Editoriaux - International - 2 mars 2019

« Échec » coréen : Trump, entre Nixon et Maduro ?

Donc, la machine à impeachment se déclenchait avec le show Cohen devant le Congrès, étouffant médiatiquement les efforts déployés par Trump à Hanoï pour revenir à Washington, un traité de paix en main. Un traité permettant de dénucléariser l’ensemble des deux Corées.

La Corée du Nord, économiquement, technologiquement, industriellement et politiquement, dépend à 90 % de la Chine. La Corée du Nord est donc un faux nez de la Chine, et son dictateur n’est qu’un pantin. Les États-Unis, politiquement, dépendent d’une alliance bipartisane gaucho-capitaliste, aujourd’hui désignée sous l’appellation de « néoconservateurs », qui promeut l’hégémonie mondiale au nom de la morale. Ces néocons (qui voulaient Hillary Clinton) ont lancé un semi-coup d’État à ogives multiples contre Trump, le privant d’entrée du contrôle du ministère de la Justice, et surtout de « sa » politique étrangère. L’administration est donc un faux nez des néocons, et Trump en est le pantin.

Les deux pantins se sont donc rencontrés à Hanoï, sous le contrôle du vrai pouvoir.

Kim, éduqué en Suisse, jeune et aimant l’argent, espérait certainement trouver un moyen de rester au pouvoir un certain temps en sauvant la face, et moyennant finances. Trump subissait la même problématique, espérant sauver sa présidence, et surtout sa Trump Organization (qu’un gouvernement coréen amical aurait sans doute écoutée lors de la reconstruction du pays). D’une certaine façon, les deux étaient en route vers le prix Nobel de la paix. Pour cause de dégel prometteur. Car un traité de paix garantissant une non-intervention dans le régime de Kim tout en lui lançant un « plan Marshall » aurait permis la désescalade nucléaire progressive (il avait fallu plus de cinq ans à Reagan pour un but similaire avec l’URSS). Et seul un inconscient pouvait croire que Kim, sous tutelle chinoise, à lui seul aurait l’autorité de bombarder l’Occident ou ses alliés…

Mais la vraie négociation n’était pas à Hanoï. Elle est entre la Chine et l’aile banquière des néoconservateurs de l’administration Trump. Une administration qui devient consciente que la Chine vient de prendre le contrôle des ports de la planète le long de ses axes stratégiques pudiquement nommés « route de la soie ». Mais une administration dont les amis washingtoniens sont pris jusqu’au gosier par les gros sous des think tanks et lobbyistes chinois. Or, un accord douanier et de bonnes pratiques commerciales semblent être pratiquement à la signature.

Tout le monde avait intérêt à embarrasser Trump à Hanoï. Washington voulait annuler toute possibilité de succès pour Trump, en le faisant internationalement passer pour un président éjectable, puis le complexe militaro-industriel, ça va de soi, et la Chine, qui en affaiblissant Trump sur la Corée — poussant Kim à des demandes « intransigeantes » permettant à Pompeo de dire à Trump « Ou tu te couches et je te lâche, ou tu te retires de la négociation et on dira du bien de toi » – aurait ainsi une chance de lui forcer la main sur leur prochain traité bilatéral. Bref, la négociation a échoué et tout l’establishment bipartisan est aux anges : Trump est encore plus objectivement affaibli pour affronter le cirque de l’impeachment en marche, comme Nixon et Maduro.

Alors Trump s’adresse aux « patrons », et déclare, jeudi, qu’il pourrait bien se retirer de l’accord commercial Chinois préparé par ses « collaborateurs »… s’il le juge « non satisfaisant ». Caprice ou stratégie ?

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