En ce soir du 31 décembre, on en était tranquillement réduit à cogiter sur les derniers vœux d'Emmanuel Macron. À rêver, même, en bon citoyen conditionné, qu'il nous dise quelles seraient les nouvelles durées d'isolement, qu'il faut bien réduire pour éviter « la paralysie » du pays. Après tout, puisque le Premier ministre vient nous dire, le lundi, dans une allocution solennelle, qu'il ne faut pas manger dans le train, un président de la République peut bien nous donner ces informations pratiques de sous-secrétaire d'État le vendredi soir, fût-ce dans ses vœux du 31.

Eh bien, non, ce ne sont pas les vœux d'Emmanuel Macron qui auront tiré les Français de leur torpeur, mais un drapeau et une image : celle du drapeau européen flottant à la place du drapeau national sous l'Arc de Triomphe.

Je dois confesser - ambiance du 31 ou lassitude plus profonde de cette comédie macronienne - que je n'ai pas immédiatement rapproché l'image saugrenue du fait qui l'expliquait, en bonne logique macronienne : la présidence française de l'Union européenne. Peut-être parce que je n'en attends pas grand-chose. Non, ce qui m'a choqué, comme beaucoup certainement, c'est que, en ce 31 décembre, nous étions encore en 2021, année Napoléon. Et que je sortais - chacun ses torpeurs - de la lecture du Napoléon en cartes de Boudon et Bricout, un atlas passionnant de l'épopée napoléonienne. Je me disais donc : mais à quoi joue-t-il ? Lui qui se piquait, naguère, de renouer et de faire renouer la France avec son Histoire, ne pouvait-il pas laisser Napoléon et l'Arc de Triomphe tranquilles, pour terminer cette année 2021 ? Non, il ne pouvait pas : son intérêt personnel, son « en même temps » disruptif jusqu'à l'épuisement, et, surtout, son conformisme européen lui avaient dicté ce choix. Ce qu'il y avait de choquant dans cette image, c'était la disparition du drapeau français : les deux ne pouvaient-ils pas coexister, comme dans nos mairies ? Non : l'un remplaçait l'autre. Ce n'était même plus du « en même temps ». Choquant, aussi, ce mépris pour le passé, les morts, les morts pour la France. Choquante, encore, la provocation à l'égard de tous ces Français eurosceptiques et qui ont, plus que jamais, de bonnes raisons de l'être.

Nous étions nombreux à le plaindre, ce pauvre Arc de Triomphe et tous ceux qu'il représente, le plaindre comme l'obélisque de Louxor que Théophile Gautier faisait se lamenter sur sa solitude égyptienne et son abandon loin de son « frère » de la Concorde. Le plaindre de ne pas bénéficier de l'attention, du respect, de l'époque, du Président qu'il mérite. Le plaindre de tous les outrages qu'il a subis durant ce quinquennat.

Éric Zemmour n'a pas hésité à rapprocher les trois moments du quinquennat où l'Arc de Triomphe a fait parler de lui, bien malgré lui.

Dans le camp patriote, la condamnation est unanime. De Jérôme Rivière, député européen RN, à Sébastien Pilard, ex-élu LR issu de Sens commun.

Marine Le Pen elle-même a évidemment vivement réagi :

Et puis, au fur et à mesure que la soirée s'avançait, fidèle à sa campagne « à la manière de », même Valérie Pécresse demandait solennellement à de rétablir le drapeau tricolore sur la tombe du Soldat inconnu. Dans son entourage, on rappelait que lors de la présidence de l'Union européenne, en 2008, les deux drapeaux flottaient ensemble sous l'Arc.

Était-il d'ailleurs bien judicieux, de la part d'Emmanuel Macron, d'attirer l'attention sur le monument, de rappeler son saccage de décembre 2018 au plus fort de la crise des gilets jaunes ? Durant ces heures où, paraît-il, un hélicoptère était prêt à l'exfiltrer de l'Élysée.

1 janvier 2022

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