[ENTRETIEN] Au Real Madrid, « une crise identitaire à tous les niveaux »

Croix retirée du logo, recrutement de M'Bappé : le journaliste espagnol J.M Ballester décrit un club en pleine décomposition.
Jose Maria Ballester

Deux saisons sans titre, une élimination précoce en Ligue des champions, des tensions dans le vestiaire et des stars accusées d’avoir pris le pouvoir : le Real Madrid traverse l’une des crises les plus profondes de l’ère Florentino Pérez. Derrière les résultats décevants, c’est toute l’organisation du club qui semble vaciller, entre dérives marketing, perte d’autorité et fractures internes.

Pour Boulevard Voltaire, le journaliste espagnol José Maria Ballester, du quotidien El Debate, livre une analyse sévère de la situation madrilène. Selon lui, le géant espagnol paie aujourd’hui des années de choix contestables et d’individualités devenues incontrôlables.

 

Yann Montero. Comment expliquer la crise actuelle du Real Madrid, pourtant renforcé par l’arrivée de Kylian Mbappé ?

José Maria Ballester. Le problème du Real Madrid ne date pas d’hier. Cela fait plusieurs saisons que le club vit dans une illusion permanente : tout miser sur la Ligue des champions en négligeant le championnat national. C’est une stratégie extrêmement risquée. Certes, le Real est le plus grand club de l’histoire de la compétition européenne, mais lier toute une saison à cette seule obsession revient à marcher sur un fil au-dessus du vide.

Sous Florentino Pérez, le Real n’a jamais réussi à retrouver la domination régulière qui faisait autrefois sa force. En vingt-trois ans de présidence, le club a été incapable de remporter deux Liga consécutives. Ce qui relevait jadis de la routine est devenu un exploit.

Mais le vrai basculement est venu de l’intérieur du vestiaire. Les stars sont devenues intouchables. Lorsque Vinicius a publiquement défié son entraîneur après son remplacement contre le Barça, le club n’a pas réagi. Pire : il a laissé passer l’incident sans sanction. Quelques jours plus tard, le joueur s’est excusé devant tout le monde… sauf devant son entraîneur. Là, le Real a envoyé un message terrible : l’autorité du coach ne comptait plus.

Et derrière, tout s’est délité. Après l’élimination en Ligue des champions, Mbappé est parti quelques jours en Sardaigne avec sa compagne, en pleine tempête sportive. Les supporters l’ont vécu comme un caprice d’enfant gâté. Ce genre d’attitude finit par contaminer tout un club.

 

Y. M. Vous décrivez aussi un effondrement sportif et humain…

J. M. B. Aujourd’hui, le Real ressemble à une équipe sans colonne vertébrale. Deux joueurs majeurs du milieu de terrain, Toni Kroos puis Luka Modric, sont partis sans être remplacés au niveau nécessaire. Ceux qui ont pris leur place n’ont ni leur vision, ni leur maîtrise, ni leur autorité technique.

Le club s’est enfermé dans un football de transition rapide, reposant presque exclusivement sur Mbappé, Vinicius ou Bellingham. Mais sans véritable milieu créateur, le système devient fragile. Le Real est désormais une équipe coupée en deux, privée de maîtrise collective.

Et puis il y a eu cette scène ahurissante à l’entraînement : Aurélien Tchouaméni et Federico Valverde qui en viennent aux mains deux jours de suite. C’est extrêmement grave, pour une institution comme le Real Madrid. Les deux joueurs ont été sanctionnés financièrement, mais Florentino Pérez, lui, est resté silencieux. Pas de déplacement au centre d’entraînement, pas de prise de parole publique. Beaucoup y ont vu le symbole d’un président qui a progressivement affaibli tous ses entraîneurs et laissé les vedettes se croire au-dessus du club.

À cela s’ajoute une gestion devenue très politique et très marketing. Pérez a modifié les statuts du club pour verrouiller sa présidence et empêcher l’émergence d’alternatives. Pendant ce temps, le Real multiplie les opérations commerciales : tournées à l’étranger, calendrier modifié pour accueillir du football américain au Bernabéu, compétitions imposées malgré les réticences sportives. Tout cela finit par avoir un coût énorme sur le terrain.

 

Y. M. Que doit faire le Real Madrid pour sortir de cette spirale ?

J. M. B. Il faut remettre de l’ordre immédiatement. Le changement d’entraîneur est déjà acté, mais le futur coach devra reprendre le contrôle du vestiaire avec fermeté. Il devra presque « caporaliser » cette équipe, remettre des règles, restaurer l’autorité et faire comprendre que personne n’est au-dessus du club.

Ensuite, il faudra reconstruire un vrai milieu de terrain et accepter des décisions douloureuses. Personnellement, je pense que Vinicius ne devrait plus rester au Real Madrid. C’est un joueur qui crée trop de tensions, trop de conflits permanents autour du club. On ne peut pas sacrifier l’équilibre collectif pour quelques gestes spectaculaires.

Enfin, il existe une crise plus profonde, encore : une crise identitaire. Le Real Madrid retire désormais la croix de son emblème lorsqu’il joue en Arabie saoudite pour ne froisser personne. Comme le Barça, d’ailleurs. On efface progressivement les symboles culturels du club pour satisfaire des impératifs commerciaux et financiers.

Et au bout du compte, ce qui devait être une machine mondiale parfaitement huilée ressemble aujourd’hui à un palais où les lustres brillent encore… mais dont les fondations commencent sérieusement à se fissurer.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

32 commentaires

  1. Dans ce sport, hyper médiatisé, tout n’est plus qu’une question de fric ! On vend, on achète et en conséquence on gagne ou on perd ! Je déteste le foot !

  2. Mpappé a été fabriqué par les médias en particulier par le groupe  »L’EQUIPE »…ses capacités d’il y a 5 ans sont éteintes et il se passera au Real ce qui s’est passé au PSG … quand il partira ce club retrouvera sa superbe .
    En dehors des buts sur penaltis qu’a t il fait d’exceptionnel comparé à Zidane ou d’autres légendes du club .
    C’est un être qui a un melon dingue et qui se prends pour Jupiter bis …Il oubli qu’on en a déjà un !

  3. Tous ces mots, toutes ces phrases, pour du football…Je pointe ( ahaha) seulement certaines choses. C’est quoi ce mot « Real »? Si je me réfère à la langue nationale, c »est Royal. Pauvre Roi…il doit déjà se farcir le frérot Sanchez, et son club de foot n’a plus rien de royal ! Ou alors il s’agit du mot anglais « real » qui veut dire vrai en français, et il est vrai que ce club n’est plus vraiment madrilène.

  4. La soumission à l’islamisme et la nouvelle France espérée par Mélanchon et Macron sont parfaitement visibles sur les terrains de football. Vive le rugby!

  5. Tant mieux si ça montre ce qu’il va se passer ensuite en France si on ne réagit pas et très fort.
    L’Espagne est devenu un pays islamique et la porte d’entrée de l’invasion, il faut lui fermer nos frontieres

  6. Ce brave Mbappé qui veut nous donner des leçons de politique ferait mieux de s’occuper de foot. Bardella lui a superbement répondu en disant que si Mbappé sait déjà ce que sera la France avec le RN, nous, on sait déjà ce que vaut le PSG sans Mbappé (le club vient de remporter brillamment le championnat de ligue 1), et ce que vaut le Real de Madrid avec Mbappé. Selon Ballester, spécialiste du foot espagnol, « le géant espagnol paie aujourd’hui des années de choix contestables et d’individualités devenues incontrôlables »… « Mbappé est parti quelques jours en Sardaigne avec sa compagne, en pleine tempête sportive. Les supporters l’ont vécu comme un caprice d’enfant gâté. Ce genre d’attitude finit par contaminer tout un club ».
    Qu’il balaie devant porte avant de vouloir donner des lecons. Est-ce qu’on lui explique, nous, comment il doit jouer ?

    • « Le Real de Madrid retire désormais la croix de son emblème lorsqu’il joue en Arabie saoudite pour ne froisser personne ». Arriver sur le terrain culotte baissée n’est pas le meilleurs moyen de se doter d’un moral de vainqueur. Est-ce qu’ils retirent leur croissant, eux, quand ils viennent jouer chez nous ? Pourquoi faut-il toujours que nous demandions l’aman ?

  7. Au lieu de faire des commentaires politiques, l’enfant gâté du football français serait mieux inspiré de se limiter à son sport. Que ce soit à Paris ou à Madrid ce type st toxique.

  8. Depuis le départ de Mbappé le PSG gagne et le Real perd …
    Doit-il rester capitaine de l’équipe de France ?

    • Il faut demander à des gens qui font de la politique et ratent tout ce qu’ils font pour ensuite être nominés ailleurs et plus haut.

  9. Certains joueurs de foot se comportent comme de sales petits morveux gâtés-pourris par l’argent et ceux qui les entourent en les prenant pour des dieux vivants alors qu’ils ne sont que des sortes de saltimbanques sur- payés juste pour taper dans un ballon et l’envoyer dans un filet ou pour d’autres l’empêcher d’entrer dans ce filet. Ces gens ont beau être certainement talentueux dans leur spécialité, cependant,si on y réfléchit bien, à partir exalter le chauvinisme de leurs supporters, cette profession de sportifs ne sert pas à grand chose si ce n’est que de rendre complètement idiots certains de c es supporters qui sont prêts à n’importe quoi pour que leur équipe gagne à tout prix, à croire que le foot a remplacé la guerre.

    • Exalter le chauvinisme c’est important. En tout cas c’est aussi un sport répandu sur boulevard Voltaire.

    • Si le foot remplace la guerre c’est bien. Il faudrait que Mbappé développe l’équipe de Palestine. Ce remplacement se fait malheureusement au détriment de moyens semblant plus nobles. Les compétitions artistiques n’arrivent pas à la cheville d’Mbappe.

    • le Football est devenu « la cour des miracles financiers » mais surtout des « ludi » ( sans la prison et la mort ) mais avec des sommes folles de fric ! …
      « Du pain et des jeux » étaient les deux mamelles de la Rome en décadence …
      macron a massacré les boulanger ( énergie ) et estime avoir « donner des Jeux magnifiques » et en même temps « cramer » plus de 1.4 Milliards pour que deux otaries se jettent 5 minutes dans la Seine ! …

  10. Et aujourd’hui la sortie de KM sur le RN … n’oublions pas ses paroles sur nahel….
    Comme notre roitelet le crâne et les chevilles ont enflés!!!!

    • Oui ! Il suffit de voir désormais ce que sont devenues les équipes italiennes composées à 80% de joueurs étrangers et dont le meilleur buteur italien doit ces trouver bien au-delà de la 10ème place. Ce qui explique son incapacité à se qualifier au mondial depuis 2018, sortie successivement par la Suède, la Macédoine et la Bosnie…

      • Bonjour vous avez totalement raison et ce n’est pas faute d’avoir été prévenu . Roberto Baggio l’a écrit dans un document qui a été mis de coté par la fédération Italienne de football. Trop de joueurs étrangers composent les équipes Italiennes et la formation a été mise de coté

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