« Dans une France socialiste/Je mettrais ces fumiers debout/À fumer le scrutin de liste/Jusqu’au mégot de mon dégoût », chante, ce matin, Léo Ferré sur mon vieux gramophone, au lendemain de l’arrêt rendu mercredi par la commission des lois du qui a rejeté la dénomination “Collectivité européenne d’Alsace” – que les deux départements entre Vosges et Rhin avaient arrachée de haute lutte – pour la remplacer par le terme “département d’Alsace”.

Plusieurs sénateurs, dont celui du Bas-Rhin, Jacques Bigot, membre du groupe socialiste et républicain du Sénat, avaient déposé un amendement pour faire tomber une dénomination jugée “trompeuse”. « Cet amendement montre la persistance d’une xénophoboglossie anti-alsacienne à . La CEA (Collectivité Européenne d’Alsace) était un compromis – plus petit dénominateur commun – équilibré aux côtés de la Région Grand Est. Remettre en cause ce plus petit dénominateur commun est plus que maladroit. Il est méprisant et en dit long sur la vulgarité et l’immaturité de nos sénateurs», commente sur les réseaux sociaux Thierry Kranzer qui milite pour la sortie de l’Alsace du Grand Est. De son côté, la présidente du Haut-Rhin, Brigitte Klinkert , qui fait partie des onze femmes qui dirigent un département, a fustigé avec son collègue bas-rhinois le « dogmatisme » des sénateurs socialistes à la manœuvre pour torpiller l’Alsace.

Les socialistes persistent et signent ! François Hollande, à la fin de son mandat, avait voulu chambouler la carte des régions comme on distribuerait des parts de tarte : je te donne un peu de Normandie, un zeste de Champagne (et Ardennes, s’entend), une lichée de Franche-Comté, par contre, point besoin des Pays de la Loire, la Bretagne suffira. Dans son gloubi-boulga territorial, il avait voulu diviser NOS par deux au mépris de toute considération historique, culturelle, ethnique alors qu’une région dont les habitants partagent les mêmes valeurs est plus efficace économiquement et plus solidaire…

Et cela, d’autant plus, comme le laissait augurer la future Collectivité européenne d’Alsace, si l’on élargit nos régions à nos voisines européennes.

Avec l’amendement du Sénat et les combats d’arrière-garde des socialistes, on se croirait dans un mauvais remake du film Les Visiteurs, une sorte de retour aux temps mérovingiens, avec une réforme territoriale qui fait furieusement penser aux néfastes partages du royaume franc pour satisfaire les héritiers… Il est vrai que Flanby Ier avait pris, à la fin de son mandat, de plus en plus des allures de roi fainéant, et son Premier ministre de l’époque celle de maire du palais, en attendant de prendre (en vain…) la place du calife. Une fois de plus, dans cette affaire, on n’aura pas tenu compte de la France d’en bas : le mariage forcé des régions, concocté par Valls et Hollande, allait à l’encontre de ce que veulent les Normands, bas et hauts, les Picards désintégrés, les Lorrains et les Alsaciens en chiens de faïence…

« Le citoyen se trouve ravalé au rang de sujet assigné à résidence symbolique, comme jadis après le traité de Westphalie, les habitants des royaumes, principautés et duchés étaient sommés d’adopter la religion de leur seigneur et maître : cujus regio, ejus religio », avait alors écrit fort justement Luc Rosenzweig dans Causeur.

L’Alsace restera sans doute longtemps encore une « nation interdite », selon le mot de Pierri Zind, dont il faut relire l’ouvrage du même nom aux Éditions Copernic.

29 mars 2019

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