Editoriaux - Education - 1 avril 2018

École à trois ans : pour quoi faire ?

Les spécialistes s’accordent à dire que les enfants construisent leur acquisition du langage (entre autres acquisitions) dans les six premières années de leur vie. On sait, par ailleurs, que, durant son développement, l’enfant a besoin de stabilité. Enfin, dans les premiers mois, il concentre son attention sur le langage de sa mère puisque son apprentissage commence dès le stade du fœtus ; c’est sans doute la raison pour laquelle on parle depuis longtemps de « langue maternelle ».

De plus, la communication non verbale (gestes, déplacements, expressions du visage…) joue un grand rôle dans ces premiers mois où l’enfant apprend à décrypter son environnement sans avoir encore acquis le langage oral pour le décrire. Or, il est plus facile d’apprendre le non-verbal d’un seul individu (la mère), voire de deux (le père), plutôt que de multiples individus. Mais, à la crèche, l’enfant devra apprendre à décrypter, en plus de celles de ses parents, les expressions non seulement de l’assistante maternelle, mais encore celles des autres enfants.

Il ne paraît donc pas surprenant de constater que, depuis que les placements en crèche s’opèrent de plus en plus tôt et se multiplient, des années 1970 à nos jours, les enfants savent de moins en moins lire et s’exprimer correctement, saturés de paradigmes divers et parfois divergents : ce que l’assistante maternelle autorise, la mère peut l’interdire, et vice versa… Vouloir absolument empêcher l’un des deux parents de s’occuper de son enfant jusqu’à cinq ou six ans est non seulement déstabilisant psychologiquement, mais encore contre-productif pédagogiquement.

Par exemple, en 1987, le pourcentage des élèves effectuant 25 erreurs ou plus dans une dictée est seulement de 5,4 %, tandis qu’il est de 19,8 % en 2015 : les origines sociales ne peuvent pas, seules, expliquer cet état de fait. J’expérimente personnellement dans mes classes que rares sont les élèves qui commettent moins de 20 fautes dans une dictée ou un commentaire, même parmi les élèves qui possèdent une excellente syntaxe et qui sont issus d’un milieu social favorisé.

Alors, quel serait l’objectif visé par une école obligatoire à trois ans ? S’il s’agit d’améliorer les compétences orthographiques et syntaxiques de nos élèves, c’est le contraire qu’il faudrait opérer : il vaudrait mieux aider les familles qui voudraient se charger de l’éducation de leurs enfants jusqu’à cinq ou six ans à pouvoir le faire. S’il s’agit, en revanche, de se substituer aux parents en supprimant tous les déterminismes de la famille et en plaçant l’Éducation nationale comme premier éducateur des enfants de la République au détriment de leurs parents, le pari sera réussi ! M. Blanquer, de ce point de vue, est le digne successeur de M. Peillon et de Mme Vallaud-Belkacem…

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