Chaque Français passablement cultivé a vu – ou lu –, une fois dans sa vie, le Bourgeois gentilhomme.

Cette comédie-ballet, orchestrée à quatre mains par Molière et Lully, nous est restée comme l’un des rares chefs-d’œuvre du genre, porté dès l’origine, en 1670, par un public enthousiasmé par la mode des turqueries.

Son origine serait liée à un scandale diplomatique et à des mots malvenus.

L’Empire ottoman était à son apogée territoriale. Il venait de conquérir l’île de Crète. Elle avait coûté cher à la France, dont un corps expéditionnaire venu défendre le duché de Candie sous couvert du pavillon pontifical – pour ne pas s’opposer frontalement à l’empire des Turcs, auquel elle était liée par d’importants intérêts commerciaux – venait d’être étrillé par la perte d’un millier d’hommes, de nombreux navires et de l’un de leurs commandants, le duc de Beaufort, en juin 1669.

Peu de temps après, en novembre, Louis XIV reçoit Soliman Aga, envoyé du sultan Mehmed IV. Devant le faste déployé par le Roi-Soleil pour impressionner l’ambassadeur, celui-ci se serait ainsi confié à ses proches au sortir de l’audience : « Dans mon pays, lorsque le Grand Seigneur se montre au peuple, son cheval est plus richement orné que l’habit que je viens de voir. » Molière est aussitôt sollicité pour venger l’honneur français : il en sortira l’épisode savoureux du grand mamamouchi et une cérémonie burlesque moquant et les parvenus et l’étiquette ottomane présumée. L’honneur était sauf…

Ce mois d’août, la Méditerranée orientale n’était pas une mer d’huile… tant la course aux hydrocarbures soulève des tempêtes… d’invectives. Voyez plutôt :

Le vendredi 14 août, après le renforcement de la présence militaire française dans la zone maritime contestée entre Grèce et , au large de Chypre, le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Çavuşoğlu, est passé à l’offensive, accusant la France de mener une politique d’aventure qui « accentue les tensions » et nos dirigeants de se comporter, pour le coup, « comme des caïds », ce qui ne leur vaudrait rien ! Les caïds, notons-le bien, sont des notables, des juges respectés en du Nord. Ce n’est évidemment pas le sens choisi par notre diplomate qui, après le coup de pied de l’âne bien envoyé, ajoute qu’il « ne souhaitait pas l’escalade » selon Le Monde. Byzantinisme de la diplomatie ?

Et voilà que, depuis mercredi 26 août, la Grèce, la France, l’ et Chypre, mènent, jusqu’à vendredi, un exercice militaire conjoint au sud de la Crète et de Chypre dans le cadre d’un accord quadripartite de coopération (SQAD), rapporte Le Figaro. Et là, Florence Parly, ministre des Armées français, de dégainer le tweet martial contre l’entêtement turc à poursuivre ses forages ; la Méditerranée, écrit-elle, « ne doit pas être un terrain de jeu des ambitions de certains ; c’est un bien commun. » Autrement dit, Monsieur Erdoğan : la récréation est terminée ! Mais le néo-sultan, dont les navires opèrent au même moment avec un destroyer américain, semble vouloir rester dans la piscine et continuer la partie.

L’arbitre français est-il crédible ? Nous voudrions l’espérer. À ce jeu de dupes, nul ne sait, aujourd’hui, qui sera le gagnant. Sans préjuger du fait que Florence Parly n’ait pas les qualités ministérielles des Le Tellier et des Louvois, il n’est pas sûr que tout ceci génère une joyeuse turquerie. Il y faudrait, pour cela, un nouveau Molière. Et pour « mourir pour Candie », un autre Louis XIV…

À lire aussi

Missile géant dans les rues de Pyongyang : pour Kim, on peut toujours négocier… mais qu’avec Trump !

Cet homme, instruit aurait-il trouvé dans le président américain son meilleur confident-pa…