Audio - Economie - Editoriaux - Entretiens - Politique - 10 avril 2019

Emmanuelle Ménard : « Aéroports de Paris ? Prenons le gouvernement au mot : référendum ! »

Des parlementaires veulent faire obstacle au projet du gouvernement de privatiser Aéroports de Paris en initiant un référendum d’initiative partagée. Emmanuelle Ménard explique, au micro de Boulevard Voltaire, pourquoi elle s’associe à cette initiative destinée à faire échec à cette privatisation.


Vous venez de vous prononcer en défaveur de la privatisation d’Aéroports de Paris.
Cette privatisation ne permettrait-elle pas de soulager la dette de l’État ?

Cela ferait rentrer du cash dans les caisses de l’État. C’est pour cette raison que le gouvernement veut privatiser à tout prix. Mais à quel prix ?
Certains groupes, comme la société Renault, pourrait être privatisés avant les aéroports de Paris.
Faut-il savoir pourquoi on s’en débarrasse, car c’est bien le terme qu’il faut employer.
Les aéroports de Paris rapportent des bénéfices incroyables tous les ans et on va s’en séparer à un prix ridicule.
Le gouvernement argumente que l’Etat n’a pas vocation à gérer des boutiques. C’est tellement réducteur de comparer les aéroports de Paris à une gestion de boutiques. Ce n’est évidemment pas la même chose. Il ne faut pas privatiser les aéroports de Paris dans les conditions mises sur le tapis. C’est une mauvaise décision.


Le gouvernement décrit qu’il n’a plus d’autres moyens que de le privatiser.

S’ils veulent à tout prix privatiser et que l’idée est de faire rentrer de l’argent, ils peuvent vendre une toute petite partie de leurs actifs. Je vous rappelle que les aéroports de Paris, c’est aussi une des frontières de la France. On ne peut pas céder les frontières de la France. Ils disent que ce n’est pas vrai et que les pouvoirs de police seront gardés. Mais, de facto, se désengager, c’est céder une prérogative de pouvoir public à des privés. Ce n’est pas possible. On ne peut pas faire cela.


Les gilets jaunes et notamment Éric Drouet s’opposent à cette privatisation.
Pensez-vous que les gilets jaunes veulent défendre un symbole menacé de notre souveraineté ?

Un référendum serait une bonne chose. Un certain nombre de parlementaires l’ont d’ailleurs proposé. Je m’associe tout à fait à cette démarche.
Faisons un référendum pour savoir si les Français ont envie que le gouvernement privatise les aéroports de Paris. Il n’y a d’ailleurs pas que les aéroports de Paris. La Française des jeux est aussi concernée. Posons la question aux Français.
Le gouvernement n’a que le grand débat et le dialogue à la bouche, prenons-les au mot. Qu’ils permettent à cette initiative parlementaire d’aboutir, sans mettre de bâton dans les roues aux députés et sénateurs qui ont initié cette procédure.
Cette procédure va passer devant le Conseil constitutionnel. La balle n’est donc pour l’instant pas dans le camp du gouvernement. Si le Conseil constitutionnel était totalement indépendant, ça se saurait!
J’espère que le gouvernement laissera le Conseil constitutionnel travailler de façon sereine et indépendante.

Êtes-vous associée à cette initiative ?

Je n’ai pas été formellement associée à cette initiative pour l’instant, mais je m’y associe complètement. J’ai vu que la liste des parlementaires augmentait d’heure en heure. Je pense donc qu’il n’est pas trop tard pour s’y associer. Je souscris complètement à l’initiative. J’irai d’ailleurs moi-même dans l’hémicycle voter contre le projet de loi Pacte à cause essentiellement de cette privatisation. Je fais partie des quelques députés qui étaient là à 6 heures du matin en deuxième lecture pour voter contre. Je serai à nouveau là, demain matin pour voter en dernière lecture contre ce projet de loi. Je ne veux pas laisser faire cette privatisation.

À lire aussi

Emmanuelle Ménard : « J’ai été l’objet d’insultes, de menaces de mort par téléphone… »

Imprimer ou envoyer par courriel cet articleLa semaine dernière, le compte Twitter d’…