Des coiffeuses afro victimes de « traite des êtres humains » régularisées d’office

Treize salariées d’un salon de coiffure afro du Xe arrondissement de Paris, dont neuf sans titre de séjour, dénonçaient leurs conditions de travail indignes.
Par besopha — ParisUploaded by Magnus Manske, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=21107273
Par besopha — ParisUploaded by Magnus Manske, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=21107273

En grève depuis le 3 mars dernier, treize salariées d’un salon de coiffure afro du Xe arrondissement de Paris, dont neuf sans titre de séjour, dénonçaient leurs conditions de travail indignes. Reconnues victimes de « traite des êtres humains », la préfecture de police de Paris vient de leur délivrer des titres de séjour.

Des zones de non-droit du travail

C’est un fait tout connu, le quartier du Château d’Eau, dans le Xe arrondissement de Paris, est dévolu aux coiffeurs et boutiques de cosmétiques afro. D’où son nom de « Champs-Élysées black ». Certes, la gentrification du quartier allant bon train, les bobos qui remontent du canal Saint-Martin gagnent du terrain, mais les rabatteurs sont toujours à la sortie du métro et les boutiques déversent leur trop-plein de clientèle sur les trottoirs.

À l’intérieur de ces commerces ethniques – comme chez les Chinois de Belleville, les Pakistanais de la gare de l’Est ou les Africains de Château Rouge –, on est peu regardant sur le droit du travail. Et pourquoi le serait-on, puisque l’administration française semble s’en désintéresser ? Il suffit en effet (d’essayer) de circuler, un samedi, dans la rue du Château-d’Eau, pour constater combien les questions d’hygiène, même, semblent le plus souvent ignorées.

En avril, les treize grévistes du 65 boulevard de Strasbourg s’étaient confiées à Mediapart, dénonçant leurs conditions de travail inhumaines : pas de congés (deux ont failli accoucher sur place), des journées de travail jusqu’à 23 heures, pas d’aération dans la boutique alors qu’elles utilisent des produits toxiques, le racket de 250 euros par mois pour des cotisations qui n’ont jamais été versées à l’URSSAF et, pour finir, des salaires impayés. L’une des employées, arrivée de Côte d’Ivoire en 2018, se rapproche alors de la CGT qui va prendre l’affaire en main. Avec succès.

Qui sont ces esclavagistes ?

Soudainement, l’inspection du travail, la police et l’URSSAF se sont réveillées. La préfecture a suivi. L’avocat de la CGT, Me Cessieux, a en effet obtenu que soit retenue la qualification du dossier pour « traite d’êtres humains ». Un classement qui permet d’obtenir, de droit, un titre de séjour temporaire tant que dure la procédure pénale et, en cas de condamnation définitive de l’employeur, une carte de résidence d’une durée de dix ans.

C’est ainsi que, ce mardi 19 mai, les neuf travailleuses sans papiers ont obtenu de la préfecture de Paris leur titre de séjour. Reste un point que ni Mediapart, ni Radio France dans son compte rendu, ni la CGT n’ont envie d’aborder : qui sont les propriétaires de ces commerces, exploiteurs d’êtres humains ?

C’est une question étrangement sans réponse. Qu’il s’agisse de marchands de sommeil ou, dans le cas présent, d’esclavagistes, on préfère ne pas la poser. Et pour cause : cela se fait généralement au sein de la communauté. Les données du ministère de l’Intérieur en témoignent, le laxisme français en matière d’immigration nuit, d’abord, aux immigrés eux-mêmes. Deal de drogue, prostitution, exploitation sous toutes ses formes… c’est le chantage au séjour qui fait la loi.

Hélas, si elle apparaît comme une justice élémentaire pour ces femmes exploitées, la régularisation automatique des neuf coiffeuses du boulevard de Strasbourg est en réalité une incitation aussi bien à l’esclavage qu’au séjour irrégulier.

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

48 commentaires

  1. On aurait pu apprendre aussi que les esclavagistes allaient être inquiétés mais que nenni et en plus , on régularise …!!!

  2. Les scandales s’accumulent. On se demande si ceux qui détiennent le pouvoir savent réfléchir. Travailler sans permis de séjour est illégal. Alors pourquoi régulariser ? Le renvoi au pays eut permis à ces coiffeuses de ne plus souffrir chez nous. Quant aux employeurs, régime identique : renvoi au pays. Fermeture des boutiques, retour à l’hygiène, au calme et à la sécurité, en évitant de surcroît une incitation à venir chez nous.

  3. Fallait rester au bled, les filles. Vous auriez pu rester 24/24 à la maison et être à la disposition du patron quand il a envie d’agrandir sa descendance!

  4. Pourquoi des gens qui ont connu l’enfer chez nous ne réclament t-il pas un billet gratuit pour retourner chez eux auprès de leur famille aimante? Les associations ne veulent pas? Voilà un mystère à éclaircir. Et de quelle peine vont écoper les esclavagistes? Deuxième mystère.

  5. Plutôt que de les renvoyer et sanctionner l’employeur…allez hop on régulariser et du déficit en plus c’est le travailleur qui paie!!!

  6. Au Loto de l’immigration clandestine extra européenne , c’est toujours le migrant qui gagne . Le citoyen français lui , paye la facture . L’année 2027 sera celle du stop ou encore !

  7. « sans titre de séjour »… Bref, illégalement en France et elle se plaint ! Même si cela n’excuse aucunement qu’elle soit exploitée par un esclavagiste de ses congénères. Et ON lui donne un titre de séjour ! ! ! Séjour en prison serait plus normal puisque c’est une délinquante !

  8. Poser la question de l’origine des employeurs est déjà fournir la réponse: Bolloré évidemment en fait partie, non?

  9. nouvelle forme de régularisation, je me marre, taubira était toute heureuse avant hier de commémorer la fin de l’esclavage, quelle hypocrisie de bobos.

  10. Cette mesure qui consiste à donner un titre de séjour à ces personnes exploitées apparaît plutôt comme un encouragement au commerce illicite!

  11. Un regard de gauche sur ce problème et tout s’arrange, la régularisation magique permet à nos bons fonctionnaires de retrouver calme et quiétude. Ceci fait, la fête continue.

  12. Quand on laisse faire les communautés en tous genres et pratiques au lieu de favoriser la communauté nationale, c’est ainsi que çà se termine.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Que les familles des victimes parlent est très compliqué pour le gouvernement
Gabrielle Cluzel sur CNews
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois