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Ce journal est anonyme. Écrit au jour le jour, avec parfois des moyens de fortune, il relate la vie d’une femme à Berlin pendant et après la chute du IIIe Reich.

Les premiers jours se passent souvent dans les caves des immeubles de la capitale, sous les bombes américaines. Une nouvelle s’installe, peuplée de femmes, d’enfants et de personnes âgées. Elle a ses codes, ses lâches et ses héros, des gens entre les deux le plus souvent, qui tentent de survivre.

Après chaque bombardement, il faut manger et dormir. Les derniers soldats allemands, de plus en plus vieux ou de plus en plus jeunes, finissent par s’évaporer et les vainqueurs arrivent. Ils sont soviétiques et une nouvelle vie commence pour les Berlinois et surtout les Berlinoises, bien plus nombreuses que les hommes.

Elles doivent faire face à trois problèmes : où se loger, car les destructions sont considérables, comment manger et même boire, comment échapper aux viols ? L’auteur ne le sait pas encore mais le des vaincues a été érigé en système par Staline lui-même. Il est donc très difficile, voire impossible, d’y échapper. Après plusieurs subis de la part d’une soldatesque hors contrôle, notre auteur comprend que la présence régulière d’un officier chez elle la protège.

Fiers de leur conquête, les deux officiers qui se succéderont plusieurs jours dans son appartement délabré interdiront aux fantassins brutaux et saouls d’abuser de leur proie dont il se réservent l’exclusivité. Elle ne le fait pas de gaieté de cœur mais, guidée par son instinct de survie, elle choisit la moins brutale des solutions.

Les combats s’achèvent et une troisième vie commence, celle d’une occupation moins violente, mais d’une implacable dureté. Et pourtant, les Berlinoises tiennent avec un courage et une solidarité qui, loin d’être sans faille, est toutefois impressionnante.

Fort bien écrites par une femme au courage et à l’intelligence exceptionnels, ces pages sont passionnantes. Les dons d’observation et d’analyse de l’auteur en font un témoignage unique : quelles que soient les circonstances, tout est matière à réflexion avec un recul et une lucidité impressionnante jusque dans les petits gestes de survie : « Tôt levée, chercher l’eau, trouver du bois. Peu à peu, j’ai l’œil pour le bois, difficile aux bûches de m’échapper. Je trouve toujours de nouveaux endroits, dans les caves, les ruines, les baraques abandonnées. »

La aux vaincus du régime ne la réjouit guère, elle qui pourtant n’a aucune sympathie pour Hitler : « Et maintenant, tout envoie Siegismund au diable. Moi aussi, je l’ai laissé partir sèchement, ce que je regrette en cet instant. Pourquoi dois-je suivre aveuglément les décisions du peuple ? On en revient toujours à l’Hosanna Crucifix. »

Malgré le sordide de sa situation, l’auteur réussit à ne jamais l’être ; pas de détails scabreux, de la retenue et de la dignité. Le lecteur est admiratif.

Ce livre, récemment réédité, est un document rare. Il nous apprend beaucoup sur un épisode tragique de l’Histoire et l’on salue ces vaincues innocentes.

 

Le blog d’Antoine de Lacoste

10 juillet 2021

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