Condé-sur-Sarthe : permission de sortie familiale pour une tête d’un réseau de narcotrafic
Être incarcéré dans la prison qui accueille certains des criminels les plus dangereux de France n’enlève pas le droit de sortir prendre l’air. Pas même, semble-t-il, lorsque l’on est présenté comme le chef d’un important réseau de narcotrafic.
Adel G., lié à la Mocro Maffia, en a fait l’heureuse expérience. Incarcéré au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne), il a obtenu d’un juge de l’application des peines (JAP) une permission de sortie, alors qu’il a été condamné en novembre dernier à huit ans de prison, révèle Le Figaro.
Une permission qui fait grincer des dents
Cet étranger, frappé d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), a ainsi été autorisé à quitter la prison pour le week-end afin de se rendre à Mulhouse, près des frontières suisse et allemande, où il devait retrouver sa sœur. Une décision motivée par le maintien des liens familiaux, prise malgré les avis défavorables du parquet et de l’administration pénitentiaire.
Car être détenu au QLCO n’est pas anodin. C’est un signe de la dangerosité des criminels qui s’y trouvent et surtout, de la nécessité de les tenir loin des occasions de fuite. Raison pour laquelle cette décision du JAP n’a pas manqué de faire réagir. « Soit le placement en QLCO est justifié et il ne devrait surtout pas bénéficier d’une permission de sortie, soit son profil permet une permission de sortie, alors il n’a rien à faire dans ce secteur et doit intégrer un établissement classique », souffle-t-on dans le milieu pénitentiaire.
Quand les permissions tournent à la cavale
Qu’un individu soit détenu en QLCO ou ailleurs, le risque de fugue n’est d’ailleurs pas théorique, en témoigne ce début de mois d’août qui en fournit un autre exemple : lundi dernier, le tribunal correctionnel du Havre jugeait un détenu de la prison de Nantes qui n’avait pas réintégré son établissement à la suite d’une permission de sortie accordée le 6 juillet. L’homme, interpellé 25 jours plus tard au Havre, avait pourtant écopé d’une peine de 12 ans d’emprisonnement pour « extorsion et séquestration avec actes de torture ou de barbarie », révèle Le Courrier cauchois. Des crimes qui exigent en outre un examen psychiatrique avant qu’on autorise une sortie provisoire.
En mars, c’était à l’occasion d’une sortie culturelle organisée au Louvre qu’un détenu de la prison de Nanterre s’était évadé par le métro parisien. Babacar D., très connu de la police du 15e arrondissement pour trafic de stupéfiants et cambriolages, avait été retrouvé plusieurs jours plus tard au Sénégal alors qu’il devait purger sa peine jusqu’en 2028.
Quelques jours plus tôt, le 27 février, Ouest-France révélait qu'un prisonnier du centre de détention de Joux-la-Ville (Yonne), condamné pour une série de vols, avait profité, lui aussi, d’une autorisation de sortie pour aller voir son père souffrant avant de se volatiliser. Avant d’être interpellé après 13 jours de cavale, il avait eu le temps d’agresser, avec des complices, un homme avec lequel il avait eu un différend.
En janvier, la BAC de Saint-Malo a mis fin à une cavale de huit mois d’un détenu de la maison d’arrêt de Nantes qui s’était enfui, lui aussi, à l’occasion d’une permission de sortie. L’homme, qui devait purger une peine de cinq ans d’emprisonnement pour trafic de stupéfiants, avait été arrêté en possession de 16 grammes de résine de cannabis. Des faits qui lui ont valu une nouvelle condamnation à… six mois d’emprisonnement ferme, toujours selon Ouest-France. Sa fugue lui aura fait gagner deux mois de liberté.
Qu’ils adviennent lors d’une sortie sportive à Valence en février 2025 ou au planétarium de Rennes en novembre de la même année, à Brest en mai 2024 ou à Mulhouse en septembre 2024, les exemples s’accumulent et interrogent d’autant que les « non-réintégrations de permissions de sortie sont régulières », confie-t-on encore du côté des syndicats.
« La permission de sortie est un pari sur la réinsertion parfois risqué, mais qui doit se construire avec l’avis du terrain », estime-t-on dans les rangs. Une prudence que les syndicats pénitentiaires avaient déjà défendue en novembre 2025, lorsque la permission de sortie accordée à un détenu du QLCO de Vendin-le-Vieil avait, elle aussi, fait monter au créneau les représentants du personnel.
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4 commentaires
Bin quoi ? Il faut bien lui laisser une chance de renouer avec son réseau, les affaires sont les affaires!
Les gardiens de prisons, les policiers, les magistrats subissent une pression psychologiques et physique de la part des mafieux dont les moyens financiers sont démesurés .
Je plaide pour l’anonymat des juges , la dissimulation du visage des policiers et des gardiens de prison. Cette permission semble tellement insensée que j’enquêterais sur le train de vie du JAP.
Non seulement avec l’aide de quelques combines, tampon oublié, signature absente on ne condamne plus mais condamnés on va se promener à l’autre bout de la France.
Objectif : supprimer les juges des peines d’application, un détenu n’a pas à être jugé deux fois ou plus surtout s’il est dangereux, il serait plus que temps que la magistrature réagisse à ces injustices intolérables qui mettent la vie d’innocents en danger.