Editoriaux - International - Politique - 25 mai 2018

Quand la droite française « couchait avec Israël »…

vient de souffler ses soixante-dix bougies. L’occasion de fêter un autre anniversaire, celui des noces perpétuellement contrariées entre l’État hébreu et cette droite française donnée pour extrême. Laquelle, s’étant toujours un peu méfiée des intellectuels – ces éternels coupeurs de cheveux en quatre –, a souvent préféré le ressenti au réfléchi.

Le ressenti, ce sera donc, à la défaveur de la fin de l’Algérie française, ce transfert émotionnel entre colon pied-noir et colon israélien. Le premier a perdu contre les Arabes en 1962 ? En 1967, il s’estime vengé par le second, lors du match retour vainqueur, mené contre d’autres Arabes, en la circonstance un peu hâtivement assimilés à ceux du FLN. Ajoutez à cela la Guerre froide, à l’occasion de laquelle il est entendu qu’Israël fait partie du « monde libre », tandis que les nationalistes arabes le sont au « bloc de l’Est ». Sans oublier un tiers-mondisme militant, concept à l’origine gaullo-maurrassien, avant d’être récupéré par l’extrême gauche.

La rue se charge de faire le reste. Les manieurs de barres de fer d’Occident font front commun avec ceux du Betar contre « l’arabo-gauchisme ». La ligne de fracture n’épargnera pas même les organisations antiracistes. La LICRA pro-israélienne est suspectée de « fascisme » par le MRAP pro-palestinien. Il est vrai que l’écrivain catholique Michel de Saint Pierre siège à la fois au bureau politique de la LICRA et à celui du FN, tandis que le MRAP est plus ou moins discrètement téléguidé par le PCF.

Du côté des têtes pensantes, François Brigneau, éditorialiste de l’hebdomadaire Minute au premier chef, l’heure est à la défense inconditionnelle d’Israël. D’ailleurs, ce journal ne sera-t-il pas plastiqué par Action directe, en qualité de « torchon sioniste » ? Seule exception, Maurice Bardèche qui, en 1967, prend partie pour la coalition arabe. Ce qui vient ensuite tout bousculer, c’est la première guerre du Golfe, en 1990, à l’occasion de laquelle grande est l’impression que les Européens montent en première ligne, non point pour défendre leurs intérêts propres, mais ceux de Tel Aviv.

Le premier à rompre le tabou ? Jean-Marie Le Pen, mis en minorité au sein du bureau politique du Front national – à la notoire exception de Roland Gaucher et Roger Holeindre –, décide néanmoins de condamner ce que certains milieux catholiques de tradition tiennent pour une sorte de « nouvelle croisade ». Deux ans plus tard, c’est Jean Madiran, philosophe catholique et fondateur du quotidien Présent, qui le rejoint, campant à rebours de ses positions d’antan, à l’occasion d’un vigoureux pamphlet, L’Adieu à Israël. Il y écrivait ainsi : “Nous avions une haute estime pour les vertus de ces soldats et de ces laboureur. […] Mais Israël, si pointilleux sur le respect qu’il exige, est fort avare sur celui qu’il consent.” Voilà qui aurait pu être écrit hier.

Et Jean Madiran, plus catégorique encore, quant aux intellectuels de sa génération, lui au premier chef : “Nous avons couché avec Israël, mais c’était un rêve, et le souvenir nous en est resté amer. Les aventures de cœur, quand elles sont extra-nationales, sont finalement décevantes et aussi peu recommandables que lorsqu’elles sont extra-conjugales. Même l’internationalisation des Lieux saints nous a été refusée.”

De quoi faire réfléchir certains de nos amis catholiques qui estiment trop souvent que ce qui se passe là-bas « ne nous regarde pas. » Comme si la terre ayant vu la naissance du Christ, sa mise en croix et sa résurrection au troisième jour n’était qu’une lointaine contrée à peine digne de figurer dans les guides touristiques. À croire que les chrétiens de Palestine occupée ne méritent pas la même sollicitude que les autres chrétiens d’Orient. À l’heure où Israël, ses alliés américains et saoudiens veulent nous entraîner vers une autre guerre, contre un Iran ne menaçant en rien nos intérêts vitaux, il est plus urgent que jamais de relire Jean Madiran.

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