Editoriaux - Politique - Tribune - 31 décembre 2019

Des vœux : d’Angleterre et de France

Certes, Radio Londres s’écoute désormais peu en France ! Et pourtant ! Les messages de Noël du prince Charles, comme celui du Premier ministre , auraient mérité d’être écoutés et entendus de ce côté de la Manche. Chez ces deux hommes parmi les plus puissants de la planète, point de rodomontades glorifiantes à leur propre personne, pas de langage codé « pour ne pas heurter » quelque sensibilité communautariste…

Non, au contraire, l’un et l’autre ont tenu un message fort allant à l’essentiel. Ils ont rappelé la nature religieuse de Noël, « d’abord la fête des chrétiens », a bien dit Boris Johnson. L’émotion du prince Charles était perceptible, dans son intervention – ô combien humaine -, quand il évoquait les persécutions qui frappaient les chrétiens sur tous les continents. Son message rendait encore plus profonds ses vœux formés pour les familles, les travailleurs, les services publics et, bien évidemment, l’armée pour qui le service est plus lourd que pour tous les autres citoyens. Ces deux interventions étaient à une hauteur de vue et une profondeur qui auraient été appréciées par les Français qui attendaient aussi quelque chose qui parle à leur cœur.

Par rapport à ses voisins, anglais ou autres, la France se présente, en cette fin d’année 2019, comme bien malade et sombre. Quelle tristesse de voir le pays, c’est-à-dire son peuple, en tel dépit ! La France a mal à l’âme car elle ne sait plus d’où elle vient et qu’elle se sent trompée et abandonnée. Elle ne demande pas l’aumône mais la reconnaissance, notamment celle de ses traditions. Les Français aussi auraient aimé que leurs gouvernants leur souhaitent un bon Noël. Cela leur aurait redonné du courage et de l’énergie en ces temps troublés et pleins d’incertitudes. Jamais la société française n’a été aussi délitée. Deux siècles d’individualisme forcené, de laïcisation – c’est-à-dire, en fait, d’antichristianisme – toujours plus agressive, d’abandon de tout ce qui unit les hommes (et la fête de Noël en fait partie), de reniement voulu et encouragé au plus haut niveau de l’État, de tout ce qui a fait la gloire et la grandeur de la France par le passé, ont peu à peu sapé la société.

Pourtant, en politique, il ne faut pas désespérer. Les Anglais ne devaient pas être très fiers d’eux, ces derniers temps, avec les palinodies autour du Brexit, quand ils voyaient qu’on voulait leur imposer par l’extérieur ce qu’ils refusaient à l’intérieur. Ils ont eu ce sursaut, et je ne peux m’empêcher de penser que c’est cela qui a donné la force à leurs plus hauts dirigeants d’avoir un message de grandeur et de hauteur. Rappeler le sens de l’essentiel, n’est-ce pas la mission de ceux qui dirigent ?

Alors je finis par une note positive en évoquant la belle crèche envoyée par le prince Jean d’Orléans, héritier de Louis-Philippe, mais aussi le message du prince Louis, duc d’Anjou, successeur légitime des rois de France. Comme le prince Charles, il n’a pas fait de politique, ce soir-là, mais a rappelé l’essentiel, à savoir que les Français étaient réunis en famille autour de la tradition chrétienne, berceau de la tradition française.

Noël étant passé, nous voici au temps des vœux, espérons donc que la France, comme d’autres nations voisines, saura se retrouver et reprendre le chemin de son destin. En effet, que ferait le monde si la voix de la France s’éteignait ? Qui rappellerait qu’il y a des idéaux qui valent plus que des bénéfices ? Qui indiquerait le sens de la vie publique et la noblesse de son service quand il est fait pour la collectivité et non pour des prébendes ? Qui saurait s’engager gratuitement pour les plus pauvres et les plus humbles ?

Si la République est usée par cent cinquante ans de tromperies et d’échecs qu’elle a de plus en plus de mal à cacher, peut-être faudra-t-il que la France renoue avec elle-même ; avec les dix siècles de royauté qui l’avaient unie, épanouie, développée, agrandie, aimée comme une famille. Plus que jamais, une réflexion sur les institutions apparaît comme nécessaire. Une question de salut public !

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