Editoriaux - International - Politique - 16 septembre 2019

Entre Iran, USA et Arabie saoudite, que nous réserve cette nouvelle guerre du pétrole ?

Les faits, tout d’abord. Les rebelles yéménites houthis, pratiquant un islam zaïdite – certes chiite, tenu pour « hérétique » par ce sunnisme majoritaire en islam, mais distinct des deux autres écoles du chiisme que sont ismaéliens (Aga Khan) et duodécimains (l’Iran) –, revendiquent le bombardement, par drones interposés, d’installations pétrolières saoudiennes, réduisant ainsi de moitié la production d’un royaume représentant à lui seul 5 % de la production mondiale.

Les réactions, ensuite. Très logiquement, Riyad et Washington accusent Téhéran d’être à la manœuvre. Est-ce aussi simple ? Pas exactement. S’il n’est un secret pour personne que l’Arabie saoudite soutient ouvertement le gouvernement yéménite « légal », il en est un autre voulant que l’Iran fasse de même, plus discrètement, de la rébellion houthie.

Pour autant, ces rebelles obéissent-ils aveuglément au régime de l’ayatollah Khamenei ? Sans doute que non. Ou, en tout cas, pas plus que le Hezbollah libanais ou le Hamas palestinien : le soutien, à la fois militaire et financier, peut évidemment influer tout en n’étant pas forcément donneur d’ordres pour autant. En effet, les Libanais chiites du Hezbollah sont aussi arabes, alors que les Iraniens sont perses. Quant aux Palestiniens du Hamas, ils sont non seulement arabes, mais avant tout sunnites.

De plus, ce jeu d’échecs obéit plus à des objectifs politiques que religieux. Pour résumer, si Riyad et Téhéran se disputent la légitimité religieuse des Lieux saints (La Mecque au premier chef), les Arabes sunnites s’inquiètent surtout de la mise en place d’un axe perso-chiite qui irait de Téhéran à Beyrouth tout en passant par Bagdad et Damas.

Les conséquences ? En d’autres temps, les USA auraient eu tôt fait de verser dans la politique de la canonnière, tant le lobby anti-iranien était puissant à la Maison-Blanche, jusqu’à l’éviction de John Bolton (voir notre article du 11 septembre). Le pourtant très énervé Donald Trump a, semble-t-il, passé son tour, tant de choses ayant changé depuis…

Tout d’abord, ce gaz de schiste américain qui permet à Washington d’espérer en finir d’avec sa dépendance pétrolière vis-à-vis de la dynastie saoudienne, malgré le pacte du Quincy, datant de 1945, scellant l’approvisionnement énergétique des USA par le royaume saoudien contre la protection militaire de ce dernier. Depuis, le centre de gravité névralgique s’est déplacé ailleurs, vers l’océan Pacifique, montée en puissance chinoise oblige ; ce qui ne contribue pas qu’un peu à rebattre les cartes…

Donc, Donald Trump tempère. D’où la panique régnant actuellement à Riyad. Interrogé par L’Orient-Le Jour, David Rigoulet-Roze, expert en relations internationales, nous éclaire : « Riyad se retrouve aujourd’hui piégé par la guerre au Yémen. » Au point de solliciter l’aide d’Israël ? « Oui », afin « de se prémunir de ce type d’attaques aux drones ». L’État hébreu a évidemment démenti tout type de transfert technologique, tout en demeurant très discret dans cette crise. À cela, trois explications, au moins.

La première, c’est qu’Israël sait bien que l’armée saoudienne, même par nos soins surarmée, c’est un peu la Septième compagnie au clair de lune.

La deuxième, c’est que même si Trump a donné un os à ronger à ses puissants alliés sionistes, généralement issus du parti républicain, en transférant l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem – mesure ne prêtant guère à conséquence –, il l’a mauvaise, à en croire 20 Minutes du 13 septembre dernier, quand ayant récemment appris que les services secrets israéliens avaient mis la Maison-Blanche sur écoute. « Je n’y crois pas. Je ne pense pas que les Israéliens nous espionnent. […] Tout est possible, mais je n’y crois pas », affirme-t-il de manière fort diplomatique, tout en signifiant, à mots couverts, qu’il ne croit pas non plus en ce qu’il dit.

La troisième, c’est qu’au moment de ces « révélations », Donald Trump s’en prend à la « déloyauté » des « Juifs votant démocrate ». Ce qui n’a pas manqué de provoquer la colère de l’American Jewish Committee (AJC), ayant qualifié cette déclaration d’« inappropriée, pas bienvenue et véritablement dangereuse », fait des plus intéressants relevé, entre autres, par Le Huffington Post du 21 août.

Les USA seraient-ils donc en train de lâcher ces traditionnels alliés, israéliens et saoudiens ? À défaut d’y croire, certains semblent le craindre. Tel Aviv y survivra. Pour Riyad, c’est déjà moins certain. En attendant, Téhéran peut se frotter les mains.

On attend juste que la France donne son avis ; en admettant, toutefois, qu’elle en ait un.

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