI Danièle Obono, elle-même objet d'une belle polémique après ses propos sur le Hamas. « Qui es-tu pour juger ? », lancerait le pape François...

Ennemi intime de François Molins

Pour Mediapart, site fondé par Edwy Plenel, un journaliste chez qui le juge n’est jamais très loin, Éric Dupond-Moretti sera « jugé pour avoir détourné les moyens de la Place Vendôme dans le but de mener une vendetta personnelle contre les magistrats avec lesquels il était en conflit quand il était avocat ».

Ainsi, il est donc suspecté, toujours selon le site très affûté sur le dossier, « d’avoir, en tant que ministre, engagé en septembre 2020 des poursuites disciplinaires contre trois procureurs du parquet national financier qu’il traitait, quelques semaines plus tôt, comme avocat, de "barbouzes" et de "dingues" en marge de l’affaire Bismuth dans laquelle étaient mis en cause l’ancien Président Nicolas Sarkozy mais aussi l’avocat Thierry Herzog, qui se trouve être l’un des meilleurs amis d’Éric Dupond-Moretti ». Il est, enfin, soupçonné d’être parti en guerre contre François Molins, le procureur général près la Cour de cassation, figure de la lutte contre le terrorisme et ennemi intime du garde des sceaux, sur fond d’affaire Sarkozy.

Il va sans dire que, présomption d’innocence oblige, notre pétulant ministre doit être évidemment tenu pour aussi blanc que l’agneau venant de naître. Le croit-il lui-même ? C’est à se demander, lorsqu'on lit Le Dictionnaire de ma vie (Éd. Kero) : « J’ai davantage confiance dans la cuisine de mon pays que dans sa justice ! », écrit-il.

Un tenant de l’ordre moral ?

Bien vu ! Tout comme cette sentence qui lui va comme un gant, retrouvée dans un autre de ses ouvrages, Directs du droit (Éd. J'ai lu) : « La Justice se fourvoie quand elle perd de vue ce pourquoi elle a été organisée : faire du droit, pas de la morale. »

Le problème, c’est qu’Éric Dupond-Moretti a souvent tendance à confondre ces deux notions, tel qu’en témoigne sa croisade de longue date menée contre le Rassemblement national. Aucun mot n'était assez dur contre celle qu'il appela « Marine Le Peste » : « Tout ce que porte Marine Le Peste, euh, Marine Le Pen, je l’exècre », lançait-il, en mai 2021, lorsqu'il faisait campagne contre elle dans le Nord.

Obsédé par le Rassemblement national…

Cette « morale » antilepéniste ne supporte aucune contradiction, et encore moins une quelconque nuance. C’est le nouvel ordre moral. Une telle énergie n’a pas échappé à Abel Mestre et Clément Guillou, journalistes longtemps chargés au Monde de suivre le mouvement lepéniste : « Depuis sa nomination en 2020, c’est le membre du gouvernement qui va le plus à l’affrontement avec l’extrême droite, d’autant plus depuis les législatives de juin, après lesquelles 89 députés lepénistes ont fait leur entrée au palais Bourbon. » Mieux : « Certains reprochent à Éric Dupond-Moretti "une obsession" trop "éloignée des problèmes de son ministère" et de la crise de la Justice. Lui assure qu’il peut mener les deux sujets de front. »

Le quotidien des élégances humanistes serait-il lui aussi circonspect quant à la personnalité du mis en examen ? C’est à se demander, lorsqu'il laisse le mot de la fin à Alexandra Masson, députée RN des Alpes-Maritimes : « Éric Dupond-Moretti s’est beaucoup enrichi dans le pénal… C’est le pire au monde pour nous faire la morale » (Le Monde).

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26 octobre 2023 à 20:50

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36 commentaires

  1. Encore une « affaire » qui ressemble a une vaste pantomime. Ils se jugent entre eux ce qui est le meilleur moyen pour condamner personnes. Enfin, si ce « tribunal d’exception » avait un réel pouvoir de justice, l’accusé aurait démissionné afin de préparer sa défense.

  2. Maintenue par macron alors qu’il était perdant aux élections législatif ,Macron a besoin des avocats comme luis après 2027 avec toutes ses casserole qu’il traîne
    Macron DESTITUTION

  3. Dupond-Moretti : 8% aux dernières législatives dans le Nord . Et maintenu par Macron et qui vient donner des leçons aux patriotes.

  4. S’il fallait mettre tout ces ce qu’on appel des responsables de tout genres il faudrait leur donner un ticket d’appel tellement ils seraient nombreux en salles d’attentes des tribunaux. Pas d’inquiétude avec les décisions bien connus des juges de notoriété humaine Française il est préférable de voler un boeuf qu’un oeuf.

    1. Un œuf qu’un bœuf. Ouais surement, mais si vous volez un œuf aux yeux de la justice c’est grave. Je m’explique: un bœuf une fois « mangé » il à disparu, mais un œuf vous pouvez en faire une poule et ainsi de suite. Voilà pourquoi la justice est si laxiste avec ceux qui volent un œuf et peuvent se reproduire à l’infini, ou presque. La comparaison avec une histoire vraie ne serait que pure coïncidence !

  5. Cour de justice de la République + Dupont-Moretti + Danièle Obono … Une nouvelle « aventure » des studios Disney ? ! … Le metteur en scène ? … Le producteur ? …

    A qui profite ce énième navet juridique ? …

  6. Si Macron était un grand président, l’intérêt supérieur de la France aurait du l’emporter sur l’amitié qu’il porte à son ministre de la justice.
    Un ministre mis en examen est forcément fragilisé et ne doit pas rester en poste. C’est ce qu’avait décidé Balladur il y a longtemps déjà !

  7. N’oublions pas la baffe magistrale qu’il a reçue aux législatives, précisément dans le fief de Marine Le Pen.

  8. Un ministre mis en cause dans une affaire pouvant avoir des conséquences judiciaires ne devrait il pas démissionner

  9. Il avait déclaré que Jamais il ne ferait de la politique ! pourquoi a t il renié sa parole ? Maintenant que fait il Encore au gouvernement ??

  10. Je doute qu’il se retrouve un jour derrière les barreaux en compagnie de son public de Fresnes comme a chaque fois « responsable mais pas coupable » responsabilité surtout pour les privilèges fastueux qui vont avec culpabilité pour ceux qui ne pensent pas comme lui ou qui voterez mal a ces yeux mais surtout indulgence perverse et criminelle envers ces protégés de l’immigration de conquête islamiste anciens et futurs clients

  11. s’il avait un peu de dignité, il démissionnerait, mais chez ces  » gens là  » on se croit tout permis ! ce cher Macron n’avait-il pas dit que les mis en examen seraient pas tolérés dans son gouvernement ! mais menteur un jour, menteur toujours !

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