En Seine-et-Marne, la SNCF met la démocratie sur une voie de garage !

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Il paraît que le vote n’est pas seulement un droit, mais un devoir du citoyen, une conquête fondamentale de notre glorieuse Révolution et un bienfait inégalé de notre démocratie ; mais si droit, devoir, conquête et bienfait il y a (il m’arrive parfois d’en douter), la moindre des choses serait que le régime qui nous les dispense en sa providence en assure l’accès et l’usage à tout un chacun, au moins les jours de vote.

Or, lors des deux derniers rendez-vous électoraux, celui des européennes, le 9 juin, et celui du premier tour des législatives, le 30, aucun train ne circulait sur la ligne R du RER (Seine-et-Marne), ni entre Paris et Montargis, ni entre Paris et Montereau via Moret. Et le service de bus qui devait être mis en place en remplacement était tragiquement insuffisant, au témoignage des utilisateurs. Les jeunes citoyens, en particulier, jeunes actifs et étudiants encore inscrits sur les listes électorales du domicile familial, en ont fait les frais.

Certains d’entre eux ont néanmoins fait l’effort d’aller voter, le 9 juin, au prix de « galères » dissuasives : une heure de train pour se rendre de Paris à Melun, puis une lutte pour monter dans des bus en nombre très insuffisant. Roule, roule, train du plaisir démocratique…

« À l’arrivée à Melun, c’était la panique, raconte une jeune femme. Sur le même quai se heurtaient deux vagues de gens : ceux qui descendaient pour se rendre à Montereau ou à Montargis, puisque le train n’allait pas plus loin, et ceux qui tentaient de monter dans un train pour Paris. Les agents de la SNCF, débordés, avaient l’air au bout de leur vie. Après vingt minutes de cohue pour sortir de la gare, plus de trois cents personnes hystériques se trouvaient entassées sur le parking des bus, sans personne pour les renseigner qu’une dame d’un certain âge, aux cheveux blancs, portant la veste d’une compagnie de transports (SNCF ou transports municipaux). Sollicitée de toutes parts et passablement dépassée, elle ne pouvait qu’expliquer aux gens exaspérés qu’elle ne s’occupait que d’une seule ligne de bus de remplacement et ne pouvait pas les renseigner. C’était la bousculade pour monter dans les bus, qui partaient archi-pleins, un vrai b… ! »

Le 30 juin, cette électrice méritante a voulu retourner voter. Cette fois, le site de la SNCF annonçait des trains… qui, après consultation du panneau d’affichage à la gare de Lyon, n’existaient pas ou s’arrêtaient de nouveau à Melun, terminus. La SNCF a l’esprit farceur ; hélas, la farce a eu raison de l’esprit civique de la jeune citoyenne, qui a renoncé à renouveler ce parcours du combattant pour aller mettre un bulletin dans une urne en bois.

On peut s’étonner que la Société nationale des chemins de fer, dont l’État français est l’unique propriétaire, rende si problématique l’exercice par les citoyens de leur devoir d’État. Sans doute les travaux étaient-ils planifiés depuis longtemps ; mais faut-il croire qu’il était plus difficile à ladite compagnie d’État de surseoir à leur exécution sur la ligne R le jour des législatives anticipées (pour ne rien dire des élections européennes, prévues, elles, de longue date…) qu’à l’État lui-même d’organiser, en trois semaines, une consultation électorale dans la France entière ?

S’il était aussi facile d’arrêter le fascisme que les trains de la SNCF, l’entreprise publique, aussi habituée soit-elle à prendre ses usagers en otages, serait assurément la garante de notre liberté ! Ce n’est pas le cas. Et sans doute faut-il s’en réjouir car, comme le savent les cheminots, un fascisme peut en cacher un autre…

Éric Letty
Éric Letty
Journaliste

Vos commentaires

7 commentaires

  1. pourtant ils prennent bien l’argent des citoyens pour leurs retraites, leurs mutuelles, et pour renflouer les comptes de la SNCF 35 milliards en 2021, plus un bonus négocié sur les départs en retraite parce qu’avec les JO le travail aurait été trop dur, je ne compte pas non plus les primes spéciales JO, au fait rendront ils les primes s’ils ne bossent pas ?

  2. Cela fait des années que la ligne Paris-Montargis dysfonctionne ! Un véritable scandale ! Il n’y a pas que la Seine et Marne d’impactée, car Montargis est dans le Loiret… et beaucoup de gens qui y habitent empruntent cette ligne pour travailler. Vous partez le matin et vous ne savez pas si vous pourrez rentrer le soir !
    L’abandon de cette région à l’Est du Loiret explique le vote RN, tant l’exaspération est grande .

  3. En tenant compte des résultats de la dernière consultation législatives, favorables aux partis (de gauche et d’extrême gauche) dont se revendiquent la plupart des personnels de cette société nationale de transport ferroviaire, cela laisse augurer bien du plaisir pour les usagers et le bon déroulement des jeux olympiques sur notre territoire.

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