Le livre s’offre un lancement digne de Houellebecq. Babyzness, signé de Bérengère Lepetit et Elsa Marnette, toutes deux journalistes au Parisien, sort bruyamment aux Éditions Robert Laffont. Les deux auteurs montrent comment, « dans certaines structures privées, la rentabilité prend le pas sur le bien-être de l’enfant… jusqu’à la maltraitance », écrit, ce 7 septembre, Le Parisien, qui a lu le livre en avant-première.

Les auteurs ont enquêté un an et demi sur les crèches privées et recueilli 200 témoignages dans toute la France. Derrière ces « crèches privées », 80.000 enfants (la France compte 4,5 millions d’enfants de moins de 6 ans au 1er janvier 2020) et quatre entreprises : Babilou, Les Petits Chaperons rouges, la Maison bleue et People & Baby, nommément citées, sont dans l’œil du cyclone. Le livre conte quelques dérapages, comme cet enfant de deux ans qui aura marché une heure seul dans la rue : l’employée de la crèche avait oublié de fermer la porte. En 2002, une auxiliaire de puériculture, excédée par ses pleurs, tue un enfant en lui faisant boire un produit toxique. Évidemment terrible.

Émoi à gauche

C’est là que le discours idéologique se met en place. Car s’il s’agit de méfaits individuels, au hasard des recrutements, il n’y a pas de scandale. Donc pas de livre. Les responsables, ce ne sont pas ces individus qui ont pourtant été jugés et condamnés. Non, le vrai responsable, c’est le capital et ses valets, les chefs d’entreprise, les actionnaires. C’est l’entreprise privée assoiffée de profit, aux dépens du bien-être, de la santé, voire de la vie de nos enfants. « Une poignée de groupes détiennent la majorité des établissements et se sont lancés dans une course à la rentabilité, accuse la quatrième de couverture du livre. Les crèches sont devenues un business fructueux, subventionné par l’argent public. » Et cela ne vous révolte pas ? La presse de gauche, elle, s’étrangle sur commande. « Vers un scandale ORPEA de la petite enfance ? », salive Libération en référence au groupe d'Ehpad qui fut au coeur de la tourmente déclenchée par la parution du livre Les Fossoyeurs de Victor Castanet en janvier 2022.

Victor Castanet s’apprête à se pencher lui aussi dans un autre livre, Le Prix du berceau, sur la voracité des crèches privées. « Avec la recherche de profit des crèches privées, les salariées deviennent maltraitantes malgré elles », explique-t-il, toujours dans Libération. France Inter se délecte : « Usine à bébés, épuisement, omerta : ce que révèle Babyzness, le livre enquête sur les crèches privées. » Conclusion : le privé, c’est sale, c’est mal. L’argent, s’il ne vient pas de l’État nounou, confie nos berceaux aux « eaux glacées du calcul égoïste », comme disait Karl Marx. Le privé ne représente que 20 % de l’offre en crèches ? C’est déjà trop !

Aucun souci dans les crèches publiques ?

Soyons clairs. Pas question, évidemment, de nier tout manquement ou tout dérapage au sein des crèches privées, où travaillent des êtres humains faillibles. Mais cette critique relève largement d’une vision noire de l’entreprise en tant que telle, obsédée par le profit, si possible en écrasant les personnes. Pourtant, quelle entreprise, pour gagner en rentabilité, prendra le risque de ruiner sa réputation, son activité et son existence même ? Quel intérêt, dans un système concurrentiel aussi dur, à prendre ce risque ? La déconfiture des groupes mis en cause après l’affaire des EHPAD est parlante. Par ailleurs, n’y a-t-il aucun souci dans les crèches publiques, largement majoritaires ? Y a-t-on mené la même enquête ? BV n’a pu lire le livre avant sa parution : peut-être y répond-il à la question ? La presse ne l'évoque pas.

En attendant, la solution induite reste la même : dans le pays le plus taxé de l’OCDE, c’est donc à l’État de prendre en charge les EHPAD… et les crèches. Toutes les crèches. Il faut plus d’État dans cette France qui dépense… 33 milliards d’euros, en 2019, pour accueillir les jeunes enfants, selon L’Union nationale des centres communaux d’action sociale.

Chaque Français ira ainsi de l’État nounou jusqu’à l’État EHPAD, aux frais du contribuable : l’État, du berceau jusqu’à la tombe. À suivre cette logique, la France biberonnée par l'État devrait être en tous points le pays où l’on est le plus heureux. Et pourtant… À propos, comment s'est soldée la croisade contre le groupe ORPEA, par qui le scandale arriva ? Ecrasé d'amendes et de dettes (9,5 milliards d'euros), il a été repris par... la Caisse des dépôts. Donc, par l'État. Et depuis, bien sûr, tout va bien !

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07 septembre 2023 à 19:42

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17 commentaires

  1. Les personnes âgées disent souvent « je suis plus près du tombeau que du berceau » mais malheureusement, tout se délite en France……les moeurs ont changé, à présent, les nourrissons placés dans les crèches pour permettre aux parents de travailler disent souvent « je suis aussi prêt du tombeau que du berceau »…….

  2. « En attendant, la solution induite reste la même : dans le pays le plus taxé de l’OCDE, c’est donc à l’État de prendre en charge les EHPAD… et les crèches. Toutes les crèches. » En résumé : « Tout avec l’Etat. Rien sans l’Etat. Rien contre l’Etat » programme de Mussolini en1920. Bienvenue dans le fascisme renaissant (il n’était pas mort, en fait).

  3. Oui , le service public n’est plus une garantie tout risque . En l’occurence l’arbre cache la forêt , parce que le publique où on instaure l’idéologie woke comme une vérité absolue dès le plus jeune âge,ce n’est pas non plus la panacé. Et là, pas de surveillance par les services à l’enfance au contraire c’est de l’incitation par une administration qui contient trop de militants se croyant détenteurs de la vérité. et qui ne trouvent pas assez de contradicteurs pour rétablir un équilibre . Syndicats omniprésents , hiérarchie elle aussi militante de gauche , tout cela influant fortement sur la carrière des personnels , cela aussi devrait être dénoncé par les journalistes . Je pense que le malaise de la France tient en ces deux extrêmes qui tiennent le pays. La loi du marché d’un côté qui s’abat comme un couperet sur celui qui y est confronté directement et l’omnipotance de la gauche dans toutes les administrations. Chacun ayant des bonnes raisons que les choses ne changent pas en France et prenant soin de ne pas marcher sur les plates bandes de l’autre .

  4. Les crèches privées ne sont pas un problème en soi, pas plus que les écoles ou les cliniques privées. Par contre, le contrôle de l’Etat présente des lacunes, voire des incuries coupables. Ils sont surtout, me semble-t-il, beaucoup trop peu nombreux.

    1. Je suis tout à fait d’accord . On manque beaucoup de controleurs dans tous les domaines, pour les prix, dans le milieu du travail, et les commerces parce que beaucoup d’emplois ne sont pas protégés par des syndicats , contre la fraudes aux prestations sociales , dans la consommation et la vie courante ; Je préfère que l’on paye un controleur plutôt que le fraudeurs ou celui qui manque à ses obligation par cupidité!

    2.  » Par contre, le contrôle de l’Etat présente des lacunes, voire des incuries coupables. » Et vous savez pourquoi? par manque d’effectifs. On va y remédier vite fait, en suivant la méthode Sarkozy : 300 000 de plus en un seul quinquennat. Chapeau l’artiste (de droite, bien sûr).

  5. Curieusement nos gouvernants tellement bien pensants, endettant notre pays comme jamais il là été laissant le pouvoir a certaines puissances financières nous ayant mis la main dessus préfère dépenser des millions pour accueillir bien mal des foules étrangères ou encore vider notre défense vers un pays pour ne pas voir le conflit s’arrêter mais délaissent ce qui peux être la fierté d’un pays, entretenir ses ressortissants dignement tels les personnes âgées où les nouveaux nés. Hier encore des jeunes de Melun groupés impatient de voir déguerpir une émission de télévision présente sur les lieux de leur commerce nous expliquaient devant les caméras que s’il vendaient des produits de mort c’est pour nourrir leur familles comme si travailler dans des secteurs qui manquent de main d’oeuvre c’était moins bien, surement moins lucratif mais beaucoup plus rentable. Le RSA plus la schnouf sans doute un avenir radieux.

  6. Je rêve d’une société où l’on travaille pour vivre et assurer l’harmonie. Une société où l’éducation des enfants est assumée par des parents heureux de vivre. Etc . Une société où l’HUMAIN n’est pas une chose conceptuelle.

  7. « …le vrai responsable, c’est le capital et ses valets, les chefs d’entreprise, les actionnaires », cela fait plusieurs années déjà qu’allant de journaux en journaux, de site en site, je ne cesse de répéter que les « élites » qui, en alternance, nous gouvernent depuis plus de quatre décennies sous le nom d’UMPS devenu aujourd’hui LREMPS, ont dépecé la France et l’a vendue (et continue de la vendre) à vil prix à la finance, aux banques et à l’étranger. Croyez bien que je suis pas du tout heureux d’observer qu’aujourd’hui le mouvement s’amplifie à un point tel qu’il est devenu aussi voyant que les nez rouge au milieu du visage d’un clown. S’agissant des enfants des garderies, les êtres humains étant devenus des objets consommables, tout en étant taillables et corvéables à merci, je ne suis pas surpris de constater ce que l’on en fait. C’est révoltant, c’est dégoûtant.

  8. Personne ne trouve à redire aux spectacles qu’ offrent certaines crèches publiques en accueillant des drag queens dans les crèches pour se donner en spectacle devant l’innocence des bébés et tout petits qui doivent recevoir un choc lorsqu’il se retrouvent face à des personnes à l’ apparence quelque peu provocatrice.

    Toutefois. Il est primordial que les parents s’ assurent de la façon dont sont encadrés leurs enfants lorsqu’ils les confient au personnel d’une crèche quelqu’ elle soit, ou une assistante maternelle. On sait que partout on risque se tomber sur des brebis galeuses.

  9. Les crèches et les epadhs à l’état et les prisons à des sociétés privées . Il est en effet scandaleux de constater qu’un détenu coûte très cher à la collectivité et que les économies se font sur nos enfants et nos anciens .

    1. Les dommages collatéraux de l’immigration de masse . Tout ceci a un prix , et on en a eu l’exemple il y a peu avec les émeutes . Qui va rembourser les dégâts ? Qui paye les centaines de retraités centenaires dans certains pays du magrheb , les milliers de cartes vitales qui circulent en surplus , les soins gratuits pour les étrangers qui transitent en France etc etc etc L’immigration est une chance pour certains et celle ci se paye ! Très cher !

    2. D’autant qu’une bonne partie de nos détenus sont des étrangers effectuant leur peine (prononcée dans leur pays) dans nos prisons, en accord avec nos dirigeants. Tuyau recueilli sur place à l’occasion de mes séjours outre-mer.

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