Editoriaux - Polémiques - 2 décembre 2019

Élie Semoun : « Je ne compare pas Zemmour et Hitler, mais je dis que… »

Le problème, avec la connerie ambiante – le lecteur me pardonnera cette trivialité, mais on finit par manquer de vocabulaire –, c’est que, pour « les pipoles » qui veulent exister sur la scène médiatique, il leur faut sans cesse en rajouter dans l’outrance. Surtout s’ils ont un lourd passé…

C’est particulièrement le cas d’Élie Semoun, humoriste pas franchement drôle, devenu acteur de nanars qui le sont encore moins : incarner L’Élève Ducobu – son grand succès cinématographique – n’est pas franchement ce qui vous hisse au Panthéon du cinéma d’art et d’essai…

Car il faut bien le dire, qui connaîtrait Élie sans Dieudonné ? On serait tenté de dire que, dans leur duo des années 90 du siècle dernier, il y avait la tête et les jambes, sauf qu’Élie Semoun n’est pas non plus du genre athlète. Plutôt ablette. La tête, le diable Dieudonné au nom désormais imprononçable, enfuie et enfouie dans les poubelles des heures sombres de notre Histoire récente, le pauvre Semoun doit lutter plus qu’un autre pour demeurer fréquentable.

Son patronyme de « minorité visible » ne suffit plus, désormais, à laver la faute originelle. Marqué il est et marqué il demeure par le sceau de « la Bête immonde »… Et ça le travaille, ce pauvre garçon, forcément. Toujours, aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain, il lui faut se dédouaner, apporter des gages, jurer cracher par terre qu’il n’en est pas, n’en est plus, n’en a jamais été…

C’est pour cela qu’invité par RTL, samedi dernier, dans l’émission de Jade et Éric Dussart, il a fait ce qu’il faut faire là où il faut faire : une sortie qui vous replace au centre de la scène, sous les projecteurs des miradors de la bien-pensance.

En cause, le succès extraordinaire d’Éric Zemmour sur CNews où il fait exploser les records d’Audimat™ : « Mercredi 27 novembre, selon Ozap, plus de 300.000 personnes ont regardé l’émission, avec un pic à 352.000 téléspectateurs à 19 h 11 », nous dit Valeurs actuelles, ce qui fait non seulement de CNews la première chaîne d’info en continu, mais constitue surtout « un succès à contre-courant des appels au boycott, du retrait de certains annonceurs et de l’indignation de certains ». Insupportable, donc.

Heureusement, les comités de censure veillent sur ces scandaleuses audiences. D’ailleurs, la présentatrice de l’émission « Face à l’info », Christine Kelly, fait l’objet de menaces de mort. C’est bien le moins qu’on puisse attendre pour punir un tel forfait. Pourtant, elle aussi donne tous les gages possibles : ah, ça non, il ne faudrait pas se méprendre, elle n’est pas la copine d’Éric Zemmour ! « On ne peut imaginer un seul instant que je fasse partie de ses critères. Je pense cocher toutes les cases que n’aime pas Éric Zemmour : femme, journaliste, protestante, défendant les familles monoparentales, descendante d’esclave et symbole de la colonisation française », dit-elle. Difficile de faire mieux, en effet.

Et pourtant, ça ne suffit pas. Élie Semoun, qui n’est ni femme ni descendant d’esclave ni LGBTQR, etc., tout juste peut-être arrière-petit-fils de colonisés, se doit de mettre la barre très haut. Dont acte. Zemmour « est un raciste, un peu xénophobe et son intelligence est insupportable, car ce sont des idées simples et dangereuses », dit-il. La preuve : « Je pense que si on lui donne la parole, c’est qu’il fait de l’audience. Si on avait proposé à un directeur de télé de monter un débat avec Adolf Hitler et un opposant, il aurait accepté car ça aurait fait un carton. » Toutefois, attention, hein, faudrait pas confondre Audimat™ et désir d’Audimat™ : « Je ne compare pas Zemmour et Hitler, mais je dis que donner la parole à ces gens-là fait de l’audience et ça ne sert à rien de véhiculer cette haine. La liberté d’expression a bon dos, or, je le dis à nouveau, c’est pour l’Audimat™. »

Et lui, Semoun, c’est pour quoi, son brevet de censeur ?

À lire aussi

Che Guevara sur les drapeaux de la CGT : adoration du totalitarisme ?

L’idolâtrie du Che est entrée depuis quelques décennies dans les gènes de la gauche propre…