Editoriaux - Polémiques - Télévision - 11 février 2020

Marlène Schiappa écrase Éric Zemmour… de ses poncifs

Certains espéraient peut-être du sang sur les murs. Ou tout du moins du sport. Mais le dialogue fut globalement courtois et alla jusqu’à son terme. D’autres pensaient que Zemmour écraserait Schiappa. Ce ne fut pas le cas et le ministre fit bonne figure. Comme quoi le media training, ça paye. Le culot et un courage indéniable aussi. D’autres, encore, que le polémiste serait définitivement diabolisé par la seule magie du verbe schiappesque. Rien de tout cela.

Finalement, tout le monde est content. Allez sur le compte Twitter de , ce mardi matin : tout n’est que louanges et félicitations. Des tombereaux de fleurs comme Sarah Bernhardt n’en reçut pas à la première de L’Aiglon. L’encensoir fait des moulinets dans l’air à vous étourdir pour la journée. « Plusieurs choses ressortent : la qualité oratoire et réflexive de Marlène Schiappa face à un Zemmour enfermé dans les vieux schémas de pensée maurassienne. » Pas moins. « La haine de l’extrême droite contre toute pensée différente. ». Classique. « Remarquable Marlène Schiappa qui a débattu avec intelligence et calme face à un Zemmour rompu aux débats polémiques, clairement moins à l’aise que d’habitude. » Pas faux. « Courageuse et déterminée à parler avec tous les citoyens peu importe leurs idées. » Vrai. Et d’ajouter : « J’appelle ça une ministre inclusive. » C’est important, d’être inclusif, aujourd’hui !

Jean-Marie Le Pen, qui débattait avec Tapie, était donc inclusif sans le savoir. En revanche, pas Chirac, quand il refusait le débat avec ce même Le Pen. Comme quoi, des fois…

« Réplique de tueuse de Marlène Schiappa qui répond à Zemmour estimant que les prénoms maghrébins s’auto-discriminent à l’emploi. “Faudrait-il donc que je donne un prénom masculin à mes filles pour qu’elles ne soient discriminées au travail ?” » Avouons qu’on a connu des arguments moins bancals. « Les affirmations non démontrées d’Éric Zemmour n’ont pas résisté à la logique républicaine ni aux arguments pertinents d’une ministre qui connaît parfaitement son sujet. Des poncifs démontés un à un. » On peut aisément retourner l’argument. En effet, Marlène Schiappa était venue avec son panier d’osier tout plein de poncifs sur les valeurs de la République et tout ça. Notamment celui-ci, cueilli tout frais du matin : « L’inverse de la discrimination, c’est la non-discrimination. » Ils s’y sont mis à combien, pour dénicher ça ?

En revanche, les thuriféraires du ministre semblent avoir zappé quelques passages du débat. Problème de vessie ou de casserole qui débordent, allez savoir ! Exemple, lorsque Zemmour évoque l’antisémitisme en France. « Qui sont les auteurs de ces actes ? », demande le polémiste. Pas de réponse du ministre, du coup, un tantinet moins « tueuse » et qui élude le sujet en répondant « Je vous parle de racisme, vous me parlez de religion ». Autre grand moment qui, semble-t-il, a échappé aux aficionados : lorsque Marlène Schiappa affirme que le tueur de Christchurch détenait un bouquin de Renaud Camus. En gros, pour faire simple, Camus, quelque part, complice du massacre. Réponse de Zemmour : donc, il faut interdire le Coran puisque les centaines de victimes tuées dans les attentats, ces dernières années, l’ont été au nom d’Allah. Logique implacable face à laquelle « la qualité oratoire et réflexive de Marlène Schiappa » accouche de cette injonction : « Il faut interdire Daech. » Merci. Interdire, c’est-à-dire ?

Néanmoins, Mme Schiappa aura marqué incontestablement des points sur Zemmour en annonçant la grande nouvelle de la soirée. Le petit plus qu’on balance comme une révélation quasi divine : « Le Grand Remplacement n’aura pas lieu. » Sur la banquette du salon, on est tout ouïe. Va se passer quelque chose dans le pays. Fais taire les enfants, chérie, qu’on entende ce qu’elle va dire, Marlène. Et pourquoi il n’aura pas lieu, le Grand Remplacement ? Parce que le grand démographe Hervé Le Bras l’a dit. La discussion est close. Pas tout à fait : Zemmour répond Tribalat. Schiappa, es-tu là ?

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