Sacré Yann Moix ! À suivre cet écrivain, pas le plus détestable de ces dernières décennies – son livre, Podium, ainsi que le film éponyme qu’il réalise dans la foulée n’ont guère à rougir devant la concurrence d’alors –, on peut se sentir parfois en proie au vertige. Certes, les artistes ont parfois leurs pudeurs et leurs coups de sang ; normal, ce sont de grands sensibles. Ils n’écrivent pas toujours en ligne droite et ce sont parfois leurs sinuosités qui font tout l’intérêt de leur parcours.

Dans son cas, c’est tout de même très sinueux. On sent que ça a dû bouillir sévère en son pauvre crâne, manifestement transformé en chaudière, au fur et à mesure des polémiques qu’il n’a cessé de provoquer et qui n’en finissent plus de le poursuivre.

Polémiques familiales, pour commencer, à l’occasion desquelles il accuse son frère de l’avoir martyrisé, alors que ce serait peut-être le contraire, et embringue ses parents dans cette infernale farandole. Depuis Christine Angot, c’est très à la mode et la hantise d’un écrivain à la mode – Yann Moix, en l’occurrence – est de ne surtout pas se démoder. Polémiques politiques, ensuite, ses charges aussi légères que celles d’un troupeau de gnous contre les violences policières dans les camps d’immigrés clandestins de Sangatte en témoignent ; pour, aujourd’hui, en revenir à une en creux des forces de l’ordre, face aux délires antiracistes du jour.

Ainsi pourfend-il désormais les pudeurs de la chaîne câblée HBO Max, qui vient de retirer Autant en emporte le vent, film de Victor Fleming tourné en 1939, devant le néo-maccarthysme agitant actuellement les USA. Et en profite pour défendre la France, ce pays qu’il semble à la fois vomir et adorer : « La France n’est pas plus raciste qu’un autre pays, elle l’est sans doute beaucoup moins ; la France et les États-Unis sont des pays où il y a du racisme, ce ne sont pas des pays racistes. Le véritable mal, le véritable cancer, c’est la peur. La peur de passer pour un raciste. » On a déjà lu plus idiot.

Mieux : « Nous avons pénétré dans l’ère de la trouille. Nous avons eu peur des gilets jaunes, nous avons eu peur du Covid-19, nous avons peur à présent des manifestants noirs. » Venant d’un homme ayant eu la même trouille – celle de passer pour fils spirituel d’Édouard Drumont devant le tribunal médiatique –, cette sortie ne manque pas de sel. Décidément, l’ancien ludion de la République des Lettres récupère vite, quitte à reprendre les arguments naguère invoqués par ceux qu’il se faisait fort de clouer au pilori des élégances démocratiques : « Frapper un Noir parce qu’il est noir, c’est du racisme. Mais céder aux Noirs parce qu’ils sont noirs, c’est pour moi la définition même du racisme. »

Un Benoît Rayski, un ou un Éric Zemmour n’auraient pas autrement formulé la chose. Toujours dans le même registre, Yann Moix fait siennes les observations fleurissant sur ce site et qui flétrissent l’admiration béate de certains Français vis-à-vis du mirage américain : « Le gouvernement ne cède pas seulement aux pressions de la rue française, il cède aux pressions de la rue américaine. » Bien vu. Comme quoi un peu de médiatique ne peut qu’aérer le cervelet, même le plus osseux et le plus rétif à la comprenette…

Et le film en question, au fait ? Oscarisé par huit fois en 1940 ? Distingué pour son « racisme » ou malgré son « racisme » ? Réponse de notre Triboulet : « Les Blancs de 2020 ne sont pas responsables des Oscars attribués à un film par les Blancs de 1940. Pas plus que les Blancs de 1940 n’étaient responsables de l’ de 1861. »

Voilà qui est plutôt bien dit, et que ce soit Yann Moix qui l’exprime ne change rien de fondamental à l’affaire, sachant que, dans cette période de dingues, il arrive parfois aux égarés de parler d’or…

11 juin 2020

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