Editoriaux - Politique - 31 mai 2019

Droite et gauche laminées, que devient le centre ?

Les commentaires des observateurs des dernières élections européennes en France sont relativement consensuels. Chacun ne peut que constater l’arrivée, largement en tête, des listes du Rassemblement national et de La République en marche.

La première était soutenue par Marine Le Pen aussi ostensiblement que la seconde par Emmanuel Macron. On retrouve, ainsi, le duo de tête sorti du premier tour de la présidentielle de 2017. Beaucoup avaient, alors, remarqué la révolution du paysage politique au second tour. Ce n’était plus le classique duel droite/gauche mais la confrontation du camp traité de nationaliste, souverainiste ou populiste, et celui qualifié de progressiste mondialiste ou libéral. De nouveau, Macron et Le Pen semblent avoir chacun tué la droite et la gauche.

Le premier, qui avait tué la droite affaiblie par l’affaire Fillon, confirme en arrivant même en tête dans les bastions de droite les plus imprenables tels que Versailles. Sa suppression de l’ISF n’est probablement pas étrangère à ce raz-de-marée dans les Yvelines.

La seconde semble avoir siphonné les voix de ce qui était l’extrême gauche, pendant que son concurrent et complice Macron liquidait la gauche libérale. Ainsi, droite et gauche pourraient être enterrées, sans perspective de proche résurrection. Pourtant, nombre de commentateurs, et d’élus eux-mêmes, persistent comme si de rien n’était à raisonner essentiellement sur l’ancien classement politique droite/gauche, d’un extrême à l’autre, en passant bien sûr par le centre.

Mais qu’est-ce que le centre s’il n’y a plus de gauche ni de droite ? Soit il est tout, soit il n’est rien. Il n’occupe clairement pas tout l’espace, car l’écrasement de la droite et la gauche classiques n’a pas coïncidé avec la victoire d’un consensus. Le centre qu’on connaissait n’est-il donc pas devenu virtuel ? Les électeurs peuvent être désorientés ! J’entends certains, chez Les Républicains, vouloir gagner en faisant « l’alliance de la droite et du centre ».

Cette stratégie paraît vouée à l’échec si elle repose sur un centre aussi inconsistant que la droite. Chaque camp doit néanmoins bien trouver des alliés pour gagner. Y a-t-il donc un nouveau centre à rallier dans la nouvelle polarisation populiste/libéral qui a remplacé la polarisation droite/gauche ? Il s’agit maintenant, fondamentalement, de l’opposition entre ceux qui voient les frontières comme un filtre pacificateur, à préserver, et ceux qui y voient un frein à la liberté, à desserrer.

Beaucoup d’électeurs qui ne se sentaient ni populistes ni libéraux n’ont-ils pas voté pour le parti écologiste ? Si c’est le cas, comme je le crois, le nouveau centre serait teinté de vert. Si les populistes veulent élargir leur électorat, ils devront, comme le titre Le Canard enchaîné, « refaire le monde autour d’un vert ». Je ne doute pas qu’Emmanuel Macron aura, lui, l’intelligence, pour assurer sa réélection, de mettre en avant ses sentiments écologiques pour séduire ces nouveaux centristes.

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