« Entrée interdite aux Africains » : en Tunisie, le vivre ensemble vole en éclats

Les tensions intercommunautaires en Tunisie illustrent la crispation de la population face aux flux de migrants.
Capture d'écran @RefugeesinLibya
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C’est une image qui fait actuellement le tour d’Internet. Partagée le 16 juin par une ONG pro-migrants, cette photo donne à voir une affiche qui aurait été disposée à l’entrée d’un café de Tunis. On y lit le message suivant, écrit en arabe, en français et en anglais : « L’entrée et les places assises sont interdites aux Africains. » En légende, l’organisation exprime sa vive indignation quant à ce panneau qui « devrait indigner quiconque croit en la dignité humaine ». « Il fut un temps où de tels panneaux choquaient le monde entier. Aujourd'hui, des messages similaires apparaissent dans certaines régions d'Afrique du Nord, tandis que le racisme, la xénophobie et l'exclusion anti-Noirs se banalisent de plus en plus dans l'espace public, écrit-elle. Des cafés aux lieux de travail, en passant par les foyers, les rues, les camps de détention et les zones frontalières, on fait comprendre aux Africains noirs qu'ils n'ont pas leur place aux côtés des autres races. »

Sur les réseaux sociaux, beaucoup condamnent une telle discrimination, mais se montrent également quelque peu perplexes. « Mais ils sont pas africains, les Tunisiens ? », s’étonne ainsi un internaute. « Et eux, ils sont quoi ? Des Scandinaves ? », ironise un autre. « Quelqu’un pour informer ces gentils racistes que la Tunisie se trouve en Afrique ? », renchérit un troisième. Il faut croire que dans la bouche de certains Maghrébins, le terme « Africains » est un synonyme de « Subsaharien »…

Les Subsahariens dans le collimateur

Au mois d’avril dernier, une manifestation contre le racisme et les discriminations s’était tenue à Tunis, réunissant associations, partis et acteurs de la société civile. Une « foule compacte » avait investi les rues de la capitale pour dénoncer « la montée des discours racistes visant les migrants d’Afrique subsaharienne », avait alors rapporté la chaîne Medi1TV Afrique. Parmi les manifestants, une militante féministe avait pris la parole et témoigné de sa solidarité avec les « Tunisiens et Tunisiennes noirs qui subissent beaucoup de racisme ». Elle avait aussi pointé du doigt la politique migratoire de son pays, jugée trop sévère. « Nous sommes solidaires aussi avec nos frères et sœurs migrants et migrantes qui sont sans droits en Tunisie », avait déclaré la dénommée Hend Chenewi.

Car, au cœur des revendications, on trouve l’application effective d’une loi datant de 2018 contre les discriminations raciales, mais aussi et surtout la fin des expulsions massives des migrants africains. Depuis l'été 2023, le gouvernement tunisien multiplie en effet les restrictions à l'encontre des clandestins : interdiction de travailler, impossibilité de recevoir des devises de l'étranger… Le président Kaïs Saïed a appelé l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à intensifier ses efforts pour encore faciliter le retour des migrants subsahariens vers leurs pays d’origine. Et ça marche : le rythme des expulsions se serait intensifié avec « initialement un vol par mois, puis deux, puis un par semaine, puis deux » et, désormais, « quasiment tous les jours des vols dédiés ». En trois ans, ce sont ainsi 27.000 clandestins qui auraient été renvoyés chez eux. Un volontarisme dont certains pays européens pourraient peut-être s’inspirer.

Un simple désir de souveraineté

Mais comme c’est le cas en France, les velléités tunisiennes de renvoyer les illégaux dans leurs pays en choquent certains. « Nous assistons à une répression tous azimuts des populations noires migrantes qui continuent de subir des abus systématiques de leurs droits », affirme ainsi Salsabil Chellali, directrice du bureau de Human Rights Watch à Tunis. En France, la LDH dénonce des « campagnes de haine » contre les migrants et s’étonne de voir le gouvernement tunisien prendre des mesures radicales contre certaines ONG accusées par les autorités d’être des « agents de l’étranger ».

Sur les réseaux sociaux, de nombreux Tunisiens se défendent de tout racisme et affirment leur droit à faire respecter leurs frontières. « On n'accepte pas des envahisseurs irréguliers sans papiers, c’est notre droit de nous défendre contre ce flot migratoire illégal », fait ainsi valoir Jneina, sur Facebook. « La Tunisie est un petit pays pauvre ou le chômage bat son plein, il n’a pas la capacité d'accueillir des immigrants. Ce n'est pas du racisme, c'est du réalisme », ajoute Kader. « La Tunisie pour les Tunisiens », résume encore Rahim. Un mantra simple, légitime, qui devrait pouvoir être dit en France comme en Tunisie sans se faire taxer de racisme.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

33 commentaires

  1. On a aussi ce type d’interdiction en France, dans certains bistrots de la rue de Ménilmontant (à Paris) où les femmes sont interdites. Mais ce n’est pas écrit (c’est dit, à l’oreille des inconscientes qui entrent). Les Pro-migrants en France seraient-ils choqués par cette ségrégation là ? Et les féministes ? Je réponds tout de suite: NON, car ce phénomène est connu depuis des décennies dans ce quartier.

  2. Je suis bien d’accord avec ce slogan, la Tunisie aux Tunisiens. Mais aussi les Tunisiens en Tunisie et la France aux Français.
    Maintenant, puisqu’une foule d’Africains quittent leur pays pour « migrer » ou se « réfugier », il faudrait demander des comptes aux gouvernements de leurs pays d’origine qui ne font rien pour s’occuper de leurs citoyens. Est ce que c’est normal que des ONG aillent, aujourd’hui encore, creuser des puits à leur place? Ce n’est pas aux pays occidentaux, ni à la Tunisie, d’accueillir leurs surplus de population.

  3. Eux, en Tunisie, le peuvent donc, sans que ça soulève aucune protestation.

    Ça pourrait rappeler des heures plus sombres de la ségrégation du sud des EU dans les années 60.

    C’est sans doute brutal mais nécessité fait loi.

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