La période actuelle est secouée par la mal nommée loi de « bioéthique », la crise sanitaire ou encore des guerres, crises politiques et putsch en tous genres au Mali, en Biélorussie, en Syrie, en Ukraine… Pourtant, les militantes féministes n’hésitent pas à y ajouter leur grain de sel ; ou, devrais-je écrire, « graine de selle » ? Mais le sens s’en trouverait grandement changé… C’est le combat sexiste de l’. Ainsi, à la suite de la polémique sur un tweet de Cultura qui incitait à l’exclusion d’une partie de sa clientèle, la journaliste Sandrine Tran, dans Le Parisien du 25 août 2020, confronte deux points de vue : celui d’une militante, Isabelle Philippe-Meurville, et celui d’un linguiste, Alain Bentolila.

Mme Philippe-Meurville attaque, bien sûr, la célèbre règle de l’accord des groupes de mots selon laquelle « le masculin l’emporte sur le féminin », qu’elle fait remonter au XVIIe siècle. En réalité, elle confond la règle édictée par l’abbé Bouhours, au XVIIe siècle, qui reste moins polémique car elle recommande d’utiliser un « genre » qui paraît « plus noble », et celle de l’encyclopédiste et académicien Nicolas Beauzée, au XVIIIe siècle, plus polémique car elle y explicite « la supériorité du mâle sur la femelle » : M. Beauzée confond là « genre » (domaine de la linguistique) et « sexe » (domaine de la biologie). La militante ajoute : « Ce n’est ni l’Académie française, ni Édouard Philippe ou Marine Le Pen qui doivent nous dire ce qu’il faut faire », ce en quoi elle se trompe partiellement puisque l’Académie française a été créée pour s’assurer de la justesse de la langue dans ses emplois. Elle déclare également : « On entend souvent que le genre masculin est neutre, mais ce n’est jamais vrai. […] Les termes dits épicènes sont neutres. » Le masculin sert à désigner le « genre » du mot « neutre » puisqu’on dit « le » neutre : affirmer que le masculin n’est jamais neutre, cela est donc faux ! « Cela » n’est-il pas une forme de pronom « neutre » ? Et ne viens-je pas d’accorder « faux » au masculin ?

« Il » est à noter que le Haut Conseil à l’égalité commet la même erreur dans son Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe en 2015… De plus, les mots épicènes ne sont pas neutres : ils sont féminins, masculins ou neutres selon les besoins. Mme Philippe-Meurville oublie qu’en linguistique, on conserve les noms des genres « masculins et féminins », utilisés universellement, pour désigner plus spécifiquement un « genre non marqué » (masculin) et un « genre marqué » (féminin). Par ailleurs, nous parlons là d’un système de langue. Il faut bien s’entendre à un moment donné sur des règles : on doit donc, par exemple, pouvoir distinguer, dans la langue, le « sexe » des animaux. Il paraît alors naturel, pour ce faire, d’utiliser les « genres » linguistiques dits « masculins » et « féminins » (« un chat », « une chatte ») sans pour autant les confondre avec les sexes qu’ils désignent…

Quant à l’accord de proximité (avec le genre du dernier mot d’une énumération) préconisé dans un autre article du Parisien, même si les langues anciennes l’utilisaient parfois, il était loin d’être généralisé. Une autre difficulté paraît obvie : les règles d’écriture en français (la transcription par des lettres de notions et de réalités diverses) permettent la facilité de compréhension et de communication avec autrui sur un support écrit. Or, il n’est qu’à regarder un texte en « écriture inclusive » pour nous rebuter à le lire ! La succession de points médians et de finales entrelacées gêne la lecture et retarde la compréhension. Enfin, il est pour le moins dérangeant, pour une écriture qui se dit « inclusive », d’« exclure » de son lectorat les handicapés qui utilisent un logiciel de lecture incapable de reconnaître ce fourbi langagier, « purement idéologique » selon M. Bentolila…

27 août 2020

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