Des conseillers ministériels, testés positifs aux stupéfiants, écartés : c’est tout ?

« Le transport, la détention, l'offre, la cession, l'acquisition ou l'emploi illicites de stupéfiants sont punis de dix ans d'emprisonnement et de 7.500.000 euros d'amende. »
YT Gouvernement
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On imagine qu’ados, la coupe de cheveux rebelle, ils devaient fumer le chichon dans les water-closets de leur lycée d'un beau quartier de Paris. Les années passant, études supérieures effectuées, diplômés d'une grande école, le carnet d’adresses de papa ou maman aidant, un beau jour, ils ont intégré un cabinet ministériel. Le nirvana. Si l’on peut dire ainsi. Dix, douze, quatorze heures de travail par jour, week-ends compris, à servir un ministre insignifiant en costume slim, à lui préparer dans l’urgence pour tout à l’heure, voire pour hier, des fiches synthèses qu’il lira en diagonale dans la bagnole le conduisant à l’Élysée, des éléments de langage pour le passage au JT, des réponses aux questions de ces abrutis de parlementaires qui, franchement, n’y comprennent rien. Un ministre qui était à leur place, il y a cinq ou dix ans, et dont on ambitionne d’occuper le bureau, un jour, dans cinq ou dix ans, après être allé faire un tour dans le privé, histoire de faire un peu de caillasse et de mettre à jour le carnet d’adresses reçu en hoirie. Ainsi va la vie des membres des cabinets ministériels de la République française. Vie trépidante, épuisante, stimulante et, peut-être, pour certains, vie qui a besoin d'être stimulée… On n'invente rien, il suffit de lire les « confessions » au magazine Vanity Fair de Louis Jublin, l'ancien conseiller de Gabriel Attal à Matignon : « Je me dézinguais, à m’en faire péter la couscoussière. » On voit l'image.

Une circulaire frappée au coin du bon sens

Et puis voici qu’un beau jour – ou peut-être une nuit –, un Premier ministre, qui porte des pulls en V bleu marine sous son veston, comme un président de conseil général de province qu’il a d’ailleurs été, se pique d’« organiser des dépistages inopinés et obligatoires, sous la forme de tests salivaires, des membres » des cabinets ministériels afin de voir si, par hasard, ces précieux collaborateurs n’auraient pas exporté, avec, évidemment, la montée en gamme qui accompagne généralement la réussite professionnelle, leurs habitudes adolescentes, des cagoinces du lycée aux cabinets lambrissés du gouvernement de la France. C’était le 16 juin dernier. Sébastien Lecornu signait une circulaire à l’intention de ses ministres. Bien sûr, on prit soin de faire un peu de communication sur le sujet. Faire et faire savoir, c’est le b.a.-ba de la politique.

Une circulaire – soyons honnête – frappée, sinon du sceau de l’État, tout du moins au coin du bon sens, dans le constat qu’elle faisait. « La consommation de stupéfiants par des agents publics, y compris de façon ponctuelle dans un cadre privé, constitue, au-delà de leur propre mise en danger et de l'impact sur le service, une vulnérabilité personnelle susceptible d'être exploitée par des groupes de pression, des réseaux criminels ou des manœuvres d'ingérence. » Pas de moraline – et c’est très bien ainsi – dans cet exposé des risques, placé sous l’angle, dirons-nous, opérationnel. Plus loin dans cette circulaire, Sébastien Lecornu invitait ses ministres à organiser des contrôles inopinés et, en cas de résultats positifs, à apprécier « les conséquences qu'il convient de tirer, y compris sur un plan disciplinaire ». Et le chef du gouvernement de préciser, y compris « en cas de refus de se soumettre à ces tests ». Enfin, toujours dans cette circulaire, l'hôte de Matignon demandait à ses ministres de veiller « à ce qu'une orientation vers des structures de soins soit systématiquement proposée aux agents concernés ». C’est tout.

Cette semaine, dans Paris Match, le Premier ministre révélait que plusieurs hauts fonctionnaires et conseillers ministériels avaient été testés positifs (sans doute la première fois qu’ils rataient un examen) et, en conséquence, écartés de leurs fonctions. On applaudit des deux mains. Cela dit, c'est tout ? Si l’on peut comprendre que les noms des personnes testées ne soient pas rendus publics, on est quand même un peu étonné des arguments qui avaient été avancés en juin à la parution de cette circulaire : « On n’est pas un tribunal », avait expliqué l’entourage du Premier ministre. Certes.

Un petit article 40 ?

Car est-il incongru de rappeler la loi qui concerne, jusqu’à nouvel ordre, tous les citoyens ? Notamment l’article 222-37 du Code pénal relatif au trafic de stupéfiants : « Le transport, la détention, l'offre, la cession, l'acquisition ou l'emploi illicites de stupéfiants sont punis de dix ans d'emprisonnement et de 7.500.000 euros d'amende. » Ah, quand même ! Avec ces tests positifs, n’y a-t-il pas suspicion de détention, d’acquisition et d’emploi illicites de stupéfiants ? On pose ça là. Et, donc, un petit article 40 ne s’impose-t-il pas aux ministres concernés ? Vous savez, cet article du Code de procédure pénale qui fait obligation aux agents publics d'informer sans délai le procureur de la République de tout fait délictuel ou criminel dont ils ont connaissance dans l'exercice de leurs fonctions. La circulaire Lecornu se contente d’évoquer les éventuelles conséquences disciplinaires et médicales, mais zappe la dimension judiciaire. Stupéfiant. À moins de considérer que cette circulaire est plutôt borderline au plan juridique et susceptible de contestations, ou encore, diront les mauvaises langues, qu’ils ne faut pas insulter l’avenir de ceux qui pourraient être ministres dans cinq ou dix ans…

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 26/07/2026 à 12:06.
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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

81 commentaires

  1. Si M. Lecornu a agi c’est que la coke devait dégouliner dans les couloirs….mais on ne peut que saluer sa volonté de les nettoyer. Dommage qu’on ne judiciarise pas ces comportements mais se faire virer se saura dans le Landernau….
    Au fait, BV sait-il si le député Carl Olive, qu’on a vu danser sur le toît d’une voiture pour fêter la victoire du PSG, s’est fait admonester pour avoir, de par ce comportement répréhensible, porté atteinte au renom de l’Assemblée Nationale ?

  2. « Ecartés de sa fonction publique » par décision du ministre ou du chef de service signifie ceci dans le sabir ministériel de la fonction publique de l’Etat. Vous prenez trois conseillers ou haut-fonctionnaires Caillou, Gravier, Poussière, dépistés par test salivaire en flagrant délit de prise de stupéfiants jusqu’aux yeux. Rattrapés par la patrouille, manque de bol pour eux.
    Au plan des sanctions disciplinaires dans le landerneau macrono-lecornuéenne millésime 2026 en matière de la répression de la toxicomanie au travail par « des personnes chargées de mission publique au sein de l’Etat », attendez-vous à ce genre de tableau d’une infinie sévérité :
    —– a) – Le puni Caillou chargé de coller les timbres au bureau du vaguemestre remplace le puni Gravier à la bonne marche des machines à café.
    —— b) – Le puni Gravier quittant l’important département des machines à café remplacera la sanctionnée Poussière à la cruciale section de la maintenance des photocopieuses et imprimantes.
    —– c) – Déchargée des photocopieuses et imprimantes, la sanctionnée Poussière remplace le puni Caillou au collage des timbres.
    Vous voyez, comme ça, on tourne manège, en rond, on boucle la boucle entre soi et tout va bien… c’est ça la discipline implacable, pure et dure telle que conçue par les exemplaires Macron et Lecornu.

  3. Ah bon ? Je croyais – naïvement, sans doute – que les consommateurs de drogue avaient, selon M. Retailleau lorsqu’il était ministre, « du sang sur les mains »…Vous me direz, au vu de nombre des prises de décision de justice concernant des crimes de sang par les temps qui courent…

  4. La grande lessive qui lave plus blanc que blanc est-elle commencée ou se moque-t-on de nous ? Pas de bruit sur les peines encourrues ? Pas de peine du tout ? Macron doit se réjouir d’avoir échappé aux contrôles ! Vivement la suite.

  5. Bonjour à tous,
    Je viens de prendre connaissance de la circulaire du PM Lecornu à ses ministres et ministres délégués que vous pouvez trouver (pour ceux que ça intéresse) sur Légifrance sous le n° 6537/SG (Secrétariat général du gouvernement) du 16 juin 2026 sous l’intitulé « Objet : Mesures de prévention de la consommation de stupéfiants au sein de l’Etat ».
    J’ai cru m’étrangler à la lecture de ce torchon d’une page et demie. Sa lecture est utile pour commenter sur ce sujet en toute connaissance de cause.

    • Merci. C’est le cas de beaucoup d’autres sujets. Il faut faire croire que l’on est un « sachant »…Russie, Ukraine, Iran, US, Chine etc…

  6. Simplement écartés de leurs fonctions… no more comment !

     » 7.500.000 euros d’amende.  » ça fait beaucoup quand même !

    • Zoiseau bonjour
      Non, l’article comporte une erreur que je rectifie. L’article 222-37 du code pénal cité (10 ans de prison et 750.000 euros d’amende) concerne les peines uniquement encourues par le narcotrafiquant, et pas par le consommateur lequel est en fait passible des peines suivantes prévues à l’article L3421-1 du code de la santé publique :
      —– 1/- Consommateur « ordinaire » : 1 an de prison et 3750 euros d’amende. Pour les cas les moins graves (primo consommateur, petite quantité de stupéfiants saisie), ces peines délictuelles peuvent être remplacées par le paiement une amende forfaitaire de 200 euros (alinéas 1 et 2).
      —– 2/- Circonstances aggravantes. L’alinéa 2 de l’article L3421-1 aggrave sensiblement les peines lorsque la consommation de stupéfiants est le fait de ces catégories de toxicomanes :
      « Si l’infraction est commise dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, …/.., les peines sont portées à cinq ans d’emprisonnement et à 75.000 euros d’amende ».
      Les toxicomanes conseillers et employés des ministères répondent aux catégories 2 l’alinéa 2 de l’article L3421-1 sur les personnes « chargées d’une mission de service public », et encourent de ce fait 5 ans de prison et 75.000 euros d’amende.
      En conséquence, les dépistages positifs aux stupéfiants au sein de l’Etat doivent être signalés par le gouvernement au procureur de la République de Paris en application de l’article 40 du code de procédure pénale.

      • QUE « la LOI est belle en FRANCE » ! …
        Elle le serait encore plus si elle était appliquée à TOUS ! …

      • SPORT PASSION bonjour,
        En tant que pénaliste et pour une bonne information des lecteurs, je rappelle les textes répressifs applicables en matière de lutte contre la toxicomanie. Après, je suis entièrement d’accord avec vous sur le fait que la répression pénale doit être appliquée de manière égale sur tout le territoire français et dans tous secteurs… mais c’est peut-être un vœu pieux.

  7. Et Macron a-t-il été testé ? On voudrait pas être mauvaise langue, mais des fois on a comme des petits doutes.

  8. Forts avec les faibles, faibles avec les forts : est cela le fond du « en même temps » macroniste?

  9. Merci Monsieur Georges MICHEL ! Il me semblait que cette République ressemblait à un « fro-M-age » , à présent , j’en suis certain !

  10. Tous ces « moralisateurs » ne vont pas faire grand chose contre le trafic de drogue car ils n’auront plus de fournisseurs !!! Décidément notre beau pays est malade de la tête aux pieds !! Dur dur pour le soigner !!

  11. Quant j’entends la phrase « plus rien ne fonctionne dans ce pays », je commence à comprendre pourquoi et par qui. Maintenant il serait intéressant de savoir jusqu’à quelle hauteur remonte ces pratiques.

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