Écriture inclusive : l’université Côte d’Azur joue les Ponce Pilate…

©Antonio Zugaldia
https://www.flickr.com/photos/azugaldia/74716572/
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L'écriture inclusive s'incruste insidieusement dans les universités, mais il ne fait pas bon le dénoncer. Ainsi le quotidien Nice-Matin, dans son édition du 28 janvier, titre « Des étudiants de droite et d'extrême droite dénoncent l'utilisation de l’écriture inclusive à la fac de droit de Nice », comme s'il fallait obligatoirement appartenir à ces courants de pensée pour s'opposer à ce phénomène. Plus que cette information, qui traduit une situation malheureusement courante, c'est la réaction de l'université Côte d'Azur qui est instructive.

Au départ, le mouvement des Jeunes avec Éric Zemmour et le syndicat UNI dénoncent l'utilisation de l'écriture inclusive dans un sujet d'examen, dont l'intitulé commence par « Les étudiant.e.s traiteront les trois questions suivantes ». Pas de quoi fouetter un chat, diront les plus indulgents ou ceux qui se réjouissent de l'emploi de cette écriture censée favoriser l'égalité des représentations entre les femmes et les hommes. Pourtant, une telle écriture, outre sa laideur esthétique, illustre une singulière ignorance de la grammaire française et un combat politique de déconstruction qui ne dit pas son nom.

La réaction de l'université à cette accusation, rapportée par BFM Nice Côte d'Azur, vaut son pesant de cacahuètes, montrant que Ponce Pilate a fait des émules, même parmi les juristes : « Il n'y a pas d'obligation ni d'interdiction d'utiliser l'écriture inclusive, affirme l'administration. On compte près de 2.000 enseignants à l'université Côte d'Azur, c'est donc impossible de contrôler les sujets édités par chacun. De toute façon, ce serait une atteinte à la liberté pédagogique. » Voilà un propos digne d'un expert en casuistique, qui sait s'accommoder aux préjugés et aux caprices du moment.

Certes, on ne doute pas que les partisans de l'écriture inclusive soient une minorité, mais cette minorité a la volonté d'imposer sa loi, comptant sur la passivité des autres professeurs et sur la lâcheté ou la complaisance de la direction pour accoutumer l'ensemble des personnels et des étudiants à l'usage de ce langage subversif. Il est bon que des organisations courageuses dénoncent ces procédés, puisque les autorités restent muettes. Si Jean-Michel Blanquer avait, en son temps, proscrit l'écriture inclusive à l'école, son homologue de l'Enseignement supérieur se garde de prendre position.

En effet, les enseignants-chercheurs jouissent traditionnellement d'une pleine indépendance et d'une entière liberté d'expression, mais certains d'entre eux ont une conception très particulière de ces libertés académiques, qu'ils ne pratiquent qu'à sens unique. Ces militants de l'écriture inclusive sont généralement les premiers à s'opposer aux cours ou aux conférences qui s'écarteraient de la bien-pensance. Ils ne sont tolérants que pour eux-mêmes et pratiquent, à l'égard des dissidents, des pressions ou des intimidations qui tendent à les normaliser et les faire taire. Ils se prétendent humanistes mais ont un comportement totalitaire.

Si vous lisez un texte en écriture inclusive, si vous entendez une personnalité politique s'exprimer avec ces tics de langage insupportables, abusant des « toutes et tous », des « ceux et celles » et tutti quanti, méfiez-vous : cette manière de revisiter la langue sous prétexte de mettre le féminin à égalité avec le masculin, loin de défendre la cause des femmes, n'est qu'un révélateur de conformisme idéologique et de bêtise.

Philippe Kerlouan
Philippe Kerlouan
Chroniqueur à BV, écrivain, professeur en retraite

Vos commentaires

14 commentaires

  1. « L’écriture inclusive prend les femmes pour des connes » (Yasmina Reza). Tout est dit. Maintenant, si les féministes ne l’ont pas compris…

  2. Et pendant que la France (L’Occident) s’enfonce dans le Wokisme, l’Orthodoxie Russe se fait de plus en plus acceptée en Afrique pour tisser des Partenariats, permettant la conservation de leurs Traditions de Religions…

  3. Toujours est-il que , quelque part, ils ont conscience de leur ridicule. Je n’ai jamais entendu un orateur s’exprimer en écriture inclusive devant un auditoire de choix. On entend bien des « ceux  » et « celles » mais cela se limite à ce petit jeu qui doit les rendre supermans…..à leurs yeux.

  4. Le dernier paragraphe amène naturellement à ce qu’a énoncé un esprit (mâle) doté de probablement d’immenses qualités : Je conviendrais bien volontiers que les femmes nous sont supérieures, si cela pouvait les dissuader de se prétendre nos égales.
    Bien plus qu’observateur, Sacha Guitry était un authentique visionnaire.

  5. Enseignant-Chercheur à l’université de Lille, je confirme votre analyse. J’ai rédigé une fiche de poste en vue du recrutement d’un Maître de Conférences en Sciences de Gestion pour la rentrée 2023. J’ai découvert début janvier que celle-ci avait été entièrement ré-écrite en écriture inclusive. J’ignore pour l’instant qui, dans l’administration de l’université de Lille, a pris cette déplorable initiative, mais j’enquête. Du côté des Collègues, effectivement, ça ne bouge pas beaucoup sur ce plan.

  6. « Si vous lisez un texte en écriture inclusive »
    J’en suis incapable!
    Mal de tête rapide (après une phrase et encore faut-il qu’elle soit simple) et colère subite.

  7. Rappelez-vous les maths modernes dans les années 70……ou comment aborder la théorie des ensembles même quand on ne sait pas compter ! Là ,ça devient comment écrire français quand on maîtrise pas l’orthographe, le principal, il faut que cela fasse MODERNE !

  8. Lorsque vous parlez de casuistique monsieur Kerlouan, cela me rappelle la réponse que m’avait faite le père jésuite du collège où je me trouvais dans les années 50 alors que je lui demandais la définition de la casuistique: » l’art d’avoir raison quand on a tort », belle pensée jésuite.

  9. Désopilant : l’Education Nationale peine à enseigner correctement l’orthographe, les bacheliers d’aujourd’hui ignorents les règles d’accord du participe passé. Ils ne sont plus incapables de rédiger deux phrases sans faire dix fautes et on veut les obliger à écrire en rajoutant, au petit bonheur, des E et des S à des mots que certains ne comprennent même plus… Elle va être belle, la France dans 20 ans !

  10. Personne pour avoir une pensée pour les étrangers qui ont déjà des difficultés avec notre grammaire et qui doivent en plus se taper les délires de ces guignols ?

  11. Quand des universitaires osent remettre en doute les chiffres sur une « pseudo pandémie », ont leur oppose un droit de réserve et on veut les exclure. N’y a t’il pas plutôt atteinte à la liberté pédagogique dans ce dernier cas et non quand certains utilisent un mode d’écriture contraire aux règles académiques?

  12. Tout à fait ( la conclusion ).J’ignorais qu’il y avait une fac à Nice ( sauf Sophia Antipolis) si près d’Aix et Marseille, et avec autant d’enseignants ( épisodiques, je suppose ?

  13. l’écriture inclusive est le reflet des gens qui veulent éviter les fautes de grammaires et d’accords, en mettant tout au masculin féminin on évite des fautes. Mais monsieur Diaye le prophète du wokisme à la française, qui veut une dictée par jour, mais de combien de lignes d’écritures, parce qu’en écriture inclusive, ils vont se marrer les gamins à écrire.
    Et puis dans les universités, ils sont tellement savant de nos jours, qu’ils ont du temps à perdre à rallonger les mots.

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