Editoriaux - 22 avril 2019

Donner un jour férié pour les vieux ? Pas question non plus !

Chers amis lecteurs, je vous écris en ce lundi qui est « de Pâques ». La ville est morte, le boulevard désert (ça repose les oreilles). Les Français digèrent l’agneau pascal et le chocolat.

Ce jour est férié, comme dix autres dans l’année. La France, en effet, en compte 11 : jour de l’An, lundi de Pâques, fête du Travail, victoire de 1945, jeudi de l’Ascension, lundi de Pentecôte, fête nationale, Assomption, Toussaint, Armistice et Noël.

Nous sommes, ainsi, dans l’honnête moyenne européenne, le nombre variant quasiment du simple au double au sein de l’Union européenne. En queue de peloton, nos voisins du Royaume-Uni et des Pays-Bas, qui n’ont que 8 jours fériés par an. Suivent les Allemands, Danois et Irlandais, qui en ont 9, puis la France, la Suède et l’Italie, qui offrent 11 jours fériés dans l’année. Les privilégiés sont les Chypriotes et les Slovaques, avec 15 jours fériés, l’Espagne et Malte, avec 14 jours, puis l’Autriche, avec 13 jours. Nos départements et territoires d’outre-mer ont ajouté une journée pour l’abolition de l’esclavage, ce qui les place encore loin des champions du monde que sont l’Inde et la Colombie : 18 jours fériés !

Il n’empêche, la question revient régulièrement sur le paillasson des politiques : et si l’on retirait aux travailleuses-travailleurs un jour férié pour renflouer les caisses vides de l’État ?

« Y en a qu’ont essayé »… et ils en sont revenus !

Ainsi Jean-Pierre Raffarin, le Premier ministre qui eut à gérer l’hécatombe caniculaire de 2003, eut-il l’idée d’offrir le lundi de Pentecôte pour le confort et le rafraîchissement des vieux. Une belle idée en soi, sauf que personne n’est convaincu que les fonds récoltés auprès des travailleuses-travailleurs aillent réellement là où ils sont censés aller. Les Français ont en mémoire la fameuse vignette automobile, créée en 1956 pour abonder le « Fonds national de solidarité » destiné à garantir un revenu minimum à toutes les personnes âgées de plus de 65 ans (les vieux de l’époque). De transferts en récupération, la vignette auto, puis moto, servit en fait à renflouer les caisses de l’État…

La population vieillit. Les petits vieux d’hier sont aujourd’hui les champions de la « silver » économie et, à en croire les gérants des sites de rencontre, 65 ans est l’âge d’entrée dans une seconde jeunesse… On nous fait miroiter une « espérance » de vie autour de 120 ans, oubliant de préciser que – au mieux – les vingt ou trente dernières années seront à la lourde charge de la collectivité. Alzheimer nous guette tous au coin du déambulateur et nos futurs mouroirs s’appellent EHPAD. L’avenir s’annonce coûteux. Très coûteux, même.

Voilà donc la suppression des jours fériés qui ressort de la boîte à idées. C’est Aurore Bergé, porte-parole LREM, qui a lancé le ballon d’essai dans le JDD. Si l’État doit trouver des fonds, cela « peut venir d’une augmentation du temps de travail », et « un moyen de mettre en œuvre ce “travailler plus” serait de “passer par la création d’une nouvelle journée de solidarité pour financer la prise en charge de la dépendance et du grand âge” ».

Voilà une vérité d’évidence qu’on a soumise à « un échantillon représentatif » de la population. Les résultats sont sans grande surprise : globalement, 54 % des personnes interrogées y sont opposées, majoritairement à gauche et au RN. Dans le détail : 75 % des personnes proches de LREM et même 84 % des répondants proches de LR sont d’accord sur l’idée de travailler plus, quand 62 % des sympathisants du PS, 65 % de ceux de La France insoumise et 67 % de ceux du Rassemblement national sont contre. Quant à la répartition par catégories sociales, elle est aussi sans surprise : 55 % des artisans et commerçants sont favorables au fait de travailler plus, le taux tombe à 29 % chez les ouvriers. Les dirigeants d’entreprise approuvent l’idée à 61 %, mais ils ne sont que 39 % parmi les salariés du privé, 35 % parmi ceux du public et 26 % parmi les chômeurs.

Bref, ça n’est pas avec ça que les gilets jaunes vont rentrer à la maison…

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